Vingt cinq ans de chômage

Publié le par Nicolas Barré

Le Figaro
L'éditorial de Nicolas Barré du 7 mars.

Le taux de chômage est revenu à son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans. Cette excellente nouvelle, même si le ralentissement actuel de l'activité fait craindre des performances moins favorables dans les mois à venir, vaut mieux que tous les discours plus ou moins démagogiques sur le thème qui monopolise le débat public dans notre pays : le pouvoir d'achat.

La première source d'accroissement des revenus, rappelons l'évidence, n'est-elle pas en effet la progression de l'emploi ? Or qu'entend-on ? Les uns affirment que pour augmenter le pouvoir d'achat, c'est très simple, il suffit de redistribuer des richesses : une plus grande part des profits pour les salariés, plus de transferts des uns vers les autres. Encore plus à la mode, encore plus simple, une autre manière d'augmenter le pouvoir d'achat, nous dit-on, consiste à faire baisser les prix. Fort bien. Nul ne contestera, bien sûr, que davantage de concurrence et de transparence dans le monde de la distribution et dans les relations avec les fournisseurs permettra d'éviter certains dérapages honteux. Mais enfin, qui ne voit que toutes ces suggestions n'auront au bout du compte qu'un effet assez marginal en termes de pouvoir d'achat au regard de ce qu'apporte un salaire de plus dans un foyer ? Car le vrai défi auquel nous sommes confrontés est celui de l'augmentation de la quantité de richesse produite, donc de la quantité de travail.

Nous touchons là au cœur de ce qui ne va pas dans le fonctionnement du marché du travail. Les deux tiers seulement des Français occupent un emploi et cette proportion stagne depuis 2000 tandis qu'elle progresse dans le reste de l'Europe. En clair, nous utilisons une partie sensiblement plus faible de nos ressources humaines que nos voisins. Il s'agit là d'un immense gâchis national et le plus choquant est qu'il pénalise surtout les jeunes, c'est-à-dire la partie la plus mobile de la population en âge de travailler. Celle, aussi, qui est la mieux préparée aux nouvelles technologies, aux nouveaux métiers, bref la plus apte à saisir les opportunités de croissance.

Ce constat posé, il est encourageant de constater qu'un consensus se dessine enfin dans notre pays pour reconnaître que nos relations sociales doivent être refondées. Qu'il convient de trouver une voie française de flexisécurité afin de sortir de nos rigidités. Au début de l'année, le patronat et les syndicats sont tombés d'accord pour assouplir le fonctionnement de notre marché du travail sans que l'État n'ait eu besoin de mettre le pistolet sur la tempe des partenaires sociaux. Certains y ont vu peut-être un peu vite un moment « historique » de notre vie sociale. Il s'agit, en tout cas, d'un progrès notable.

Alors certes, avec 7,5 % de chômeurs, la France est encore loin, très loin de connaître le plein-emploi. Pour ramener le taux de chômage à 5 %, les relations sociales devront encore évoluer en profondeur. Mais chacun commence à comprendre qu'au bout de ces réformes destinées à encourager le travail, au bout de la route de la lutte contre le chômage, il y a l'augmentation des revenus pour tous. Humble sinon tardive leçon de vingt-cinq ans de chômage de masse.

Publié dans Economie et social

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marc d Here 18/03/2008 13:48

La baisse continue du chômage , et le développement de l'emploi en France ont  aussi pour conséquence, la baisse du nombre de Erémistes. Moins 8% en 2007 pour la métropole et les DOM. Bonne nouvelle pour ceux qui en sont sortis et pour l'évolution économique et  sociale française....

sergiozz 14/03/2008 17:03

Article intéressant (2ème partie) :En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique n’aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n’est, par essence, jamais responsable. Ses erreurs, ses échecs ? C’est toujours la faute des autres. Non à Voltaire, rarement cité, mais à Chirac, à Raffarin, à Villepin etc, cibles sarkozyennes dont on se gardera cependant ici de prendre la défense véhémente. Ou en dernier ressort la faute aux juges. Glissements progressifs du volontarisme du Ministre de l’Intérieur. En 2002, il suffisait de lui donner les rênes de la police et de le laisser libre de mettre en œuvre une répression salutaire pour que l’insécurité soit enrayée. En 2006, le Ministre de l’Intérieur confesse son impuissance : son action remarquable est entravée par le laxisme des juges. Une seule conclusion s’impose : la vraie vie, celle de Nicolas Sarkozy bien sûr, mais aussi celle de la France, ne commencera qu’après son accession à l’Elysée. Ce document a le grand défaut de s’intéresser encore à la « France d’avant », celle où Nicolas Sarkozy peut encore être jugé sur ses actes et sur ses intentions déclarées, alors que lui ne se consacre plus qu’à la « France d’après », celle d’après le sacre selon lui annoncé. Concurrent redoutable, donc, mais aussi respectable, citant ses sources d’inspiration, assumant jusqu’à l’automne 2006 tout à la fois son ambition et sa volonté de « rupture » avec un modèle français supposé exsangue, qu’il n’a cessé de caricaturer pour mieux le vilipender. Le fait qu’au moment d’entrer en campagne électorale, lucide quant aux craintes que son tempérament et son improbable oxymore de « rupture tranquille » fait naître, Monsieur Sarkozy ait choisi de brouiller les pistes et de s’adresser à la « France qui souffre » ne doit pas faire illusion. L’infléchissement des discours indique seulement qu’après avoir été, avec l’appui (qui l’eût dit !) de François Fillon le fossoyeur du gaullisme social, le candidat de l’UMP s’est attaché provisoirement la plume –au demeurant talentueuse- d’un Henri Guaino que l’on avait déjà connu ardant dénonciateur de la « fracture sociale » en 1995. Le vernis ne tiendra pas. Car l’homme qui se dit pragmatique est d’abord un idéologue. (à suivre)

marc d Here 14/03/2008 09:02

Personnage "sans foi ni loi"...Atention à ne pas atteindre l'injure.....

sergiozz@voila.fr 14/03/2008 08:35

"Bien ancien et récusé par son auteur lui-même...."Ce n'est pas possible, on ne peut pas écrire cela en 2007 et le récuser quelques mois après ou alors ce personnage est sans foi ni loi. Je me permettrai de publier la suite prochainement car contrairement à ce que vous affirmez, cela peut intéresser les lecteurs de ce blog.

marc d Here 13/03/2008 23:11

Comme le dit l'article , le chômage est tombé au niveau qu'il avait il y a 25 ans....voilà, reconnaissons le une performance remarquable et d'autant plus remarquable que cela se produit aussi grâce à la création d'emplois (plus de 300.000 en 2007). On doit d'ailleurs remarquer que le ch^mage ne figure plus au premier rang des préoccupations des Français...