Universités bloquées

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Par Jean-Louis Caccomo...

La réforme des universités était annoncée dans le programme du candidat Sarkozy. Qu’il cherche à tenir ses promesses est une chose bien normale et parfaitement démocratique. On ne peut pas rejeter le verdict des urnes sous le prétexte qu’il fâche une infime minorité. Pourtant, une fois élu, le président de la République avait déjà bien édulcoré le projet initial de Valérie Pécresse, notamment après avoir rencontré les principaux syndicats étudiants, dans un souci d’apaiser les esprits [1]. Mais encore faut-il avoir à faire à des esprits. Depuis quand les étudiants gèrent-ils l’université ? Les étudiants sont-ils les mieux placés pour savoir ce qui est bien pour l’université, et finalement pour eux ? Vont-ils bientôt décider eux-mêmes des contenus des cours et des notes qu’ils mettront à leurs propres copies ?

Comme beaucoup d’enfants gâtés, certains étudiants veulent toujours moins d’évaluation, moins de sélection, pas de redoublement, plus de droits, autant de sirènes démagogiques auprès desquelles des adultes responsables ne doivent pas succomber [2]. Les parents vont-ils demander à leurs enfants comment il convient de les éduquer. Etre à l’écoute (des jeunes) n’est pas être aux ordres (des jeunes). Bien-sûr, ces étudiants vont me rétorquer qu’ils sont majeurs. Sans doute sur le papier ! Mais ils sont tout de même à la charge de la collectivité nationale tandis qu’un bon nombre vit encore chez leurs parents. On est majeur quand on est autonome... mais précisément, l'autonomie, ils n'en veulent pas et ils la redoutent. Alors tant que la collectivité leur financera des études, ils devront rendre des compte aux contribuables. C’est un devoir moral avant d’être une contrainte comptable dans le sens où il y a toujours des devoirs imposés en contrepartie de droits distribués.

Les pouvoirs publics ont tout de même rencontré les syndicats étudiants, faisant toutes les concessions demandées. Il s’agissait de rassurer les syndicats en vue d’acheter la paix sociale. Finalement, le projet d’autonomie a tellement été amendé que l’autonomie des universités françaises est renvoyée aux calendes grecques. Par contre, on a quand même les blocus. C’est bien la preuve que le dialogue social à la Française ne fonctionne pas, mais qu’il a lieu de plus au mépris des urnes et des électeurs. Dans le fond, ce « dialogue » de sourd est révélateur de dérèglements plus profonds et plus inquiétants.

 

Premièrement, il est cocasse qu’en France certains étudiants n’aient toujours pas compris que seuls les travailleurs sont en mesure de déclarer et faire une grève dans la mesure où ils ont un travail. Quand les cheminots font grève, cela bloque le pays. Mais quand des étudiants s’arrêtent d’étudier, personne ne s’en aperçoit, surtout s’ils se sont engouffrés dans des formations qui ne correspondent à aucune demande sociale. Dans ces cas là, l’intelligence et la modestie commandent de faire profil bas. On peut nuancer ce propos en considérant que les étudiants ont en réalité un métier : c’est celui consistant à étudier. En ce sens ce sont au minimum des « pré-travailleurs » ou de futurs travailleurs en train de constituer et forger leur stock de capital humain. Les enseignants ont pour métier d'enseigner. Les premiers sont donc « de passage » à l'Université tandis que les seconds y accomplissent leur vie professionnelle. Seuls donc les seconds devraient être admis à participer à la mise au point d'une réforme universitaire, quelle qu'elle soit ! Comment les Etudiants peuvent-ils raisonnablement participer à la réforme d'une institution dans laquelle nombre d'entre eux ne passent que 2 à 5 ans en moyenne ?

En tous cas, un étudiant n’est pas encore un travailleur, et il ne le sera jamais s’il ne se donne pas la peine de choisir des filières d’enseignement supérieur qui lui apporteront une réelle qualification ? Les étudiants les plus virulents sont inscrits dans des filières qui n’offrent aucune perspective de débouchés. Autrement dit, la collectivité se paie le luxe d’entretenir des individus dont l’utilité ne saute plus aux yeux (et c’est un doux euphémisme) alors qu’elle n’en a plus les moyens aujourd’hui.

 

Deuxièmement, partout dans le monde (civilisé), l’autonomie des universités est l’expression et la garantie de la liberté de l’enseignement supérieur et la condition du progrès des sciences et des connaissances ; mais c’est une liberté dans la responsabilité, celle-là même qui effraie nos anarchistes assistés. On ne peut plus développer en France des formations parking qui condamnent les étudiants au chômage au frais du contribuable : on plume ainsi les parents pour duper les enfants ! Les universités sont libres de proposer les formations qu’elles désirent du moment que ces formations s’autofinancent. Et elles s’autofinanceront dans la mesure où les bénéficiaires directs de ces formations universitaires – les étudiants, les fondations, les collectivités locales et les entreprises - seront disposés en assumer le coût.

Ces derniers seront d’autant plus disposés à en assumer le coût qu’ils considèreront que ces formations constituent un investissement pour eux, c’est-à-dire qu’elles apportent une réelle qualification, donc un emploi et une perspective de carrière pour l’étudiant, des compétences et des perspectives de résultats pour l’entreprise ou la collectivité.

 Enfin, nous payons le prix de la démagogie et de la démission collective des adultes fascinés par un jeunisme qui est un aspect du politiquement correct ambiant (et qui conduit certains parents à être littéralement aux ordres de leurs enfants). Dans un passé encore récent, seule une minorité avait accès à l’université, ce qui n’était guère démocratique, il faut en convenir. Mais cette minorité éclairée remplissait les filières académiques qui faisaient la fierté de nos universités car c’est bien dans ces filières que se transmettaient, depuis des lustres, les savoirs les plus fondamentaux.

Aujourd’hui, le financement des études est pris en charge par le contribuable et les universités sont ouvertes à tous tandis que plus de 80 % des élèves de terminal obtiennent le baccalauréat. Or les filières académiques (en sciences physiques, sciences naturelles, droit et sciences économiques) se vident ; elles ne survivent que parce que nous « importons » des cerveaux étrangers (principalement en provenance des pays d’Asie et de l’Afrique) tandis que se multiplient des formations alibis pour accueillir ces bacheliers d’un nouveau type, qui fuient les savoirs fondamentaux jugés difficiles.

Et c’est parce que nous nous sommes trop facilement laissés aller sur cette pente de la facilité immédiate que les universités françaises sont en train de sombrer dans les abysses de tous les classements internationaux.

 

 [1] Le président Sarkozy avait rencontré les dirigeants de l’UNEF avant l’été, dans un élan d’ouverture, notamment en faisant toutes les concessions demandées par l’UNEF, ce qui revenait à vider de sa substance le projet initial de réformes des universités. Aujourd’hui, l’UNEF appelle à l’extension du conflit. Ainsi, ce syndicat ne respecte même pas sa propre parole, cherchant à récupérer un conflit manipulé et orchestré par l’extrême-gauche la plus radicale.

[2] A Perpignan, les plus virulents sont allés manifester devant les locaux du Medef et de la Maison de l'Entreprise pour chasser les patrons hors de l'université...

 

 Jean-Louis Caccomo, http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Education - recherche

Commenter cet article

marc d Here 23/11/2007 12:04

Le rectorat de Paris a décidé vendredi de fermer l'université de la Sorbonne jusqu'à lundi suite à des tentatives de blocage du bâtiment par un "groupe d'étudiants parisiens" qui ont eu "recours à la violence physique"."Un groupe d'étudiants persiste, en dépit de multiples tentatives d'interposition par les services de sécurité de la Sorbonne, à bloquer l'accès du bâtiment", a déclaré le rectorat de Paris dans un communiqué. Ces étudiants "font chaque jour usage de la force, et ce matin ont eu recours à la violence physique contre les étudiants et étudiantes qui voulaient suivre leurs cours", affirme le rectorat."Les libertés universitaires ne sont pas assurées et la sécurité des personnes n'est plus garantie. En conséquence, après avoir informé les présidents d'université concernés, la décision a été prise de fermer la Sorbonne jusqu'au lundi 26 novembre au matin", annonce le rectorat.Source: AP 

caccomo 19/11/2007 20:23

Monsieur,Pardon pour le ton professoral. Mais à force d'être insulté, on finit par perdre toute patience. je voulais juste ajouter que la démocratie se limite au mode de désignation de nos gouvernants. Et elle s'arrête là. La constitution a précisément pour règle de cantonner la démocratie, non de la généraliser. On ne gère pas une entreprise démocratiquement, il y a une hiérarchie. Il en est de même d'une famille.A l'université, les étudiants sont nécessairement plus nombreux que les enseignants. Mais la démocratie s'organisent dans les conseils prévus à cet effet (CA, CS, CEVU). Ailleurs, c'est une déviance et une usurpation de la démocratie.

marc d Here 17/11/2007 13:39

Je reçois un communiqué de la Confédération Etudiante, la Cé (proche de la CFDT....Et qui ne remet pas en cause la loi sur l'autonomie)....Je le transmets:La Cé lance aujourd’hui une pétition nationale : Valérie Pécresse doit répondre aux attentes des étudiants qui s’expriment.14 novembre 2007La Cé lance aujourd’hui une pétition nationale dans toutes les universités françaises. Cette pétition s’adresse aux étudiants qui participent aux AG mais aussi aux centaines de milliers d’étudiants qui ne peuvent pas, qui ne savent pas ou qui ne veulent pas s’exprimer dans une assemblée générale étudiante telles qu’elles sont tenues aujourd’hui.Fédérer les étudiants plutôt que de les diviser, c’est de là que nous tirerons notre force " Notre objectif : rassembler pour pouvoir peser dans une rencontre que nous demandons à la Ministre pour obtenir une augmentation du budget 2008 afin de répondre aux attentes des étudiants" - 1. Rénover les locaux, améliorer nos conditions d’études - 2. Financer la nouvelle mission insertion professionnelle pour qu’elle devienne une réalité pour chaque étudiants (3 millions, soit moins de 3 euros par étudiant prévus pour 2008) - 3. Revaloriser les bourses et les aides socialesLes militants de la Cé vont s’engager pour recueillir le plus rapidement possible des milliers de signatures dans la perspective d’une rencontre avec la Ministre dont le but sera l’augmentation du budget 2008 pour améliorer la situation des étudiants et de leur Université.

marc d Here 17/11/2007 09:24

La contestation de la loi sur l'autonomie n'a pas de fondement, sinon de politique globale" contre tout ce que fait Sarkozy".  Elle est le fait de gauchistes (pas toujours étudiants) appuyés en sous-main par le PS. Cette contestation  trouve un certain écho, du fait de la situation difficile de l'Université et de la vie étudiante, de l'abandon dans lesquels les ont laissé les gouvernements de droite comme de gauche depuis 20 ans....Le caractère injuste vient du fait que cette contestation s'attaque justement au gouvernement qui fait le plus pour l'Université et pour les étudiants: loi sur l'autonomie donc, mais aussi un budget en très forte augmentation: la somme consacrée  chaque étudiant passe de 7000 à 7400 Euros.....128 millions d'Euros sont consacrés au logement étudiant...... Bien sûr le retard ne peut être rattrapé en un an, mais l'effort est très important.....Les étudiants doivent en prendre conscience...

Simon 16/11/2007 11:17

Cette loi ne permet pas l'autonomie, elle permet le n'importe quoi. Autonomie n'est pas indépendance, autionomie n'est pas absence de pouvoir de contrôle.Mais comme d'habitude, comme vous êtes de droite, vous répondez à côté de ce que je dis, c'est plus pratique ... Dommage, mais tellement habituel.PS : je ne suis pas favorable au bloquage, mais je ne suis ni à la CNT, ni à SUD, di à quoi que ce soit d'autre, et comme j'ai cours, je ne perds pas mon temps aux AG. C'est con, non ?