Comment sauver le Président Sarkozy

Publié le par Eric Le Boucher pour Le Monde

Par Eric Le Boucher pour Le Monde du 16 02...

L
a croissance et les réformes. Faut-il attendre la première pour engager les secondes ou, au contraire, les accélérer pour faire fleurir l'économie ? C'était la question Chirac, c'est à nouveau la question Sarkozy.

Réélu en 2002, Jacques Chirac comptait bénéficier de 3 % de croissance tous les ans pendant cinq ans. Mais l'éclatement de la bulle Internet avait fait plonger l'Amérique, l'Europe a suivi, la France avec. Le président, convaincu que le pays est irréformable sans y mettre beaucoup d'argent budgétaire, décide de différer les réformes jusqu'au rebond de l'économie. Il temporise. Il attendra quatre ans ce rebond, qui ne viendra qu'en 2006, trop tard. 


A l'été 2007, Nicolas Sarkozy arrive alors que l'économie est en phase d'accélération : le taux d'expansion devrait passer de 2 % en 2006 à 2,25 % en 2007. Le nouvel élu espère en outre qu'un "choc de confiance" va conforter le mouvement. Et il pense que les réformes annoncées lors de sa campagne vont faire gagner un point de plus au cours de son mandat. Nicolas Sarkozy se dit donc que les dieux de la conjoncture lui sont favorables ; les réformes vont être plus faciles à conduire.

 

Cet espoir s'est effondré cette semaine. On a appris que la croissance ne s'était pas accélérée en 2007, mais qu'elle avait au contraire ralenti (à 1,9 %) et que ce freinage allait se poursuivre cette année. Les pronostics des économistes varient entre 1,9 % et 1,5 %. Christine Lagarde continue officiellement d'avancer le chiffre de 2 %, mais ses services tablent en réalité sur 1,6 %, c'est-à-dire juste en dessous du niveau moyen du quinquennat Chirac (1,7 %).

Pour un président déjà tombé dans les sondages au bas niveau de son prédécesseur (pour des raisons autres qu'économiques, l'affichage de sa vie privée), l'alerte est sonnée. Car une croissance réduite au maigre 1,6 % porte deux affreuses conséquences. Une division par cinq des créations d'emplois par rapport à l'an passé (280 000), et donc une stagnation du taux de cômage. Une remontée du déficit public au-dessus de 2,4 % du PIB, frontière au-dessus de laquelle la dette du pays recommence à grossir. Bref, c'est le double échec. Garanti. Cinglant.

Nicolas Sarkozy peut-il y échapper ? La réponse est oui. Mais pour le comprendre il faut se projeter sur l'ensemble du quinquennat. En 2004, Jacques Chirac avait connu un rayon de soleil (2,3 %), mais il n'en avait rien fait. En 2009, même chose : la croissance devrait repartir, selon les instituts économiques. Toute la question politique est donc de savoir comment gérer les dix-huit mois qui viennent avant le réchauffement de 2009, sachant aussi que, par coïncidence, il n'y a pas d'élections en France avant les européennes de juin 2009.

Deux stratégies se présentent, celle du gros dos et celle du culot.

La première consiste à essayer d'éviter un effondrement des sondages pire encore en s'employant à "soutenir l'activité". Tout faire donc pour fuir le plongeon à ce fatidique 1,6 % cette année. Le gouvernement n'arrêterait pas les réformes, le président ne peut pas se le permettre face à l'histoire. Mais il continuerait à ne les faire qu'à moitié, comme depuis neuf mois (exemples le service minimum ou le non-remplacement des fonctionnaires partis à la retraite), et même à ne plus les faire qu'au tiers. En parallèle, il distribuerait du "pouvoir d'achat" comme la Semeuse, 200 euros pour le minimum ceci, 300 pour le minimum cela... Cette politique s'appelle laisser filer le déficit, mais sans le dire, pour ne pas subir les foudres de Berlin et de Bruxelles.

L'autre stratégie est celle du culot. Elle est un peu filoute. Elle consiste à faire tout le contraire de la précédente et à appuyer au contraire à fond sur la pédale des réformes tout en restreignant les dépenses budgétaires. Qu'importe les sondages d'opinion exécrables durant dix-huit mois... puisque, la croissance revenant en 2009-2010, il sera alors possible de montrer les courbes en vert pour dire : "Vous voyez bien que notre détermination paie, que les réformes portent leurs fruits et que Sarko est un grand homme."

Filoute, cette stratégie l'est parce que des réformes réelles et sérieuses ne peuvent pas porter effet en si peu de mois. Le gain de croissance ne leur devra rien, il s'expliquera par le rebond international porteur. Mais la grosse ficelle sera pardonnée si les réformes sont, pour le coup, réelles et sérieuses.

Quelles sont-elles ? Celle de l'économie du savoir, celle du marché du travail, celle de l'assurance sociale, celle de l'Etat... La liste en a été donnée par la commission Attali (auquel participait l'auteur de ces lignes). Mais insistons : cette politique consiste à acter l'impopularité du président, à ne pas chercher de regain avant dix-huit mois, à renoncer à l'ouverture des vannes budgétaires pour faciliter les réformes, en clair à rompre avec le chiraquisme.

La croissance faible va pousser à la tentation, avec des justificatifs keynésiens à la clé. Au contraire, l'occasion se présente de réaliser les réformes de structure tout en serrant les cordons de la bourse (mais chut, madame, n'appelez pas cela rigueur !). La marge de manoeuvre dégagée permettra ensuite d'abaisser les prélèvements obligatoires, l'autre frein à la croissance française. C'est culotté ? Assurément. Mais Sarkozy n'est-il pas, vraiment, un grand homme ?

Eric Le Boucher

Publié dans Economie et social

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Jean-Pierre 19/02/2008 10:14

Christian Paul ? Il faisait partie de ceux qui voulaient nous imposer la Licence globale, si je ne me trompe...

marc d Here 18/02/2008 22:10

Je ne vous le fais pas dire....On ne peut trouver mieux.

peaceonearth 18/02/2008 18:15

Aigris et revanchards, avez vous dit ?

marc d Here 18/02/2008 17:08

Le député PS Christian Paul a décliné l'invitation de Nicolas Sarkozy, le conviant à l'Elysée mardi pour l'installation de "la commission Copé" sur une "nouvelle télévision publique", a annoncé l'élu de la Nièvre.Les socialistes montrent une fois de plus leur sectarisme et leur incapacité à participer à quelque concertation que ce soit....

Patrick Joly 17/02/2008 23:00

Si on regarde l'histoire des pays qui ont connu des réformes importantes, elles se produisent généralement dans les pays qui sont dos au mur, quand ils sont obligés de réformer, parce que leur croissance est devenue très mauvaise. C'est pour ça que je pense que Sarkozy continuera à réformer même et surtout avec une mauvaise croissance.Par contre il continuera à faire des réformes de compromis, n'allant pas jusqu'au bout de ce que demanderaient les plus libéraux.