L'écologie politique doit être un vecteur de morale politique

Publié le par Corinne Lepage et Yann Wehrling

Le Figaro 17 novembre 2007

«Ce n’est pas parce que les écologistes ont eu le tort d’avoir raison trop tôt qu’ils doivent considérer aujourd’hui leur tâche comme achevée». La tribune de l’ancien ministre, présidente de Cap 21, Corinne Lepage et de l’ancien secrétaire national des Verts, Yann Wehrling.

Après les annonces faites par le président de la République à l’issue du «Grenelle de l’environnement», une question redondante est apparue : à quoi servent désormais les écologistes ? En effet, dès lors que de nombreuses mesures proposées depuis des années par les mouvements politiques écologistes et par les associations sont retenues par le gouvernement, et qu’en définitive ces choix ont été faits apparemment sans que l’écologie politique n’y ait participé, on peut s’interroger sur l’utilité de mouvements écologistes sur le plan politique.

Il est vrai que le «Grenelle de l’environnement» sonne le glas d’une certaine écologie politique, faite de contestation permanente et du déni de la réalité économique. Pour autant, l’écologie politique a un véritable avenir à condition de savoir transformer une posture flirtant avec une décroissance incompréhensible pour l’immense majorité de nos concitoyens en un mouvement profondément dynamique et tout orienté vers une meilleure qualité de vie. Ce n’est pas parce que les écologistes ont eu le tort d’avoir raison trop tôt qu’ils doivent considérer aujourd’hui leur tâche comme achevée. En revanche, ils ont à se renouveler profondément pour faire de la qualité de vie de leurs enfants l’objectif de leur propre vie. Cela commence d’abord par la mise en valeur du travail accompli.

Tout d’abord, sans les efforts accumulés depuis des décennies par les écologistes, le «Grenelle» aurait été impossible. C’est précisément la connaissance des problèmes et la réflexion très en amont sur les solutions possibles qui a permis des avancées dont certaines ne sont du reste que le rattrapage du retard français sur les obligations de l’Union européenne et a fortiori sur les pays les plus avancés en Europe. Mais ce n’est pas parce que globalement une partie du monde économique a compris les opportunités liées à l’apparition du marché des nouvelles technologies environnementales et qu’une partie du monde politique a compris que la société française était mûre pour entrer et dans la réalité de l’urgence écologique que l’économie est pour autant devenue environnementale.

Sur un plan économique, le projet de taxe carbone nous fait tout au plus entrer dans l’ère du marché efficient, c’est-à-dire celui qui permet d’internaliser les coûts externes, ou tout au moins certains d’entre eux, mais il ne constitue qu’une première étape vers l’éco-économie, celle qui permettra effectivement le développement d’une économie cohérente, en boucle, assise sur la vérité écologique des prix et sur un indice de bien-être économique et social. Dès lors, la tâche de l’écologie politique est précisément de penser ce projet cohérent, global, et de proposer et les solutions à la fois économiques et politiques permettant d’y parvenir. Il ne s’agit pas seulement de développer le business vert. Il s’agit de faire du projet écologique un projet de bien-être global intégrant à part entière la santé publique et la qualité de la vie au sens général du terme.

Quant aux objectifs, dès lors que la prise de conscience de l’urgence écologique est acquise, ils ne peuvent être que ceux d’une société responsable et convaincue d’une contrainte éthique forte, ce qui implique à l’évidence que d’autres domaines sont immédiatement concernés comme la lutte contre toutes les formes de corruptions, corruption rimant souvent avec pollution, une véritable solida­rité dans l’espace comme dans le temps entre les humains et la défense d’une planétarisation qui dépasse la mondialisation lui donnant un sens.

Parce qu’ils réfléchissent depuis plusieurs décennies sur les solutions susceptibles d’être apportées à la crise sans précédent que nous vivons, les écologistes doivent mettre un point d’honneur à être des facteurs d’initiative et de dynamisme, pour vous éviter que la prise de conscience soit récupérée à des fins uniquement lucratives et de court terme alors qu’il s’agit de créer les conditions d’un développement plus juste et de long terme.

En quelque sorte, l’écologie politique se doit d’être à la fois un laboratoire d’idées pour comprendre et penser le nouveau développement, une source permanente de propositions à mettre en œuvre pour rendre possible, dans la durée, la révolution que nous avons à accomplir et enfin un socle très ferme sur les principes, sans lequel toutes les tentations même les plus folles seront possibles. En un mot, l’écologie politique doit être un vecteur de morale politique, chacun d’entre nous devant, pour reprendre la formule de Steiner, laisser la maison plus belle en sortant qu’il ne l’a trouvée en entrant.

   
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marc d Here 20/04/2008 18:14

Dominique Voynet, sénatrice-maire de Montreuil, (Seine-Saint-Denis) a critiqué sur Canal + le voyage de Ségolène Royal en Inde, y voyant une "mise en scène" avec "débauche de caméras"."La gauche s'est montrée incapable jusqu'à présent de réfléchir à des sujets fondamentaux pour l'avenir de l'humanité : allongement de l'espérance de vie, régulation de la mondialisation, crise énergétique et alimentaire", a critiqué l'ex-candidate à la présidentielle, conviée à commenter des images du voyage de la responsable socialiste dans le sous-continent.Ces questions "demandent un vrai débat de société", selon Mme Voynet. "La mise en scène d'opérations de communication qui ne sont pas destinées à l'opinion indienne mais à l'opinion nationale, avec la débauche de caméras et les dépenses correspondantes, ne méritent pas de très longs commentaires".Source : AFP

marc d Here 16/04/2008 10:15

La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse a déclaré aujourd'hui sur France 2 qu'elle souhaitait que la loi sur les OGM actuellement débattue au parlement soit "un texte de réconciliation" qui permette de "chercher dans la sérénité"."Nous avons un devoir de recherche parce qu'on importe des OGM, on consomme des OGM, parce que dans le monde, il y a des endroits où il y a des émeutes de la faim, parce que les gens n'ont pas assez à manger", a rappelé Mme Pécresse.""Si on a pas un texte qui est respecté par tout le monde, y compris par ceux qui aujourd'hui fauchent les champs expérimentaux, nos chercheurs partiront à l'étranger et la France perdra son indépendance nationale, sa capacité à savoir si un produit est dangereux ou s'il est bénéfique".Source : AFP

Jean-Pierre 20/11/2007 13:59

Justement, on en est où, du traitement des déchets nucléaires ?

cantin 19/11/2007 13:32

les "écologistes" auraient été plus écoutés si certains d'entre eux n'avaient pas été bêtement antinucléaires pour de seules raisons politiques (assimilation aux bombes atomiques, pis:acceptation des ogives soviétiques et non des occidentales dans les années 1980.Cela fait 40 ans que l'effet de serre est anoncé, et que, écologiste, d'origine bretonne, et voulant prévenir les marées noires par la limitation drastique des pétroliers au large de la Bretagne, je me suis engagé dans le traitement des déchets nucléaires, et même dans la sûreté du retraitement des combustibles irradiés.La défense des droits à l'énergie des populations sous-développées passe par le nucléaire dans les nations qui en ont la capacité pour diminuer la demande et les cours du pétrole.Beaucoup de gens se plaignent du bruit des éoliennes, mais au Canada, celles que j'ai rencontrées sur des sites de réacteurs nucléaires n'étaient pas bruyantes: alors, ayant en toutes choses le souci et la méthode de la qualité des industriels de la filière nucléaire.

Yves Lenoir 19/11/2007 11:55

Merci Corinne et Yann, d'avoir choisi d'écrire cette tribune de concert. C'est un acte politique qui ouvre bien des perspectives.