Grève attitude

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Par Jean Louis Caccomo...

C'est la première fois qu'un chef de gouvernement français se déplace à Davos pour le « World Economic Forum » où François Fillon aura prononcé un discours pertinent, limpide et chargé d’espérance. A n’en pas douter, le premier ministre est résolument décidé à tourner la page avec la « France d’avant » pour reprendre ses propres termes. Espérons seulement qu’il sera entendu par les partenaires sociaux et les représentants des corporatismes les plus réactionnaires qui continuent de leur côté à utiliser les méthodes et les raisonnements de la France d’avant [1]. Car les français et l’économie française souffrent d’être déchirés par ces corporatismes étroits qui n’en finissent pas de les opposer, de faire de l’entreprise un champ de bataille idéologique entre classes supposées antagonistes, dressant tour à tour entre eux les détenteurs de revenus du travail aux détenteurs du revenu du capital, les salariés du privé aux salariés du public, les employés contre les patrons…etc.

Car c’est tout de même désespérant - et finalement usant et coûteux - de voir les fonctionnaires manifester ou programmer rituellement des journées de grève au nom du pouvoir d’achat ou de la défense de l’emploi. Et je n’ose à peine parler des grèves chroniques du personnel d’Air-France précisément aux périodes de vacances qui plongent l’économie touristique des DOM-TOM dans un coma permanent. Les fonctionnaires auraient-ils perdu de vue que l’Etat tire ses ressources – dont la plus grande partie sert à les rémunérer - du fait qu’il existe un secteur privé composé d’acteurs économiques en mesure de créer des richesses ? Bien-sûr, ces acteurs économiques sont en mesure de créer des richesses lorsqu’il existe des biens et services publics nécessaires à l’épanouissement de l’économie. Mais il s’agit de trouver une taille optimale qui lui-même dépend d’un ratio précis entre la dépense publique et l’investissement public. Il est un point critique au-delà duquel tout développement du secteur public, non seulement pèse en termes de charges supplémentaires sur le secteur privé, mais empêche le développement de l’initiative privée elle-même, les individus attendant tout de l’Etat ou des collectivités publiques.

 

L’Etat n’aurait aucun intérêt à faire disparaître comme une peau de chagrin toutes les entreprises du territoire dans la mesure où cela reviendrait à se ruiner lui-même. Il est connu, du moins par ceux qui se donnent la peine de se demander comment fonctionne effectivement une économie saine, que toute procédure collective qui conduit à arracher des augmentations de salaire aboutit à un renchérissement du prix des biens et services que nous consommons, de sorte que le pouvoir d’achat n’est aucunement accru à l’issue de ce processus. Si le boulanger estime qu’il gagne mal sa vie, il doit tout mettre en œuvre pour augmenter sa clientèle, ce qui le conduira à plus - ou mieux - travailler. C’est cette motivation qui est à l’origine de la plupart des innovations qui ont changées notre vie quotidienne [2]. Mais si le boulanger se coalise avec tous les autres boulangers pour arracher un accroissement collectif du revenu de l’ensemble de sa corporation, alors le pain coûtera plus cher, y compris au boulanger lui-même dont la famille est composée de consommateurs de pain.

Si toutes les corporations agissent ainsi - ce qui devient inévitable à partir du moment où une corporation aura eu gain de cause -, alors toutes les augmentations de salaire ainsi obtenues d’un côté seront mangées par les augmentations de prix de l’autre côté. C’est en ce sens que les négociations collectives, qui contournent les mécanismes de régulations opérant sur les marchés du travail, contribuent à perpétuer les dysfonctionnements de l’économie, notamment en engendrant à la fois un chômage structurel et une inflation par les coûts face à laquelle la Banque Centrale sera bien impuissante.

 

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

 [1] Le tribunal administratif de Marseille a annulé les arrêtés pris par le préfet des Bouches-du-Rhône prorogeant l'autorisation d'ouverture dominicale dont bénéficiaient les enseignes de Plan-de-Campagne, la plus grande zone commerciale de France. Les 400 magasins qui emploient plus de 5 000 personnes devront fermer leurs portes le dimanche. Les militants de la CGT savourent leur victoire alors qu’ils scient sûrement la fragile branche sur laquelle ils s’agitent. Dans ma région, les zones commerciales tournent au ralenti le week-end, quand elles ne sont pas obligées de fermer le dimanche, alors que la plupart des résidents des Pyrénées-Orientales se retrouvent à la Jonquière, 5 minutes après la frontière espagnole, pour faire leur course dominicale et faire le plein de carburant. Les entreprises espagnoles se frottent les mains.

 [2] Caccomo J.L. [2005] L’épopée de l’innovation. Innovation technologique et évolution économique. L’Harmattan, Paris.

Publié dans Economie et social

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Simon 02/02/2008 23:49

Je ne crois pas vous avoir insulté dans mon post numéro 4 donc j'aimerais que vous me disiez i oui ou non, vous ne pensez pas que l'effort peut aussi se porter sur une réduction des marges.PS : moi aussi je connais la fonction publique de l'intéreieur, et sa parfois tro pesante bureaucratie. Dans le cas des libéraux forcenés, le mal dénoncé n'est pas les défauts de lorganisation, mais l'Etat lui même, etles gauchistes refusent de voir le problème. Si on reste dans ce débat stérile, on en sortira jamais.

sergiozz 31/01/2008 21:26

"Je comprends tout à fait Caccomo qui refuse de poursuivre de telles discussions "Vous n'aimez pas du tout être contredit. Mais pourquoi gérez-vous un blog sur la toile ? Vous ne voulez que des intervenants qui applaudissent à ce que fait le gouvernement actuel  ? Vous ne voulez que des intervenants qui applaudissent aux propositions délirantes de la commission Attali ? Je vous laisse à vos chimères libérales. Adios.

marc d Here 31/01/2008 21:21

Je comprends tout à fait Caccomo qui refuse de poursuivre de telles discussions

sergiozz 31/01/2008 19:05

Je ne vois pas en quoi mon post N°5 est  haineux, je pourrais en dire autant de vous lorsque vous me traitez d'ignorant. OK, je ne suis pas docteur en économie, mais j'ai tout de même obtenu une maîtrise d'économie et ai eu l'occasion d'étudier l'économie après mes études universitaires, en particulier pour bosser des concours administratifs internes. Donc, beaucoup moins ignorant en matière économique que ce que vous voulez insinuer.  Bien entendu, vous ne répondez sur le fond à mon message, c'est plus facile et ça permet de ne pas argumenter

caccomo 31/01/2008 17:23

je veux bien répondre aux arguments et discuter avec des esprits ouverts, mais je suis las des clichés et des insultes. Je précise que je suis fonctionnaire et que je vois des choses de l'intérieur qui me font bondir. Lisez bien les libéraux avant de brosser le portait a priori du diable pour mieux ainsi conforter vos clichés. Les libéraux passent leur temps à dénoncer les privilèges d'où qu'ils viennent. Mais ne transformez pas votre ignorance en haine. Le travail n'est pas que manuel, les spéculateurs exercent une activité, intense, risquée et dangereuse. Tout le monde veut la croissance, personne veut le risque ; tout le monde veut de la richesse, personne ne veut créer d'entreprise. On peut toujours insulter les gens, les diaboliser et les pendre haut et fort. Vous n'aurez pas pour plus compris l'économie.