De quoi je me mèle

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Par Jean-Louis Caccomo...

Aucune décision n’a encore été ni prise ni même discutée à leur sujet que les chauffeurs de Taxi ont déjà fait grève, manifestant leur colère en déclinant le concept bien de chez nous de « grève préventive ». Cela a beau être chronique, j’ai du mal à m’habituer. Mais tel ne sera pas le propos du jour. Je veux revenir sur certaines tentations qui sont toutes aussi chroniques et persistantes chez nos princes éclairés.

 

Dès qu’il s’agit d’interdire, de renforcer la réglementation, d’accroître les prélèvements par l’instauration d’une nouvelle taxe, les dirigeants français savent prendre les autres pays en exemple. Les USA ne sont-ils pas plus sévères en matière de législation anti-tabac que nous ? La redevance TV n’est-elle pas plus élevée en Angleterre, permettant à l’Etat britannique de financer le réseau BBC sans avoir besoin de publicité ? N’a-t-on pas entendu à Davos le refrain du « retour de l’Etat » ? Certes oui, mais l’Etat en France ne s’est jamais éclipsé, profitant de la croissance pour renforcer sous rôle sous prétexte de mieux répartir les fruits de la croissance, prenant prétexte de la crise pour accroitre son emprise afin de nous protéger de la catastrophe annoncée !

Pourtant, les USA et l’Angleterre offrent aussi des espaces de liberté qui sont de nature à compenser les nécessaires rigidités imposées par les besoins de la vie en société. Ces espaces de liberté sont autant d’espaces d’espérance qui attirent tous ces jeunes français voulant créer et produire de la richesse, obligés de le faire hors des frontières d’un hexagone de plus en plus corseté et torturé par les expériences accumulées de nos grands hommes.

Il faut donner les exemples jusqu’au bout et ne pas sortir un élément de son contexte sous prétexte qu’il flatte les prétentions régulatrices de notre Etat jacobin. Regardons les taux de TVA ou l’autonomie complète des universités aux USA. Pensons aux réformes qui ont tirées l’Etat britannique de la banqueroute déclarée en 1977 en le recentrant sur ses missions essentielles. Tony Blair, qui fut accueilli en grande pompe par l’UMP en signe d’ouverture, et qui est tout autant courtisé par les progressistes de M. Besson, a reçu tout le bénéfice de ces réformes sans en être l’initiateur. Les français ont la mémoire aussi courte que sélective. Les pays voisins ont réformé leur système de retraite par répartition et modernisé la fonction publique pour sortir de la spirale des déficits et de l’endettement. Après avoir digéré l’ancienne RDA, l’Allemagne a fait un effort de compétitivité sans précédent, notamment en travaillant à la fois plus et mieux, ce qui lui permet d’afficher aujourd’hui les performances commerciales que l’on sait, malgré l’euro fort ou le pétrole cher, ces derniers étant l’alibi commode de ceux qui sont frappés d’immobilisme.


Mais puisque Michel Rocard préconise de généraliser l’enseignement de l’économie, permettez-moi une mise au point à l’attention de nos dirigeants. La loi n’a pas à s’occuper de la distribution des bénéfices des entreprises privées. Les hommes politiques sortent dangereusement de leurs attributions et de leurs compétences en utilisant la force coercitive de l’Etat pour s’immiscer dans le management de l’entreprise. Si la répartition des bénéfices pouvait faire l’objet d’un calcul ex ante exact, on n’aurait plus besoin des managers et des conseils d’administration, la gouvernance d’entreprise se réduisant à l’application d’un algorithme objectif et impersonnel. Et l'économie serait planifiée... Chaque revenu a une origine précise qui fait que la distribution du revenu est intimement liée à la production des richesses sans laquelle aucun revenu ne serait généré. Dérégler cette distribution – notamment par une redistribution intempestive des revenus – et vous déréglerez à coup sûr la production.

Le salaire est le revenu du travail, l’intérêt est le revenu du capital prêté (sans risque) tandis que le dividende est le revenu du capital placé (avec risque). Le ménage est engagé dans l’entreprise en tant que salarié lorsqu’il apporte son travail et ses qualifications, en tant que créancier lorsqu’il prête son capital (par l’intermédiaire d’une banque), en tant qu’actionnaire lorsqu’il place son capital (par le truchement des marchés financiers). Quelque soit le moyen utilisé, ce sont toujours les ménages qui apportent le travail (leur capital humain) et le capital (qui est du travail accumulé en épargne, donc du revenu non consommé) de sorte qu’il est proprement stupide d’opposer le capital au travail.

Les bénéfices redistribués permettent de payer leurs dividendes aux actionnaires. Il appartient au conseil d’administration de déterminer la part des bénéfices réalisés qu’il convient de redistribuer sachant qu’il est tout aussi nécessaire d’en réinvestir une partie tout en fidélisant ses actionnaires. En aucun cas, les bénéfices ne reviennent aux salariés qui ont déjà été rémunérés par la distribution des salaires. Si les salariés estiment que le salaire est insuffisant, ils peuvent toujours acquérir des actions, notamment de leur propre entreprise, pour compléter les revenus du travail par des revenus du capital. Mais ils doivent en assumer le risque, comme tous les actionnaires, sachant que le bénéfice escompté n’est jamais un bénéfice garanti. Ils ne peuvent pas attendre de la loi un détournement des bénéfices pour leur propre compte, espérant récupérer le revenu du risque sans le risque.

Il faut comprendre que les revenus ne se déterminent pas sur une base collective mais individuelle. C’est pourquoi les conventions collectives, gérées par des partenaires sociaux décrétés représentatifs, neutralisent le fonctionnement du marché du travail ce qui se traduit par un chômage structurel en France massif. Un employé ne prend conscience qu’il est sous-payé seulement si un autre employeur lui fait une meilleure proposition. A ce moment, soit il quitte son entreprise, soit celle-ci s’aligne pour conserver son employé. Mais si personne ne lui fait de propositions plus avantageuses, il peut sans doute s’estimer heureux d’être là où il est…

Certains chercheurs français se sont expatriés parce que des universités étrangères leurs ont fait d’excellentes propositions, à ceux-là précisément parce qu’ils détenaient un savoir ou un savoir-faire recherchés. De là à dire que tous les chercheurs français sont mal payés, c’est un pas que l’on ne peut franchir sans tomber dans une vision holiste de l’économie en terme de classes sociales qui est aussi éloignée de la science économique que l’astrologie tibétaine.

 

 Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Economie et social

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marc d Here 04/02/2008 21:21

Jemenmèle a eu tort...Et puis c'est si long....Merci quand même pou l'effort

jemenmèle 04/02/2008 20:56

Vos amis au CODIR de la Société Générale :- Bon, les gars, on déconne, on déconne, mais on s'éloigne des vrais problèmes. Qui veut un calva ? J'ai du 80 ans d'âge que je fais venir directement de la ferme. Une rareté.- Qui a pris les cigares ? Jean-Eudes, faites pas le rat, renvoyez les havanes par ici.- Messieurs ! Quand vous aurez fini de vous torcher, on en reviendra au sujet du jour. Où est Roger ?- Aux toilettes, monsieur le président, il a du mal à digérer la purée de céleri.- Bon, puisque notre directeur financier est malade, je vais moi-même rentrer dans le sujet. Peuf... Peuf... (il allume un cigare). Messieurs, comme je le disais, l'heure est grave. Merci pour le calva, Pierre-Henri. Les calculs faits par ma stagiaire cette nuit montrent que nous avons perdu entre 5 et 9 milliards par la faute de ces gros ploucs d'amerloques.- Font chier, ces yankees. On ne peut plus faire confiance à personne !- Silence, Charles-Edouard ! Il est trop tard pour nous lancer dans une analyse de risques approfondie. La question du jour est : qui va porter le chapeau ?Silence général. Tout le monde se regarde bizarrement.- Non, ne vous inquiétez pas, on n'en est pas encore à foutre des cadres dirigeants à la porte. Le plan social, on le fera sur les guichetiers, faut pas que déconner. Non, mais sérieusement, faut trouver un clampin à faire dégager rapido. De préférence, un qu'aucun d'entre nous ne connaît, histoire de dire qu'on n'était pas au courant.- Oui, monsieur le président, mais qui ?- Je sais pas moi, je suis pas là pout tout faire, non plus. Y a personne que vous voulez virer ? Un trou de balle, un minus, mais avec une bonne gueule de psychopathe, qu'on pourrait montrer à la télé en disant "tout est de sa faute" ?- Oui, comme les anciens hébreux chargeaient un bouc de leurs péchés avant de l'envoyer dans le désert...- Charles-Hubert, vous nous les pétez menu avec vos histoires de cureton. C'est pas parce que vous avez passé 15 ans chez les jèzes qu'il faut la ramener à chaque codir. La dernière fois, c'était Saint-Paul à Damas pour illustrer le moment où Bernanke a compris qu'il était dans la merde, et la prochaine fois, vous nous faites quoi ? Sodome et Gomorrhe ? Le Déluge ? Allez, on y va, on me donne un nom.- Mais, président, on ne les connaît pas, les noms des collaborateurs. On leur parle à peine, et encore, seulement pour les engueuler.- Bon, OK, je vois, c'est encore moi qui vais tout faire. Pierre-Matthieu, passez-moi votre portable. Le trombi de la boîte, il est où ?- Ici, monsieur le président.- Putain, ces tronches de tarés qu'ils ont ! Eh, aux RH, vous avez jamais pensé à donner des consignes, genre "éviter d'embaucher des demeurés" ? Bon, on va pas s'en sortir, je clique au hasard... Tiens, celui-là, Bernard Hurningh, vos en dites quoi ?- Il est conseiller clientèle à Dôle, monsieur, personne ne croira jamais qu'on a perdu 5 milliards à cause de lui.- Même en magouillant avec la Suisse ?- C'est plus ce que c'était, monsieur, la Suisse. Le secret bancaire n'est même plus garanti, ils seraient foutus de nous prouver qu'on raconte des craques.- Mouais, va falloir taper dans le lourd. Celui-là, Marc Brice, à votre avis ?- Directeur financier d'une sous-filiale spécialisée dans le prêt agricole, monsieur. C'est la bourse qui craque, pas le marché du purin.- Faites le malin, Jean-Edouard, foutez-vous de ma gueule. Bon, celui-là, il a une vraie tronche de vainqueur. C'est mon dernier mot, vous vous sortez les doigts du cul et vous me le mouillez à mort. Jean-Gui, en tant qu'ancien membre du cabinet de l'Elysée sous Mitterrand, les barbouzeries, ça vous connaît, non ?- Oui, on peut magouiller un peu le système informatique, histoire de faire croire qu'il nous a truandés. Faites voir le nom ?- Kerviel, Jérôme Kerviel. Encore un de ces petits merdeux qui croient qu'ils vont devenir riches parce qu'ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. On dirait des hamsters sous acides, ces branleurs. Allez, celui-là paiera pour les autres.- Mais, monsieur, 5 milliards sur le dos de ce trou de balle, personne n'y croira jamais !- Je vous signale, mon petit Charles-Edouard, 80% des français se sont déplacés il y a un peu plus de six mois pour départager une dinde hystérique, et un velléitaire complexé par sa taille, alors vous savez, le sens critique de ces glandus... Bon, on y va. Plan média, bidonnage informatique, communiqué de presse, plan social en backup, je veux tout ça sur mon bureau demain matin. Et vous me supprimerez le coupon de cette année, ça fera les pieds à ces connards d'actionnaires. Quelqu'un reveut du champ', on va se saouler la gueule pour fêter ça...

marc d Here 04/02/2008 20:29

Dans la rubrique "De quoi je me mêle", on vient d'en voir une belle. Jean-Louis Debré, nommé par Chirac à la tête du Conseil constitutionnel (à l'indignation des juristes et de ceux qui défendent la dignité des fonctions), vient de consacrer un long développement pour condamner le mariage (pourtant discret) du Président! ....Tout cela dans un verbiage confus et un peu géné (on le serait à moins)...Mais la signification était évidente!!!! DE quoi se mêle t-il?  Que Bayrou le fasse, cela ne surprendra pas, mais le Président du Conseil constitutionnel!