Entre Sarkozy et Besancenot que reste t-il?

Publié le par Eric Zemmour

Eric Zemmour,  chronique dans Le Figaro du 26 11

Nous sommes favorables à l’alignement des régimes spéciaux sur les quarante ans de cotisations, mais... Nous sommes partisans de l’autonomie des universités, mais... Nous sommes pour la réforme de la carte judiciaire, mais... Nous approuvons la fusion entre ANPE et Unedic et celle des services des impôts, mais... Nous ratifierons le minitraité européen, mais...

Le «oui mais» est devenu la marque de fabrique des socialistes. Jadis, l’opposition était adepte du «non, parce que». Le «oui, mais» était réservé à l’allié turbulent, comme Giscard pendant les années 1960. C’est sans doute ça, la politique moderne. Les socialistes sont d’accord sur les principes de l’action gouvernementale. Ils en contestent seulement les modalités. François Hollande reproche violemment au gouvernement de perdre deux jours pour négocier avec les syndicats de cheminots. Arnaud Montebourg affirme avec véhémence que Rachida Dati est brutale.

Les socialistes nous avaient habitués à faire leur Bad-Godesberg au pouvoir. Désormais, ils le font aussi dans l’opposition. Sur presque tous les sujets du jour, ils s’alignent sur les positions de la droite libérale. Cette tendance vient de loin. Les socialistes n’ont guère insisté à propos du scandale des ventes d’actions d’EADS ; c’étaient en effet Dominique Strauss-Kahn et Lionel Jospin qui avaient donné les clefs de l’avionneur à Jean-Luc Lagardère. Les socialistes se sont donc contentés de réclamer une moralisation des stock-options, une posture morale que pouvait reprendre à son compte la droite sarkozyste.

Ce confusionnisme idéologique a été accéléré par la campagne de Ségolène Royal. Il est rendu inéluctable à partir du moment où les dirigeants socialistes voteront le minitraité européen, qui est une reprise, dans sa quasi-intégralité, de la Constitution rejetée par référendum en 2005. La célèbre phrase de Philippe Séguin sera plus que jamais d’actualité : «Droite et gauche sont deux détaillants qui vont se fournir au même grossiste : l’Europe.»

Dans ces conditions, les socialistes d’ouverture ne sont pas des traîtres, mais des éclaireurs. Ils ne se renient pas, ils mettent en œuvre leurs convictions. D’autant plus que Nicolas Sarkozy, depuis son élection, n’a pas poussé son avantage. Il impose l’autonomie des universités, mais renonce à la sélection. Il lâche beaucoup de lest dans la négociation sur les régimes spéciaux. Il allège les contraintes du service minimum dans les transports en cas de grève. Il édulcore les mesures de restriction de l’immigration. Il tonne contre Trichet, l’euro fort, réclame la préférence communautaire, mais n’obtient rien de Bruxelles et de Berlin.

Paradoxe sarkozyste : il a été élu sur une ligne de droite populaire, un mélange savant de bonapartisme, de gaullo-pompidolisme, et une once de bushisme. Mais une fois élu, pour la politique intérieure, et plus encore pour la politique étrangère, il met ses pas dans ceux de Tony Blair, sans passer par la case Thatcher. Sa campagne accouchait d’une thématique de nation et d’ordre, qui semblait sortie des cartons du Parti républicain américain. Mais gouverne comme un président démocrate.

Cette transhumance idéologique de Sarkozy rencontre celle des dirigeants du Parti socialiste qui, sans le dire, sous la pression des intellectuels modernistes comme Bernard-Henri Lévy, ravaudent eux aussi leur vieille maison aux couleurs libérales du Parti démocrate américain. Tous démocrates, y compris François Bayrou, avec son MoDem ! S’ensuit uniformisation et confusion.

À la droite de Sarkozy, un espace politique alors se libère. Mais Nicolas Dupont-Aignan ou Paul-Marie Couteaux ont du mal à faire entendre leur critique souverainiste ; et le Front national est entré dans les affres de la succession du vieux chef.

À gauche, cette évolution fait le bonheur d’Olivier Besancenot. Seule personnalité charismatique à la gauche du PS. Seul à refuser l’alignement à quarante ans, ou l’autonomie des universités, ou le minitraité européen. Besancenot applique sans le savoir la maxime de Chateaubriand : s’opposer, c’est s’opposer systématiquement.

En Allemagne, on voit déjà les effets de cette évolution. Il y a quelques années, Oskar Lafontaine quittait le SPD par hostilité aux réformes libérales de Schröder. Aujourd’hui, c’est le SPD qui court après le Linksparteï de Lafontaine, et les nombreux électeurs qui l’ont rejoint.

Un Linksparteï à la française, Mélenchon l’a rêvé, Fabius aurait pu le créer après la victoire du non au référendum ; mais il n’a pas osé. Entre Sarkozy et Besancenot, il n’y a plus rien, pourraient clamer, farauds, les chantres de l’UMP, à la manière de Malraux qui, dans les années 1960, claironnait : «Entre les communistes et nous, il n’y a rien.»

À l’époque, les socialistes, et les démocrates-chrétiens (auxquels on ajoutera aujourd’hui les derniers élus communistes) cultivaient un modeste socialisme municipal. Seul Mitterrand les avait arrachés à ce prosaïsme borné. Il y a mis vingt ans.

Eric Zemmour. 
Le Figaro du 26 11

Publié dans Vie politique

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marc d Here 03/12/2007 10:38

Le secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian a estimé, au lendemain du lancement du MoDem (Mouvement démocrate), que François Bayrou avait "le génie pour faire le vide autour de lui", alors qu'il existe "une vraie sensibilité centriste dans notre pays"."Je crois qu'il y a une vraie sensibilité centriste dans notre pays mais simplement ce que je constate, c'est que François Bayrou a le génie pour faire le vide autour de lui et que tous ceux qui ont collaboré depuis de longues années à son projet sont partis les uns après les autres", a déclaré M. Devedjian sur LCI. (avec AFP)

Gwenael 03/12/2007 07:38

Le "oui mais" du parti socialiste par rapport aux réformes que propose Monsieur Sarkozy montre bien que ce parti de gauche a beaucoup évolué, malgré tout ce qu'on peut dire sur lui.Evidemment, l'alignement des annuités de cotisations pour les retraites à 40 ans, on sait que la démographie nous oblige à le faire.Evidemment, l'autonomie des universités doit permettre une implication du privé dans leur financement.Evidemment, le mini traité européen, car nous savons bien que l'Europe est dans une impasse tant que quelque chose ne sera pas faitetc...Etre de gauche, n'implique pas forcément idéalisme bête sans connaissance de la réalité économique et sociale de notre époque..Pourtant, monsieur Zemmour semble oublier quelques "oppositions" que je renvendique comme idéologiques :- Les cadeaux fiscaux faits aux plus riches (certes pas 15 milliards, mais peut être la moitié) avec aucun impact sur l'économie- la franchise médicale : qui continue à faire entrer dans les cerveaux la privatisation de la santé. Pour moi, il y a deux services publics qui ne doivent jamais être privatisés : la santé (qui par définition n'est pas rentable, ce n'est qu'un cout), et l'éducation. Tout le reste est discutable, mais ça, ça ne l'est pas.Etre de gauche, c'est ça, affirmer la solidarité face à des mesures injustes voire inutiles.

marc d Here 02/12/2007 21:50

Un peu d'accord avec vous, Jean Daumont...Je pense qu'Eric Zemmour, comme beaucoup de commentateurs n'a rien compris à Sarkozy, même pas à sa campagne.....J'ai écrit il y a quelques temps sur le blog un article "Sarkozy homme de droite une politique du centre"...Je pense en effet que Sarkozy est un homme de droite par sa tradition, ses réflexes mais que sa politique (et sa campagne le montrait) est du centre....D'un centre intelligent, volontaire et efficace (certes pas un centre à la Bayrou!) mais en aucun cas d'une droite quel que soit le qualificatif dont on l'affuble.

Daumont Jean 02/12/2007 16:37

   Votre éditorialiste réalise un bel effet de manche, surtout dans son ...titre, mais sa démonstration du "vide" est ...creuse... Puisqu'il cite de nombreux hommes politiques, en France comme à l'étranger, il aurait pu évoquer ...De Gaulle qui, en son temps où il n'y avait plus que des partis déconsidérés, a occupé la plus grande partie de l'espace... C'est précisément ce qu'est en train de faire Sarkozy : c'est lui qui remplit ...le prétendu "vide", et c'est de part et d'autre de "lui" qu'à gauche comme à droite on patauge pour se réorganiser...