2008: les réformes en plat de résistance

Publié le par Eric Le Boucher

Par Eric Le Boucher pour Le Monde 


La refonte des régimes spéciaux de retraite en novembre, c'était l'"apéritif", a dit Nicolas Sarkozy. Les plats principaux vont venir en 2008. Et le repas s'annonce si copieux que la politique sollicitera fortement l'estomac tricolore : France, quelle capacité de digestion ?

 

Pour répondre, il faut commencer par constater que l'ambiance du déjeuner ne sera pas des plus calmes. L'année qui s'ouvre est marquée d'incertitudes pour l'économie mondiale. Les Etats-Unis ont ralenti et ils sont menacés de récession par une crise immobilière loin d'être achevée. L'Allemagne en subira forcément le contrecoup, donc la France par effet de dominos. Deux autres crises ajoutent leurs nuages noirs : les subprimes d'abord, qui affectent les banques, c'est-à-dire les conditions du crédit. Et malgré les promesses des établissements français de ne pas faire payer aux clients le manque de vigilance dans leurs investissements américains, on rapporte qu'elles durcissent leurs exigences pour des prêts.

L'euro ensuite. Beaucoup d'observateurs ne le voient plus monter face au dollar (sans aucune garantie bien sûr), mais personne ne le voit refluer. Autrement dit l'euro restera cher, autour de 1,45 dollar, pesant sur les exports. Seule bonne nouvelle dans ce contexte mondial gris : les pays émergents continueront de croître au rythme moyen de 7 %, comme en 2007.

Au total, l'économie française, qui a échappé en 2007 au ralentissement mondial, devrait subir "une onde de choc amortie" en 2008, pronostique l'Insee. Si aucune des crises susdites ne s'emballe, la croissance devrait s'établir juste en dessous de celle de cette année, qui aura été de 1,9 %. Pas si mal, mais néanmoins pas excellent pour les réformes, parce que ce manque de tonus ne donne aucune marge de manoeuvre budgétaire pour "fluidifier" lesdites réformes, pour compenser les perdants.

Qu'importe ! Le président affiche sa détermination - "Je suis là pour changer la France, je le ferai" -, et son premier ministre y veille de près. Les réformes déjà engagées ont été nombreuses. Elles ont cependant donné une impression de louvoiement (politique de pouvoir d'achat ou politique d'offre ?), et même de pagaille (sur le rachat des jours de RTT dans des conditions contradictoires avec les lois sur les heures supplémentaires). Cette fois, passé les premiers six mois d'inexpérience, un peu d'ordre semble s'être établi.

Les menus sont en tout cas sur la table. Le menu social l'est depuis la réunion tripartite, mercredi 19 décembre, à l'Elysée, et le menu économique le sera le 16 janvier avec la remise du rapport demandé à Jacques Attali sur "la libération de la croissance", qui s'ajoutera aux projets gouvernementaux de lois dites "de modernisation" ?

Emploi, marché du travail, pouvoir d'achat, relations sociales, représentativité syndicale, formation : tous ces sujets sociaux devront déboucher d'ici à trois mois, selon le président de la République. L'enjeu est de refondre les règles du jeu social, de conforter les syndicats en encourageant le réformisme. Tant du côté des organisations salariales que du Medef, après dix ans de surenchères et de guérilla, le moment est historiquement favorable. Chacun s'accorde à penser qu'il y a une chance pour rétablir le dialogue et rompre avec la dérive corporatiste et extrémiste. Chance pas si grande, mais réelle.

Les propositions de la commission Attali s'inscrivent dans une logique semblable. Pour l'auteur de ces lignes (membre de cette commission), il a été frappant de voir que quarante-trois personnalités d'origines très diverses (historiens, écrivains, savants, économistes, hauts fonctionnaires, syndicalistes, représentants de la société civile...) se sont retrouvées sur un double constat : la situation de la France est grave et il faut des réformes très fortes pour relancer son dynamisme ; mais ces réformes doivent être équilibrées, offrant plus de flexibilité aux entreprises et plus de soins et de garanties aux salariés. C'est en somme le modèle français ou continental européen, qu'il s'agit de rebâtir en l'adaptant à la mondialisation.

C'est en particulier le cas pour l'Etat, qui sera l'objet, avec le marché du travail, de la plus importante réforme de l'année à venir. Un Etat qui aujourd'hui n'est ni bon stratège ni bon protecteur, qui est lourd et lourdement inefficace. Ses dépenses sont, en proportion des PIB, les plus élevées d'Europe.

Au début 2008, le contexte global, externe et interne, est donc assez favorable à une grande avancée des réformes. La popularité du président et du gouvernement est encore bonne.

Mais la situation est très fragile, alors qu'il faut avancer sur tous les fronts. Les réformes sont connues et placées au grand jour, tout va se jouer dans la mise en oeuvre et dans l'enchaînement politique-social-économie : il suffirait de peu pour que les ménages se mettent à épargner, que la consommation s'étouffe, que la croissance se casse, que le moral se mette en berne, que les réformes se transforment en menaces, et ainsi de suite le long d'une spirale négative. Les réformes de 2007 concernaient des catégories de Français (régimes spéciaux, étudiants, professions de justice...) ; celles qui viennent les concernent tous.

Eric Le Boucher
Le Monde
Article paru dans l'édition du 23.12.07.

Publié dans Economie et social

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marc d Here 08/02/2008 17:07

Le président Nicolas Sarkozy a déjeuné vendredi avec le secrétaire général de la CFDT François Chérèque, à qui il a affirmé son intention de poursuivre "la politique de réformes engagée depuis le mois de mai", selon un communiqué de l'Elysée.Ce déjeuner, dans un restaurant proche de l'Elysée, "a été l'occasion pour le président de la République de dire à son interlocuteur que la politique de réforme engagée depuis le mois de mai se poursuivrait dans le même climat de dialogue social constructif", rapporte le porte-parole de la présidence David Martinon. 

marc d Here 05/02/2008 16:32

Le premier ministre François Fillon a annoncé aujourd'hui à l'Assemblée une revalorisation de 25% du minimum vieillesse en 5 ans à partir de 2008 et de 60% des pensions de reversion d'ici 2012.Source : AFPEncore une promesse confirmée et qui sera tenue

marc d Here 19/01/2008 10:41

Liberté totale des prix, choix de poursuivre une activité sans limite d'âge, réduction des dépenses publiques… Les propositions de la commission Attali seront remises mercredi.....On attend cette remise avec impatience..... 

marc d Here 16/01/2008 08:39

Les atteintes aux personnes marquent un coup d'arrêt en 2007. Et les vols avec brutalité s'effondrent de plus de 11 %.La machine à produire du résultat, mise en place sous Nicolas Sarkozy, ne s'est pas enrayée. Les violences ont marqué un coup d'arrêt en 2007. Elles ont même un peu diminué, avec 433 000 faits signalés. Une baisse modeste, certes, de 0,2 %, mais une baisse malgré tout. La première depuis dix ans. En 2006, ces atteintes volontaires à l'intégrité physique avaient grimpé de 5,6 % (notre graphique). La hausse était même à deux chiffres, dans les années 1990.Plus spectaculaire encore : avec environ 110 000 actes constatés, les vols avec violence ont subi un net recul, de 11 % l'an dernier.Quand on pense à ce qu'était l'insécurité du temps de la gauche! S'il n'y avait que cette raison, on se réjouirait tout de même de la défaite de la gauche...

marc d Here 12/01/2008 12:43

Le premier ministre a réaffirmé sa promesse de ramener les finances françaises à l'équilibre d'ici 2012, dans le cadre du Conseil national de l'UMP.