L'Europe n'est pas faite

Publié le par Jean-Louis Caccomo

par Jean_Louis Caccomo...

Etrange pays. Quand les entreprises réalisent des bénéfices, elles sont montrées du doigt. Quand les actionnaires gagnent de l’argent, on leur reproche de le faire sur le dos des salariés. La Société Générale est une entreprise privée ; elle n'a pas perdu d'argent public contrairement à tant d'entreprises contrôlées par l'Etat. Des pertes sont constatées, mais ce sont les pertes des actionnaires. C’est cela être un actionnaire, c’est prendre tous les jours des risques avec son capital (de l’épargne accumulée) que l’on confie aux entreprises auxquelles on a décidé, à tord ou à raison, de faire confiance. Les anticapitalistes de tout bord devraient se réjouir des pertes annoncées. Il faut savoir ce qu’on veut. Les bourses fonctionnent depuis des siècles mais c'est à croire que l'on en découvre à peine le fonctionnement.

Les commentaires actuels montrent à quel point la pédagogie de l’économie est une discipline de chaque instant à partir du moment où les politiques et les médias s’emparent de l’économie comme théâtre de leurs interventions pour les uns (les politiques) et de leurs commentaires pour les autres (les médias). En ce domaine, la frontière entre l’information et la propagande, entre le commentaire et l’intoxication est si minime. On atteint depuis quelques jours des sommets dans l’hystérie anti-économique. On s’en prend tour à tour à « l’hyper-finance » et aux spéculateurs-prédateurs que l’on oppose à l’entrepreneur créateur de richesses sans bien voir que l’entrepreneur est aussi un spéculateur, qu’il ne peut y avoir d’investissement sans finance, et que la finance est basée sur la spéculation. Quand Zola écrit le remarquable roman l’Argent, il ne dénonce pas le règne de l’argent fou. Il fait le constat, déjà vrai à son époque car c’est une vérité de toujours, que la spéculation (basée sur l’espérance du gain qui ne va pas sans risque de perte) est à l’expansion économique ce que la sexualité est à l’expansion démographique : un puissant stimulant. Mais autant les français parlent sans complexe de la sexualité, autant ils sont restés arriérés dans le domaine de la finance.


Rappelons quelques étapes cruciales d’une histoire contemporaine très récente. Nous sommes désormais dans une zone monétaire intégrée depuis l’avènement de la monnaie unique, voulue par les politiques et théorisée par le rapport Delors (qui a repris dans ses grandes lignes le projet que Keynes avait présenté à Bretton-Woods en 1944 !). Le fonctionnement de cette zone monétaire intégrée implique un marché bancaire concurrentiel à l’échelle de l’Europe composée des banques commerciales de la zone euro chargées de faire crédit aux agents économiques (ménages et entreprises) sur la base des dépôts récoltés, une Banque Centrale Européenne chargée de la mise en circulation des billets de banque en Euros et des marchés financiers intégrés à l’instar de l’Euronext.

Pour les gouvernements des Etats-membres, appartenir à la zone Euro implique non seulement le respect des fameux critères de Maastricht (et pas seulement au moment de la qualification à l’entrée dans la zone euro) mais aussi le respect du jeu concurrentiel qu’aucun des Etats-membres ne doit entraver en aidant une des banques sous le prétexte de défendre le drapeau. Il convient donc pour les gouvernements de s’abstenir d’intervenir dans le jeu concurrentiel dont ils sont les arbitres. Sur un terrain de football, l’arbitre ne prend pas parti dans le jeu en faveur d’une des équipes en présence. Toutes les banques commerciales sont donc en concurrence sur leur propre marché (qui est au moins européen, ce qui constitue la taille-critique minimale pour survivre à l’échelle mondiale) et dans leurs activités de services bancaires. Dans ce contexte, le discours consistant à dire qu’il n’est pas question que la Société Générale passe sous le contrôle d’une autre banque (BNP-Paribas ?), encore moins s’il s’agit d’une banque étrangère (entendez par là allemande, espagnole, italienne…) est bien incongru, notamment de la part de responsables politiques qui se proclament européens. Car ces mêmes responsables politiques n’ont pas eu de mots assez durs et injurieux pour mettre à l’index les « souverainistes », les « nationalistes », les « populistes », bref tous ceux qui appelaient à voter « non » à l’occasion de référendum de Maastricht.

Dans son ouvrage intitulé « l’Erreur Européenne », Jean-Jacques Rosa avait averti, bien seul il est vrai, des contraintes lourdes induites par la mise en œuvre d’une monnaie unique, par rapport à une monnaie commune (projet privilégié par les anglais) [1]. A cette époque, il prêcha dans un désert tellement il allait contre la pensée dominante. A monnaie unique faisait écho une pensée unique ! Il ne fallait pas s’opposer à la zone euro. Maintenant, nous y sommes dans la zone euro. Or la France n’en respecte ni la lettre ni l’esprit, se permettant de s’affranchir du respect des critères de Maastricht d’une part, et d’aller à l’encontre des règles de concurrence qui doivent prévaloir sur un marché bancaire désormais intégré d’autre part. Si on n’avait empêché Renault de devenir une firme globale au nom de l’indépendance nationale (ce qui était le cas tant qu’elle était la Régie Renault financée par les subventions de l’Etat), nous n’aurions plus d’entreprise automobile de la même manière que nous avons perdu le paquebot France ou le groupe Bull.

Qui peut dire où est localisé le centre de décision de Renault ? Qui peut dire si les Renault sont des voitures françaises ? A vrai dire, ces questions n’interviennent guère dans la gestion des entreprises. Quand un consommateur achète un bien ou un service, il est soucieux du rapport qualité/prix, pas de sa nationalité. Je préfère mettre mon argent dans une banque qui rémunère mon compte courant même si c’est une banque espagnole que dans une banque qui me prélève des frais de toutes sortes à la moindre opération même si une banque française. Suis-je un traître à ma patrie pour autant ?

Bien-sûr, il est essentiel pour un pays de compter sur son sol des entreprises, de toutes tailles et dans le plus grand nombre d’activités car c’est la démographie des entreprises qui va conditionner le niveau et l’intensité de l’activité économique. Mais il ne tient qu’à notre gouvernement de faire de notre pays un territoire attractif pour les centres de décision des grands groupes, qu’ils soient bancaires ou industriels de même qu’il est vital d’attirer les PME, les chercheurs, les talents et les champions. Mais à peine devenus champions ou stars, les heureux élus s’installent en Suisse tandis que les sièges sociaux des grandes entreprises s’expatrient…

Les responsables des gouvernements doivent comprendre que tant que les conseils d’administration des entreprises verront planer la main visible des ministres et des Etats en vue d’influencer leur décision au nom de grands mythes comme l’indépendance nationale, alors ces conseils d’administration se délocaliseront, et nos entreprises seront pilotées de l’extérieur. La prospérité implique l’ouverture et l’acceptation non de la dépendance mais de l’interdépendance, à condition d’en accepter les règles et la discipline.

 

[1] Rosa J.J., L’erreur européenne, Grasset, Paris 1998.

  Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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marc d Here 25/03/2008 08:13

L'Europe sera "en danger" si elle ne réforme pas son marché du travail et son appareil productif, a averti le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, dans un entretien au Financial Times aujourd'hui."Réformer est indispensable", a insisté M. Gurria dans les colonnes du quotidien financier, affirmant que "le public doit être conscient du coût de l'inaction" et soulignant que "le prix de l'action se voit à court terme mais que les effets positifs de l'action se verront eux à long terme".Le Figaro.fr

marc d Here 14/03/2008 09:06

Le président français Nicolas Sarkozy a qualifié hier soir d'"excellentes" ses relations avec la chancelière allemande Angela Merkel, alors que Paris et Berlin sortent à peine de plusieurs semaines de bras de fer diplomatique sur le projet d'Union pour la Méditerranée."C'est excellent mais vous ne me croyez pas quand je le dis, alors je ne sais pas quoi répondre", a répondu M. Sarkozy lors d'une conférence de presse suivant le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) réunis à Bruxelles."Je pense qu'on ne s'est jamais mieux compris et qu'au fil des semaines et des mois, on apprend de mieux en mieux à travailler ensemble", a ajouté le président français."Je veux vraiment vous dire, il n'y a pas de problèmes, on est extrêmement francs, je crois que je suis assez franc. Quand il y a un problème, on s'en explique et on ne le nie pas et on arrive à une solution", a-t-il poursuivi.Source: AFP

marc d HERE 07/03/2008 16:08

Le président Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont de nouveau évoqué aujourd'hui "les priorités de la présidence française de l'UE", lors d'un déjeuner de travail, selon l'Elysée.MM. Sarkozy et Barroso "ont continué à travailler sur les priorités de la présidence française de l'UE, notamment l'organisation du marché de l'énergie, l'environnement et le +paquet climat+, la politique européenne de l'immigration et l'avenir de l'agriculture européenne", a indiqué à la presse le porte-parole de l'Elysée, David Martinon.Selon M. Martinon, "le président Sarkozy a également rendu compte au président Barroso de la réunion de travail qu'il a eue avec Angela Merkel", la chancelière allemande, le 3 mars à Hanovre, "notamment sur l'Union pour la Méditerranée".Mme Merkel et M. Sarkozy ont annoncé lundi à Hanovre (nord de l'Allemagne) qu'ils étaient parvenus à un "compromis" en faveur d'une "Union pour la Méditerranée".Source: AFP

marc d Here 04/03/2008 07:37

La ministre française de l'Economie Christine Lagarde a estimé hier "souhaitable" d'élargir le champ d'application d'une loi de 2005 sur la taxation de l'épargne dans l'UE, jugée aujourd'hui insuffisante notamment à la lumière du scandale d'évasion fiscale vers le Liechtenstein.L'Allemagne, en conflit avec le Liechtenstein depuis la divulgation d'une vaste fraude fiscale vers la principauté, compte profiter de la réunion aujourd'hui des ministres des Finances de l'UE pour accroître la pression sur ce pays, et discuter des moyens d'améliorer la directive de 2005."Ca va nous amener certainement, et je l'espère, sous présidence française (de l'UE au deuxième semestre 2008) à réexaminer la directive sur l'épargne, sachant qu'il va falloir qu'on examine comment on améliore le processus d'information, les échanges d'informations en particulier", a indiqué Mme Lagarde, lors d'un point presse à l'issue d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro.Pour lutter contre l'évasion fiscale, les pays de l'UE disposent actuellement d'une directive sur la taxation des revenus de l'épargne. Mais cette législation se révèle trop limitée à l'usage et pourrait être révisée.Source : AFP

marc d Here 03/03/2008 11:28

Dîner surprise pour Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Le président français et la chancelière allemande vont se retrouver lundi soir après avoir inauguré le salon CeBit des technologies de l'information, occasion pour le chef de l'Etat français de prononcer un discours sur "les nouvelles technologies de l'information et de la communication", selon l'Elysée. Ce dîner a été aménagé pour tenter de surmonter les tensions entre Paris et Berlin qui ont éclaté au grand jour après l'annulation récente de deux réunions de haut niveau. .....(MSN actualités)