Un espace de gauche hors de la gauche est-il possible?

Publié le par Frédéric Coste

Par FrédéricCoste

D’aucuns voient le facteur clivant la société à travers la notion d’individualisme engendrant l’égoïsme. A l’opposé serait reconnue une solidarité caractérisée par une vision collective. Confronter ces deux visions -le collectif contre l’individu- laisserait penser que la gauche serait assimilable à la première et la droite à la seconde. Pourtant, le processus d’individualisation a eu ses premiers critiques sur sa droite –et non sur sa gauche- depuis la Révolution. Hormis ceux favorables à une théocratie, nombre des critiques de l’individualisation, dont certaines de nos plus belles plumes de la littérature française, voyaient dans ce mouvement les prémisses d’un retour à la nature. Or, la nature est vue pour eux comme la force et l’inégalité. Tandis que le rousseauisme s’efforce de montrer un homme bon, ces critiques pensent à l’inverse que l’homme doit être encadré afin qu’il nuise le moins possible. Ils opposent à l’individu la société.
De nos jours, associer vision collective et gauche relève de l’anachronisme. Tous les principaux tenants des « droits de l’homme », qui ne sont pas autre chose que la sacralisation de l’individu dans sa forme la plus aboutie, sont à gauche et à l’extrême gauche.
D’autres critères structurants sont donc à trouver. Critères qui ne distinguent d’ailleurs pas la droite de la gauche, d’où la difficulté de créer un nouveau cadastre rassurant. Ils ne sont pas discriminants dans le sens où, s’ils ont pour but d’établir ce qu’est la gauche aujourd’hui en France, ils ne prétendent pas que la droite est son miroir inversé. Ils montrent donc l’existence d’un espace politique des possibles de gauche hors de la gauche.
Le critère principal que nous proposons est d’appréhender la politique à travers la notion de « la morale ». Comment caractériser la gauche en France de nos jours ? Par ses combats en terme de « morale ». La vision de la gauche est la suivante : par la sensibilisation de l’Homme à faire le Bien grâce à la « morale », aboutissant à être aux côtés du Bien –c’est-à-dire le plus à gauche possible-, la société sera vertueuse. En devenant « vertueuse », cette société règlera les problèmes sociaux. La moralisation est un préalable à la résolution de toute question sociale. En fait, c’est sa condition même. Cette vision en termes de « morale » est bien caractérisée par le fait que tous les mouvements sociaux de nos jours ont comme base de revendication « les droits de l’homme ». C’est le paradoxe apparent que l’on soulignait précédemment : l’extrême gauche, première à défendre l’individualisme occidental! Cette morale, nous faisant découvrir notre propre humanité, constitue selon la gauche notre salut collectif. L’élément le plus révélateur de la confusion entre morale et politique est son « antifascisme », qui sert à la gauche de substitut à tout programme et entretient une ferveur militante qui se suffit à elle-même. L’« antifascisme », terme qui semble suranné dans son emploi, est déterminant dans le monde des idées de gauche depuis le début du XXème siècle. Il regroupe deux aspects : un antiracisme exacerbé et un combat contre tout ce qui est sécuritaire. L’hystérie ambiante au débat collectif est due à la « morale » via sa lutte contre les fachos ou autres réacs censés réunir ces deux maux. Si on « lutte contre le fascisme », c’est qu’on attribue à son combat une dimension de lutte du Bien contre le Mal. Il ne peut donc être autrement que toute personne contrariant notre « opposition au fascisme » sera soupçonnée d’être dans le camp du Mal lui-même dans le meilleur des cas. Dans le pire, on lui accolera l’étiquette infâmante de facho. Tout débat est inconcevable face au dogme que constitue « la morale ». Tous les agnostiques des « droits de l’homme » sont sommés d’abjurer leur laïcité morale. C’est ainsi que la gauche en France pratique l’épuration intellectuelle : tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous, et sont donc des crypto-fascistes. On perçoit bien là comment un combat politique en termes de « morale » engendre la pensée totalitaire que l’on connaît de nos jours à gauche.
 
Si nombre d’ouvriers ont quitté la gauche, c’est pour une raison : la gauche pense répondre à des questions sociales par la morale. C’est-à-dire qu’un champ considérable à gauche est laissé en friche : répondre à des questions sociales par le social. Pour toucher le social, la gauche passe par la morale. On comprendra donc comment la gauche a tant de mal à atteindre le social aujourd’hui. Il existe donc un espace de gauche que l’on qualifiera de « social-réalisme ». Il convient d’éviter de vouloir apporter des réponses sociales par quelque dogme que ce soit et au premier chef par celui de la « morale ». Notre réalisme sur le social est la vision la plus à même de contribuer à résorber les problèmes sociaux.
 
Frédéric Coste

A lire aussi sur le site http://www.les-progressistes.fr

Publié dans Réflexion politique

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Simon 09/11/2007 13:54

Comme tous les socialistes sectaires et bornés, je suis sans doute trop con pour comprendre, mais pourriez vous m'expliquer ?"De nos jours, associer vision collective et gauche relève de l’anachronisme. Tous les principaux tenants des « droits de l’homme », qui ne sont pas autre chose que la sacralisation de l’individu dans sa forme la plus aboutie, sont à gauche et à l’extrême gauche."Je lis sur ce site l'article de monsieur Caccomo, économiste qui se veut libéral, si j'ai bien compris. Or, il se trouve que ce monsieur reproche justement de ne pas donner de liberté aux individus, de trop protéger ... Dionc expliquez moi. n'est ce pas vous qui exaltez l'agent économique individuel au détriment du collectif, des règles de vie communes ? Exalter le contrat au dépend des règles édictées démocratiquement par la loi, n'est ce pas cela de l'individualislme gauchiste ?

marc d HERE 06/11/2007 16:40

Nicolas Sarkozy, François Fillon et des ministres d'"ouverture" sont attendus vendredi aux deuxièmes rencontres des Progressistes, un cercle de réflexion lancé par Eric Besson (ex-PS), a indiqué le secrétaire d'Etat à la Prospective. Après Claude Allègre en septembre, Besson a invité le chef de l'Etat à cette réunion, à 18h30 à Paris, l'occasion pour lui de faire un bilan des six mois de son mandat et de s'exprimer sur "l'ouverture".(Avec AFP)

peaceonearth 28/10/2007 20:52

Si on peut comprendre la critique concernant une tendance moralisatrice du PS, je ne partage pas le point de vue de cette analyse.La morale est présente partout en politique, à droite comme à gauche, et chez les progressistes sans aucun doute. La morale est utile dès lors qu'elle constitue un guide pour l'action, il faut alors la juger selon ses fruits.