Le service minimum, la moindre des choses

Publié le par Entretien Marcelle Padovani et Guglielmo Epifani (CGIL). Le Nouvel Observateur

Le patron du principal syndicat italien, Guglielmo Epifani, juge la rentrée sociale française....Extrait d'un entretien de Marcelle Padovani avec le secrétaire général de la C.G.I.L, le premier syndicat italien, regroupant communistes, socialistes et militants d'extrëme gauche....
Le Nouvel Observateur du 20 décembre 2007
 

Extrait.....

Le Nouvel Observateur. - Le service minimum dans les services publics est un sujet de polémique en France. L'Italie pourrait-elle servir d'exemple ?
Guglielmo Epifani. - Nous avons mis en place un code d'autoréglementation dès 1990, qui organise le droit de grève dans les services publics. Et donc le sort réservé aux usagers. Les trois syndicats principaux le réclamaient depuis 1988. Dès que le texte a été voté, chaque catégorie s'est dotée d'un code spécifique d'autodiscipline. Nous avons considère que c était une façon intelligente d'utiliser le droit de grève, qui reste sacré.
N. O. - Les modalités concrètes de cette autolimitation ?
G. Epifani. - Dans les transports, les hôpitaux et le secteur de l'énergie, toute grève doit être annoncée avec un préavis de dix jours minimum. Elle est interdite pendant les fêtes de Noël, de Pâques et les vacances d'été, mais aussi au moment des élections et des olympiades. Pour d'évidents motifs d'intérêt général. Et pour permettre aux émigrés de rentrer au pays lors des grandes échéances ou des fêtes collectives. Mais il y a d'autres limitations qui concernent le déroulement même de la grève : les liaisons avec les îles (Sicile et Sardaigne essentiellement) ne peuvent être interrompues. Enfin, toujours dans le secteur des transports, où fleurissent les petites organisations autonomes, si une grève est proclamée un jour par un syndicat, les autres ne peuvent arrêter le travail pendant les jours qui suivent. Il est interdit d'ajouter les grèves aux grèves.
N. O. - Et le service minimum ?
G. Epifani. - Il est garanti, et c'est bien la moindre des choses. Dans les hôpitaux où les urgences, les opérations nocturnes, etc. sont assurées. Mais aussi dans les transports : les usagers ont le droit, même pendant la grève, de pouvoir se rendre à leur travail. Ils le peuvent jusqu'à 8h30, le matin, et à partir de 18 heures, pour rentrer chez eux. Nous sommes convaincus que l'exercice du droit de grève ne doit pas pénaliser les autres travailleurs.
N.O. - Il n'y a jamais de problèmes ?
G. Epifani. - Pour ce qui concerne les salariés, non. L'autolimitation a été intégrée dans les moeurs. On signale bien sûr quelques cas de grèves «spontanées», immédiates, mais elles sont sanctionnées par des amendes que les syndicats en question doivent verser à la commission de garantie préposée à l'application du code. Mais dans les secteurs où prolifèrent les syndicats de métier, la situation est plus difficile. Les chauffeurs de taxi, qui sont des travailleurs autonomes, ne l'appliquent pas, et on a vu avec quelles conséquences pendant les grèves récentes qui ont paralysé Rome parce que le maire voulait augmenter le nombre des licences. Les poids lourds non plus n'acceptent pas l'autodiscipline, et ils ont bloqué l'Italie pendant quarante-huit heures il y a quinze jours. Les syndicats confédéraux n'ont aucun pouvoir sur ces catégories, même s'ils y ont leurs sigles et leurs adhérents.
N. O. - En France, h réforme des régimes spéciaux de retraite a donné lieu à un grave conflit social.
G. Epifani. - Là aussi, nous avons été novateurs. Jusqu'en 1995, il y avait un système de retraites truffé de privilèges. Un cas extrême : une enseignante mère de trois enfants pouvait demander sa mise à la retraite avec seize ans d'ancienneté ! Nous avons supprimé ces avantages pour les enseignants. Et, dans le secteur public, nous avons procédé à une homogénéisation des conditions de départ à la retraite. En accord avec l'exécutif et le Parlement. C'est une de nos caractéristiques : jamais un gouvernement ne prendra une mesure ou ne fera voter une loi à caractère «social» qui n'ait le consentement des syndicats.
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........ Propos recueillis par Marcelle Padovani

Publié dans Economie et social

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marc d Here 29/01/2008 09:29

Dominique Thomas, je vous trouve injuste...Les premières réformes de Sarkozy (universités et régimes spéciaux...) ont été obtenues après de longues négociations avec les syndicats....La "modernisation du marché du travail" sera une loi qui reprendra intégralement l'accord signé entre patronnat et syndicats ( méthode excellente,  que vous soulignez en gras dans votre commentaire et vous avez raison)....Sarkozy  a choisi cette méthode et ce sera valable pour d'autres négociations en cours, vous le savez bien. On peut tout à fait reconnaître à Sarkozy cette volonté de discuter des réformes, d'essayer de trouver le plus large consensus....mais de savoir  passer outre à certains blocages si nécessaires.  Car  la  différence avec l'Italie  c'est, comme le montre bien le texte ci dessus, que les syndicats italiens, y compris la CGIL, qui correspond plus ou moins à notre CGT sont ouverts, acceptent l'évolution des retraites ou le service minimum, sans estimer que cela met en cause le droit de grève. Jamais, depuis des années, autant de place n'a été donnée  à la négociation, mais il faut aussi savoir décider quand il y a blocage....Vous pourriez reconnaître  que Sarkozy agit de cette manière à la fois responsable et ouverte, et que la gauche, en s'opposant sans nuances ne facilite pas l'évolution en ce sens.. .  Mais sans doute est-ce trop vous  demander....

Dominique Thomas 29/01/2008 09:00

Il y a encor bien d'autres domaines dans lesquels l'Etat italien a su se rénover en profondeur et notamment une vraie régionalisation de l'enseignement ou la suppression du statut général de la fonction publique. Tout ceci fut fait par Romano Prodi lors du gouvernement de l'Olivier.Mais tout ceci fut fit selon une méthode bien différente de celle qui est à l'œuvre chez nous : comme le dit G Epifani " jamais un gouvernement ne prendra une mesure ou ne fera voter une loi à caractère «social» qui n'ait le consentement des syndicats. .....Bien entendu, vous pourrez objecter que les nôtres ne sont pas prêts à cela et qu'i faut bien que le législateur se substitue aux syndicats. Certes, mais une vraie réforme aurait été celle qui permettrait en France le développement et le financement de syndicaux réellement représentatifs, c'était un préalable à toute autre réforme car elle aurait légitimé les partenaires sociaux, y compris dans les rangs du patronat. Par ailleurs, toutes ces réformes ont été menées en Italie dans une période où le gouvernement avait les caisses assez pleines et a pu dégager les ressources nécessaires pour les mettre en œuvre. En tant que citoyenne largement bénéficiaire du paquet fiscal, je continue à douter de son intérêt pour moderniser l'État, ce qui était la vraie priorité. Enfin, toutes les réformes italiennes ont eu lieu sans chasse aux sorcières, sans bouc émissaires désignés à la rancune populaire. Elles avaient été longument débattues, négociées, chacun pouvait y trouver son compte. Puis - malgré une forte opposition qui s'est notamment traduite par des manifetations gigantesques - ielles furent ntroduites en douceur, avec un réel suivi de leur mise en œuvre.Ca fait réver, non ? PS Pour plus de détails voir dans "Notre État" le chapitre consacré à la réforme de l'Etat en Italie.

marc d Here 29/01/2008 00:54

Voilà qui montre que le service minimum n'est pas considéré partout en Europe, y compris par la gauche , comme une mesure de droite ou anti sociale, quoiqu'en disent la CGT ou le PS... qui refusent tragiquement toute évolution....