Après les grèves

Publié le par marc dHERE

Le gouvernement vient de passer un cap, de faire sauter un verrou. Quelle qu’ait été l’importance réelle, en terme financier ou social, de la réforme des régimes spéciaux, la capacité du gouvernement à la faire passer, malgré les oppositions qu'elle suscitait, était déterminante pour l’avenir. Un échec, c'est-à-dire un recul du gouvernement sur les trois principes de cette réforme (40 annuités, décote pour années manquantes, indexation sur les prix) aurait été particulièrement grave : c’était contredire e ruiner l’argument de campagne de  Nicolas Sarkozy «  je ferai ce que j’ai promis » ; c’était  vider de son sens la notion de « rupture », car, comme les autres, les Chirac, Mitterrand, Juppé, Jospin, Villepin, il aurait cédé à la rue et à la contestation ; c’était surtout rendre impossible toutes nouvelles réformes, en encourageant la cohorte des opposants systématiques et des contestataires professionnels  à les refuser.

           

Le gouvernement et le Président de la République jouaient gros. Ils ont gagné et ils ont gagné d’une manière doublement satisfaisante.  Ils ont gagné après une forte opposition, après un long conflit qui ne les a pas fait céder : leur victoire apparaît donc  comme méritoire, rehausse leur prestige, justifie et augmente  la confiance que l’on mettait en eux.   Ils  ont su gagner  aussi  sans transformer en défaite  le renoncement et l’abandon des syndicats : ils renforcent ainsi  leur image d’ouverture.  Fermes mais ouverts au dialogue,  faisant des concessions sans céder sur l’essentiel, sachant faire preuve de souplesse mais aussi de fermeté pour  faire avancer la France sur la voie de la modernité et du développement, tels s’affirment aujourd’hui dans l’opinion le gouvernement et le Président. Cela leur sera utile pour la suite.

 

            Cela dit, le passage du cap difficile n’est pas encore total, même si l’essentiel a été fait.  Pour que cela soit tout à fait le cas, il faut encore que le gouvernement puisse faire cesser la contestation étudiante sans remettre en cause la loi sur l’autonomie des Universités. Ce défi  reste assez délicat, car s’opposer aux « jeunes » passe parfois mal dans l’opinion et il est de tradition en France depuis 20 ans de toujours céder devant les manifestations étudiantes et les chahuts lycéens.  Mais, l’intérêt et l’utilité de cette loi sont si  évidents, les motivations des contestataires sont si clairement « politiques », leurs raisons si peu fondées, leurs méthodes tellement anti démocratiques, que l’on peut penser qu’ils provoqueront l’hostilité de plus en plus affirmée d’une majorité d’étudiants et  que les choses rentreront dans l’ordre prochainement.

 

            Cette double étape franchie,  est-ce à dire que la voie des réformes s’ouvre toute grande devant le gouvernement et que tout sera facile? Certainement pas. Mais alors que  l’échec de ces deux réformes symboliques aurait fermé la voie à de nouvelles avancées, le succès va grandement faciliter les choses pour l’avenir.  Les opposants systématiques, les minorités violentes de gauche hésiteront sans doute davantage à s’engager dans un nouveau  conflit avec le gouvernement et admettront sans doute  que la voie de la négociation, offerte par le pouvoir, est préférable à celle de la grève et de la confrontation.    Le gouvernement pourra alors  reprendre sa marche en avant pour élaborer,    faire adopter, et mettre en oeuvre rapidement, car le temps presse, de nouvelles réformes, de nouvelles mesures.

 

Il s'agira notamment  des mesures décidées lors du Grenelle de l’environnement, et  de celles  qui sortiront du  « Grenelle de l’insertion » dont on attend des résultats dans les six mois. Ce sera la prolongation de la loi de 2003 sur les retraites du régime général, la poursuite de la réforme du fonctionnement de l’Etat et son allègement, la réforme de la carte judiciaire, celle de l’école, la limitation des dépenses de santé et la réforme  des hôpitaux, la libéralisation du commerce et le recours plus large à la concurrence, une nouvelle étape dans l’allègement des 35 heures, la réforme du logement opposable, le rapprochement ANPE/Unedic, la réforme, en cours de négociation, du droit du travail, …..Et tout cela en poursuivant l’action quotidienne en faveur de la croissance, de la hausse du pouvoir d’achat, de la baisse du chômage…..

La route est encore longue et les difficultés ne manqueront pas, mais, parce que l’obstacle des deux premières réformes difficiles a  pu être franchi,    le gouvernement et le Président de la République peuvent maintenant s’y engager franchement et sans perte de temps  …..

 

Marc d’Héré    

Publié dans Vie politique

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un chouka 26/11/2007 11:36

il suffit de lire le petit article du nouvel obs du début novembre 2007sur les retraites pour voir ,(si ces chiffres sont justes )que le privé est privé de tout ou prèsque depuis qu'il connait le chomage de masse:carière non reconnue,retraites vraiment tres en dessous du publique en moyenne bien sur .,puisque dans le privé, le chomage efface les acquits du passé professionel du chomeur qui prèrd le bénéfice de son adaptation devenue obsolète ce qui ne doit pas etre le cas du publique ?

Jean-Pierre 26/11/2007 09:20

Au plan symbolique, c'est une grande victoire. C'est la première fois depuis longtemps que les syndicats ne font pas reculer le gouvernement. Je suis aujourd'hui plus optimiste sur la poursuite des réformes nécessaires.

S'agissant des étudiants, il est intéressant de voir que l'Unef s'engageait dans la contestation au moment où les cheminots donnaient de la voix et s'en retire quand le mouvement de grève à la Sncf et à la Ratp s'éteint. Opportunisme ?