La République dites-vous?...

Publié le par Roger Karoutchi, tribune dans Le Figaro

·                                 Par Roger Karoutchi, secrétaire d'État auprès du premier ministre chargé des Relations avec le Parlement...Le Figaro du 20 février

Aux armes citoyens ! La démocratie est attaquée. La République est en danger. La monarchie est rétablie. Comment ? Vous ne le saviez pas ? Étonnant, vous êtes bien les seuls !

À en croire certains, la France serait au bord de l'abîme, prête à sombrer comme aux pires heures de son histoire. Ne voilà-t-il pas que d'étranges coalitions de circonstances lancent des appels à la vigilance républicaine. Et tout y passe : le pouvoir personnel, la laïcité, la paix civile, la liberté de la presse, l'indépendance du pays…

De tels appels, pour le moins emphatiques, ne mériteraient sans doute pas qu'on s'y arrête s'ils n'étaient le symptôme d'une mauvaise pente, tout à fait inquiétante. On voit bien à quoi fait référence ce texte confus paru dernièrement dans le magazine Marianne et qui s'intitule « L'appel du 14 février ». Par son intitulé même, il renvoie, de manière subliminale, au Comité de vigilance antifasciste créé le 5 mars 1934 par le philosophe Alain, Paul Rivet et Paul Langevin. Pourtant, on a beau lire et relire la liste des personnes éminentes qui ont signé l’appel du 14 février, on éprouve quelque peine à y déceler l'équivalent d'un André Breton, d'un André Malraux ou d'un Paul Nizan, même si certains des signataires ont, çà et là, fait montre de quelques ambitions littéraires.

Non, la démocratie n'est pas en danger. Non, la monarchie n'est pas pour demain. Que l'on sache, le président de la République a été élu au suffrage universel ; il a obtenu une majorité au Parlement pour mener la politique de réformes à laquelle il s'est engagé devant soixante-quatre millions de Français. L'application de ce programme avec force et détermination serait-elle le signe d'un détournement de pouvoir ? Quant à la dérive monarchique des institutions dénoncée par certains, nous nageons dans le plus complet des paradoxes. Comment reprocher au président de la République d'aller vers les Français, de s'engager par des propositions concrètes, en ne demeurant pas seul sur son Aventin, en désacralisant, paraît-il, sa fonction et l'accuser, en même temps, de vouloir rétablir une monarchie en France. Qui imagine Louis XIV au Guilvinec devant les marins-pêcheurs ? Ou soutenant les ouvriers de Gandrange !

Si comparaison n'est pas raison, il est incontestablement dangereux pour la démocratie d'utiliser et de multiplier les attaques personnelles et privées contre le chef de l'État pour es­sayer de le déstabiliser dans son action politique.

De la même manière, insinuer que nous allons vers un régime autoritaire et personnel, c'est faire fi de la très forte mobilisation citoyenne et de l'expression nette du suffrage universel, seules vé­ritables sources, il y a quelques mois, des pouvoirs du Président de la République, du Parlement et par là même du Gouvernement.

Notre démocratie vit une phase de mutation. À l'heure de la surmédiatisation, à l'heure d'Internet et de la pression constante de l'opinion, notre système de représentation doit trouver de nouveaux modes de fonctionnement pour concilier ce besoin de participation des citoyens et cette nécessité absolue de maintenir l'idée même de représentation démocratique dont le fondement est l'élection. C'est l'enjeu des années à venir ; la presse a évidemment un rôle crucial à jouer en étant un pilier constant de la démocratie.

Je reste persuadé que le choix fait par Nicolas Sarkozy d'aborder de manière plus transparente, plus normale, plus citoyenne sa fonction est le bon. En rompant avec de vieilles habitudes qui n'ont plus cours dans les démocraties mo­dernes, il peut dérouter. Mais, à l'inverse de ce qu'affirment certains donneurs de leçons, c'est la démocratie française qui y a tout à gagner.

Il est probablement temps, alors que se prépare, par une révision constitutionnelle, la revalorisation du rôle du Parlement, de revenir à la confrontation des idées, des propositions et des projets. Elle seule est capable de faire prospérer la démocratie, elle seule est à même de permettre la mobilisation citoyenne, au-delà de tous les clivages partisans.

La République n'est pas, par nature ou par essence, éternelle. Elle a besoin de tous pour continuer d'incarner la recherche du bien commun.

Roger Karoutchi

Le Figaro le 20 02

Publié dans Vie politique

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marc d Here 25/02/2008 14:28

Voilà qui répond aux sottises et calomnies du PS (et malheureusement aussi de Badinter!) sur "l'atteinte aux institutions".... Vincent Lamanda, le premier président de la Cour de cassation accepte de réfléchir à la question de la rétention de sûreté, mais il ne remettrait pas en question la décision du Conseil Constitutionnel sur sa non-rétroactivité. Le bras de fer institutionnel n'aura pas lieu. Le Premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda a certes accepté la mission de Nicolas Sarkozy de réfléchir aux conditions d'une application immédiate de la rétention de sureté, mais ne remettrait pas en question la décision du Conseil constitutionnel sur sa non-rétroactivité, a annoncé lundi un chargé de mission de la Cour de cassation.Selon cette source, le haut magistrat, contacté par Nicolas Sarkozy, a accepté «le principe d'une réflexion sur le problème de la rétention de sûreté et de la protection des victimes » et attend la lettre de mission du chef de l'Etat. Le document, d'après Yves Jego, devrait, préciser les questions qu'il pose au premier président de la Cour de cassation. Le porte-parole de l'UMP a formellement réfuté l'idée que le chef de l'Etat ait cherché à contourner la décision des Sages, en consultant Vincent Lamanda, une initiative qui a alimenté pendant le week-end la polémique.Le Figaro.fr

Yves Lenoir 25/02/2008 14:26

Article dépassé aujourd'hui (25 février) puisque le président considère que l'exercice de sa fonction le place au dessus des lois de la République.

Jean-Pierre 25/02/2008 13:29

Tout à fait. C'est facile de s'insurger et polémiquer à l'infini sur des choses auxquelles on donne une importance qu'elles n'ont pas. Pendant ce temps, le débat ne se fait pas.

La baisse des dépenses de l'État non plus, entre parenthèses ;-)

Daumont Jean 25/02/2008 11:42

   Excellent article que vous avez eu raison de publier... Je réfléchis actuellement à un article sur le thème "Débats et polémiques", dont le fond sera de savoir si, en France, on sera un jour capable de susciter des débats sans tomber aussitôt dans les polémiques...