Les étudiants pour la réforme

Publié le par Jeunes Progressistes

Quelques "jeunes progressistes" m'ont adressé ce texte...


Les étudiants apparaissent comme étant contre les réformes si l’on s’en tient aux blocages des universités via la « Coordination étudiante ».

En fait, cette dernière a un nom fallacieux. Elle pourrait faire penser, d’une part, que tous les étudiants y sont opposés. Et d’autre part, à la « Confédération étudiante » (Cé) dont le nom est très proche, et qui est pourtant le seul syndicat à dimension nationale réellement réformiste, refusant le dogmatisme et qui n’est pas inféodé à la droite. La Confédération étudiante avait recueilli une large majorité de votes d’étudiants dans ce qu’elle appelait « la troisième mission de l’Université » visant à un inscrire comme rôle de l’Université une mission d’insertion de ses étudiants dans la vie active[1]On voit donc que les préoccupations des étudiants diffèrent de celles des bloqueurs, et que ces derniers ne trouvent pas primordial que l’Université aide les étudiants à avoir un emploi. Si l’on regarde les revendications de la Cé, force est de constater qu’elle ne s’oppose guère à la loi d’autonomie des universités. Ses exigences, ainsi que celles de tous les syndicats étudiants qui font le blocage aujourd’hui, avaient été acceptées par le Gouvernement l’été dernier. C’était en soi une belle victoire pour les étudiants ! Les fondamentaux du système universitaire restaient intacts : pas de sélection à l’entrée des facultés, pas de liberté des frais d’inscriptions pour les universités et un seul statut pour l’ensemble de celles-ci.

Dès lors, l’attention pouvait se concentrer sur un enjeu qui n’est pas des moindres : améliorer l’Université ! Tâche des plus considérables : par où commencer ? Il ne s’agissait même plus d’écrire sur une page entièrement blanche, mais sur un mur bétonneux, anciennement blanc, dans une salle au doux arôme d’amiante, où la lumière tamisée n’était pas le fruit de l’ambiance lounge d’un Philippe Starck, et où l’égalitarisme était respecté –dans cette fac au moins, personne n’a le chauffage !-
On aurait pu penser que le réchauffement climatique serait le plus grand défi du siècle. C’était sans compter sur le blocage de l’UNEF –physique et intellectuel- faisant de la précédente affirmation une idée reçue. L’UNEF permit ainsi à la France d’avoir un challenge supérieur à relever : celui du Supérieur –voilà un mérite qu’on ne peut pas enlever à ce syndicat ! Face à ça, certains réformistes étudiants finiront t-ils Prix Nobel à la façon d’Al Gore ?

La force étudiante bloqueuse, adepte du statu quo, est d’autant plus insupportable qu’elle s’en prend à ceux qui partent avec le moins de chances sur le marché du travail : les étudiants de l’Université. Les « statu quotistes » ont comme modèle à défendre celui de la fac.

Or, ces étudiants-là ne vont pas de sitôt être jalousés par ceux des Grandes écoles et Grands établissements. A-t-on déjà vu des Polytechniciens se pousser aux masters des universités comme d’autres de la fac font pour ceux des Grandes écoles ? Jusqu’à ce que l’X rende le service civique obligatoire, on n’est pas prêt de les voir dans les universités ! Par contre, des facs qui se sont transformées en Grand établissement comme Dauphine, attirent des X-Mines, des Centraliens et des ENSAE dans leurs masters.

Exit donc, pour les révolutionnaires « statu quotistes », la question fondamentale de l’enseignement supérieur, à savoir l’injustice existante entre l’Université et les Grandes écoles. Et pourtant, ce serait manquer de clairvoyance que de considérer l’enseignement dans les Grandes écoles comme meilleur que celui de l’Université. En règle générale, le niveau y est élevé dans cette dernière -d’ailleurs, ce n’est pas la chair à canon des premières années qui dira le contraire. Si l’on n’est toujours pas convaincu, on pourra alors voir que, étant donné la limitation des nombres de postes dans la recherche et l’enseignement, les premiers servis seront ceux ayant fait leurs classes dans les Grandes écoles.

Le problème n’est pas tant un problème de niveau, qu’un problème de manque de débouchés pour certaines filières des sciences humaines; d’encadrement et surtout de reconnaissance. Cette dernière composante est sans doute cruciale. Les facs de droit et de médecine ne disposant pas d’équivalent, elles sont reconnues. C’est évidemment moins vrai, à niveau égal, pour des historiens ou biologistes universitaires face à des normaliens.Dans notre société ayant une grande aversion pour le risque, on misera sur les étiquettes –ENS, Mines, HEC, etc-: elles éviteront d’avoir à supporter davantage de risques, la sélection s’étant opérée avant. Ce que peut permettre l’autonomie des facs (même s’il faut rappeler que ce n’est qu’un préalable), c’est de diminuer la distance entre Grandes écoles et Université en créant une reconnaissance vis-à-vis des entreprises et en favorisant la création de réseaux qui manquent cruellement.

En s’arc-boutant sur leurs positions idéologiques, les minoritaires qui se veulent représentatifs de l’ensemble des étudiants, refusent le combat pour la justice sociale. En fait leur idée est toute autre: s’ils ont pour modèle celui de l’Université, c’est parce-qu’ils pensent en termes de préservation du public face aux assauts du privé. Ils peuvent ainsi insérer leurs revendications dans un courant plus large qui est celui du combat du public, symbolisé par la fonction publique, dernier rempart contre le néo-libéralisme.

Si cette vision du refus de la « marchandisation » des relations sociales où celles-ci seraient assujetties à l’économie est tout à fait légitime, elle implique que l’économie pénétrant le politique, signifie la mort du politique. D’un côté, l’économie, de l’autre, le politique; deux domaines qui se veulent imperméables selon cette vision. Or, si l’économie peut empiéter sur le politique, le politique peut s’immiscer dans l’économie et en régir ses lois. Ou l’utiliser à ses fins si on préfère. Dans ce cas, cela ne signifierait pas la mort, mais la redéfinition du politique qui pourrait en être bien plus fort qu’auparavant.

La persévérance du blocage, pour que certains syndicats trouvent leur public, peut priver les étudiants du public d’un précieux soutien privé.

Jeunes Progressistes, membres du mouvement les-progressistes.fr
 
 [1] Les deux autres missions de l’Université jusqu’à cette nouvelle revendication étaient l’enseignement et la recherche. En aucune manière l’Université ne devait se préoccuper de l’insertion des jeunes après y avoir dispensé le savoir.

 

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marc d Here 04/12/2007 09:27

'Etat a cédé 45 millions d'actions EDF, soit 2,5 % de son capital, a annoncé, lundi 3 décembre, la ministre de l'économie et des finances, Christine Lagarde. La somme de 3,7 milliards d'euros ainsi dégagée doit permettre de financer un "plan d'investissement" supplémentaire de cinq milliards d'euros pour les universités (campus et logements étudiants). L'opération s'est faite sous la forme d'un placement accéléré auprès d'investisseurs institutionnels.  (Le Monde.fr)

marc d Here 27/11/2007 11:08

L'UNEF juge un retour à la normale envisageable si des négociations s'ouvrent rapidement, Valérie Pécresse répond être prête à des avancées, mais demande au préalable des gestes d'apaisement.Présente jeudi dans les locaux de notre journal face à un panel d'étudiants, dont certains très mobilisés contre la loi d'autonomie des universités, la ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie, Pécresse, a donné sa réponse au leader de l'UNEF, principale organisation étudiante. Bruno Julliard avait jugé plus tôt dans la matinée «qu'un retour à la normale est envisageable» dans les facs - un peu près la moitié des 85 universités françaises sont encore perturbées à des degrés divers - à condition que Valérie Pécresse ouvre «des négociations dans les plus brefs délais» et offre «des réponses satisfaisantes.»«Je suis prête à faire des avancées dès lors que des gestes d'apaisement seront faits par les étudiants», lui a répondu la ministre. Pas question, pour elle, de revenir sur sa loi d'autonomie des universités mais «la concertation peut avancer sur deux dossiers, le logement étudiant et la réussite en licence».Le Parisien
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