Contre le choc des civilisations, essayons l'Union Méditerranéenne

Publié le par Christian de Boissieu et Jean-Louis Reiffers

Par Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique, et Jean-Louis Reiffers, président du conseil scientifique de l'Institut de la Méditerranée et du conseil scientifique du Femise. 
 Le Figaro.fr, 24 octobre 2007

Nous pensons, avec beaucoup d'autres, que tenter de réaliser une Union méditerranéenne est une grande et courageuse idée. Comment ne pas l'appuyer au moment où l'on voit bien que malgré les efforts réalisés depuis plus de dix ans - notamment dans le cadre du partenariat de Barcelone - nous ne sommes pas dans un processus de convergence économique et sociale des pays de la rive Sud de la Méditerranée avec l'Europe ?
 
Parler d'Union, cela veut dire que dans un espace géographique que beaucoup considèrent comme l'épicentre du choc des civilisations, un certain nombre de pays, décident de s'unir. Pour cela ils se lancent dans un processus endogène et volontaire ayant pour ambition de construire un avenir commun respectueux des différences et appuyé sur des valeurs clairement partagées. La première condition pour la réussite de cette Union est donc de se mettre d'accord sur ces valeurs, qui ne seront ni toutes les valeurs de l'Europe, ni toutes les valeurs représentées au Sud, notamment dans le monde musulman.
 
Sur le plan économique et social, l'Union méditerranéenne a devant elle une perspective extrêmement claire. Elle doit, d'abord, contribuer à rapprocher les niveaux de vie, et il faudrait 7 % d'une croissance partagée du PIB pour ce faire (contre une croissance erratique de 4 % aujourd'hui).
 
Elle doit, ensuite, permettre l'emploi des nouveaux arrivants sur le marché du travail, ce qui représente autour de 25 millions d'emplois nouveaux à créer dans les quinze prochaines années pour simplement rester aux taux de chômage actuels de 13 %. Cette question touche de près les relations avec les dispositifs actuels que sont le partenariat de Barcelone initié en 1995 et la politique européenne de voisinage (2006) fondée, pour l'essentiel sur l'installation d'une zone de libre-échange. Il n'est pas envisageable que l'Union méditerranéenne se substitue à ces dispositifs.
 

 
En matière économique et sociale, l'action de l'Union méditerranéenne doit donc viser ce que ces politiques ne font pas. En particulier, elle devrait tenir compte de certains retards en matière d'infrastructures.
 
Elle devrait aussi faciliter les ajustements inévitables, mieux contrôler la pauvreté, se préoccuper de l'équilibre des territoires, porter une attention toute particulière au fait qu'une grande partie de la population vit dans des systèmes ruraux et informels où la rationalité économique habituelle n'est pas présente. Elle devrait également corriger les distorsions d'anticipations des investisseurs internationaux qui préférèrent aller dans les nouveaux pays adhérents, ou dans ceux placés dans le processus d'adhésion, plutôt que dans des pays pour lesquels cette perspective est absente. Cette action complémentaire est possible et revient simplement à appliquer à la Méditerranée ce que les pays européens ont fait entre eux.
 
Il y a, enfin, des actions qui concernent l'éducation et la formation qui sont clairement du domaine de la subsidiarité. Pourquoi ne pas généraliser dans l'Union méditerranéenne la réflexion sur le socle de savoirs communs, entreprise aujourd'hui de façon séparée en France, en Italie et en Espagne ? Pourquoi ne pas tenter sur certains aspects de l'éducation et de la formation, comme l'organisation des systèmes éducatifs, la formation des maîtres, la réflexion sur le multilinguisme, l'histoire des religions, l'élaboration de parcours avec des éléments communs et des dispositifs optionnels permettant de respecter les particularismes ? Pourquoi ne pas lancer à l'échelle de l'Union méditerranéenne un Collège de la Méditerranée évoquant la Maison de la sagesse des anciens temps et fonctionnant sur un plan international comme le Collège de France ? L'Union méditerranéenne, dans laquelle les pays méditerranéens de l'Europe se placeraient dans une logique de coopération renforcée, pourrait ainsi tenter ce que l'Union européenne, elle-même, n'a pas su faire.
 

 
Dans un cadre général qui pourrait être celui d'une « Communauté méditerranéenne de la connaissance et des compétences », il serait aussi possible de poser les bases d'une économie fondée sur la connaissance en Méditerranée, économie de services et d'innovation fortement pourvoyeuse d'emploi.
 
On voit donc, qu'une Union méditerranéenne, pour partie, orientée sur des actions complémentaires à celles du voisinage, et pour partie sur des actions situées hors du champ des politiques spécifiques de l'Union européenne, ouverte à tout membre de l'Europe désireux d'y participer, coordonnant les actions des agences de coopération nationales et les actions de coopération décentralisée des collectivités, dotée d'une banque dédiée, pourrait approfondir de façon importante les relations entre l'Europe et la Méditerranée. 

Christian de Boissieu, Jean-Louis Reiffers, 
Le Figaro.fr

Publié dans Europe

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marc d Here 14/03/2008 09:08

Les dirigeants européens réunis en sommet ont approuvé hier  soir le projet d'Union pour la Méditerranée promu par la France, qui vise à renforcer la coopération entre l'UE et les pays de la rive sud, du Maroc à la Turquie, a annoncé la présidence de l'UE."Le projet a obtenu un vaste soutien du Conseil" des chefs d'Etat et de gouvernement des 27, réuni à Bruxelles, a indiqué le Premier ministre slovène Janez Jansa, dont le pays préside l'Union européenne....source AFP

marc d Here 14/03/2008 07:20

Le président français Nicolas Sarkozy s'est réjoui de la décision des 27 pays de l'Union européenne d'approuver hier soir, lors du sommet de Bruxelles, son projet d'Union pour la Méditerranée, estimant que c'était "une très bonne nouvelle"."J'ai le plaisir de vous informer que demain matin sera formellement prise la décision de transformer le processus de Barcelone en Union pour la Méditerranée. La décision a été prise ce soir, à l'unanimité, avec un grand enthousiasme", a affirmé M. Sarkozy lors d'une conférence de presse suivant le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE.Selon le chef de l'Etat français, l'accord s'est fait "sur la base du papier franco-allemand", mis au point après le compromis annoncé par Paris et Berlin à Hanovre le 3 mars.Source: AFP 

marc d Here 12/03/2008 11:17

Le président israélien Shimon Peres a affirmé ce matin qu'il soutenait "à 100%" le projet d'Union pour la Méditerranée, initié par le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy, lors d'un entretien à la radio Europe 1."Tout le gouvernement israélien est en faveur de cette initiative bien sûr", a déclaré M. Peres, qui effectue une visite d'Etat en France jusqu'à vendredi."Les pays européens du nord, les pays maghrébins au sud, au milieu les pays arabes, pourquoi ne pas coopérer sur ce qui est possible?", a-t-il interrogé, rappelant que "l'Europe a commencé par se faire avec le charbon et l'acier".Un sommet de l'Union européenne est prévu à Paris le 13 juillet avec les pays du sud pressentis pour lancer cette Union, du Maroc à Israël, en passant la Turquie.Le sujet sera abordé jeudi lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles.Source : AFP 

marc d Here 30/01/2008 17:50

Nicolas Sarkozy a défendu son idée d'Union méditerranéenne, lors d'une convention de l'UMP consacrée à l'Europe à Paris, devant laquelle Angela Merkel venait d'émettre à nouveau des doutes, lui préférant une coopération renforcée.  La chancelière allemande et le président français ont en revanche redit au diapason leur opposition à une adhésion de la Turquie à l'Union européenne.if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD('x40')} else {OAS_AD('Middle')}"Je veux être l'ami de la Turquie mais je dis que la Turquie n'a pas sa place en Europe parce qu'elle se trouve en Asie mineure (....) Elle doit bénéficier d'un partenariat privilégié", a fait valoir le président français.Avant lui à la tribune, Angela Merkel a rappelé que l'UMP et la CDU-CSU étaient "d'accord pour exprimer un doute" sur l'entrée de la Turquie."Nous avons une offre positive à faire à la Turquie : faire un partenariat privilégié", a-t-elle dit...... .Pour les pays de la zone Méditerranée, elle a plaidé pour un intensification de la coopération et non une Union en tant que telle. Pour autant, a-t-elle remarqué, "on ne peut pas faire en sorte que certains s'intéressent à la Méditerranée, et d'autres à l'Ukraine"."S'il y a des pays qui n'en veulent pas, il faut faire une coopération renforcée, c'est une possibilité que nous permet le traité" européen simplifié, a-t-elle souligné."C'est un sujet sur lequel nous devons trouver un accord avec Angela Merkel", a concédé Nicolas Sarkozy lors de son allocution."Il est parfaitement normal que l'Allemagne et les démocraties du nord de l'Europe puissent s'associer au projet d'union de la Méditerranée. Mais que ceux qui ne veulent pas avancer n'empêchent pas ceux qui veulent avancer", a-t-il mis en garde.Elizabeth PineauLe Monde.fr et Reuters

marc d Héré 12/11/2007 11:57

L'ambassadeur français chargé du projet d'Union de la Méditerranée, Alain Le Roy, a fait état aujourd'hui du "très fort intérêt" de l'Algérie pour ce projet défendu par le président Nicolas Sarkozy."J'ai eu le sentiment d'un très fort intérêt de mes interlocuteurs pour le projet d'Union de la Méditerranée, auquel j'ai constaté qu'ils avaient déjà beaucoup réfléchi et qu'ils soutenaient. Ils m'ont fait de très utiles suggestions que je vais rapporter à Paris", a-t-il dit à la presse à l'issue d'une visite de deux jours à Alger.Source: AFP