Faire payer les riches!

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Une nouvelle chronique de Jean-Louis Caccomo

Certains parlementaires de l’UMP proposent de taxer les stock-options pour redresser les comptes de la sécurité sociale. Comme personne ne semble admettre qu’il faut avant toute chose stopper le dérapage des dépenses, et donc s’attaquer aux causes structurelles des déficits, on cherche de nouvelles recettes, c’est-à-dire que l’on nourrit un dérapage des recettes elles-mêmes. En somme, il faut faire payer les riches ! Personne n'y avait-il pensé plus tôt ? A-t-on élu un nouveau gouvernement pour appliquer des solutions anciennes dignes du programme commun de la gauche ? N'est-ce pas la recherche éperdue de nouvelles recettes pour financer la sécurité sociale qui a, par le passé, motivé la création de la C.S.G. par Michel Rocard, puis ses différentes augmentations par les divers gouvernements de gauche comme de droite qui se sont succédés en mettant en œuvre une formidable continuité ? Finalement, sachant que l’on pouvait compter (indéfiniment ?) sur de nouvelles recettes, on a multiplié les nouveaux droits sociaux (RMI, CMU...) ce qui a conduit à de nouvelles dépenses... L’expérience nous montre ainsi qu’un dérapage des recettes ne freine pas, mais bien au contraire, cautionne le dérapage des dépenses, ce qui conduit à un creusement du déficit et à l’accumulation d’une dette qui est une véritable bombe à retardement.

Mais quoi de plus populaire - pour ne pas dire populiste - que de faire payer les riches patrons dont certains font aujourd’hui la une de scandale financier ? C’est un réflexe compréhensible et prévisible de la part d’un leader de la L.C.R pour qui un patron ou un entrepreneur ne saurait être qu’un parasite exploitant la sueur des ouvriers. Mais cela laisse tout de même songeur quand une telle proposition émane de grandes personnalités de l’U.M.P., sans doute en quête de légitimité auprès de ceux qui se sont attribués le monopole du cœur et de la morale [1]. Alors on prépare les esprits en présentant le système bancaire et financier comme un milieu opaque et douteux, théâtre de tous les scandales et de toutes les compromissions, jetant l'opprobre sur l'ensemble d'une profession sans laquelle nous ne pourrions avoir le niveau de vie, qui est considéré comme un acquis, voire comme un droit, dans nos pays développés.

La banque en particulier, et la finance en général, ont été inventées pour transformer les petites gouttes improductives que sont nos épargnes individuelles en fleuves, puis océans, c’est-à-dire en capitaux productifs. Si chacun stérilise de son côté 1 ou 50 euros, il n’aura guère d’autres choix que de les consommer. Mais que survienne un intermédiaire avisé pour réunir ces 1 ou 50 euros issus de la poche de 20 ou 30 millions de petits épargnants, alors ils transforment ces gouttes éparses en un fleuve puissant : les capitaux. Qu’ils mettent à disposition ces capitaux à des entrepreneurs, à des managers, à des innovateurs, et ces fleuves donneront naissance à un océan. Jacques Marseille observe judicieusement que si l’on confisquait les salaires des patrons du CAC 40 pour redistribuer cette cagnotte aux français les plus pauvres, chacun toucherait une fois pour toutes…50 euros [2]. Une goutte qui aura vite fait d’être évaporée puisqu’un ménage français dilapide cette somme en moyenne en 1 mois au bureau-tabac. Mais une fois la goutte évaporée, il n’y aura plus d’océan. Certes les plus riches seront moins riches, mais les plus pauvres ne seront pas moins pauvres.

Le pain, il ne faut pas le distribuer en faisant mine d'afficher sa générosité et sa fibre sociale. Le pain, il faut le produire. Une redistribution aveugle contribue à diaboliser les processus financiers pour tenter de les démonter. Au lieu d’assembler les gouttes improductives pour en faire des fleuves créateurs de richesse, on revient à l’envers : on brise le fleuve, on le décompose en ses gouttes initiales pour les rendre aux petits épargnants…Chacun retrouve sa gouttelette désormais improductive. S’attaquer aux stock-options, c’est encore s’en prendre à ce qui se voit, à la pointe insignifiante de l’iceberg, et ne pas prendre la mesure du travail invisible – mais tellement indispensable – des marchés financiers et de leurs acteurs.

Mais, au-delà des aspects purement financiers, il y a avant tout une question de principe. Les réglementations destinées à encadrer de manière autoritaire les décisions en matière salariale ont déjà contribué à briser le marché du travail au point que les plus qualifiés vont chercher les salaires qu'ils escomptent ailleurs. Malgré plus de 20 ans de chômage structurel massif, on continue à former des gens dont les qualifications ne correspondent plus aux besoins des entreprises tandis que les entreprises ont des difficultés à trouver du personnel qualifié. Les situations de pénurie ou d'excédent ne pouvant être corrigées que par l'ajustement des prix, en l'occurrence ici du niveau des salaires, toute rigidité contrariant cet ajustement perpétue le déséquilibre initial. On prend le risque d’accentuer cette ingérence en voulant légiférer sur le salaire des managers alors que seuls les actionnaires sont en mesure de décider de récompenser ou non les managers de l'entreprise.

Et croyez-bien que je ne cherche pas à défendre les riches patrons. Ils n’ont pas besoin de moi, ne soupçonnent pas même mon insignifiante existence et je ne suis pas de leur monde (je ne touche aucunes stock-options !). De toute façon, ils auront leur armada de conseillers financiers et d’avocats d’affaires, et sauront délocaliser leur patrimoine sous des cieux plus accueillants. Et c’est bien là le problème. Je veux prendre la défense ici du français d’en bas. Car la fuite des capitaux, qui accompagnera nécessairement (et accompagne déjà) la saignée des managers, des innovateurs et des entreprenants, cette fuite là est désastreuse pour la vitalité économique de notre pays, sans laquelle aucun système social ne peut tenir.

Il y a quelques années, l’Etat de la Floride voulait faire payer les riches en instituant une taxe sur les bateaux de luxe. Les riches en ont-ils soufferts ? Pas le moins du monde, ils ont acheté moins de bateaux, réalisant d’autres placements sous des cieux plus cléments. Les paradis fiscaux n’existent que parce qu’il existe des enfers fiscaux. Par contre, tout l’artisanat qui prospérait autour de la fabrication et l’entretien des yachts est parti en lambeaux, mettant sur le carreau les ouvriers qui vivaient de cette activité.

 

Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

 

Publié dans Economie et social

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marc d HERE 25/10/2007 18:45

Selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro Magazine, une large majorité de Français n’adhèrent pas aux revendications des protestataires, s’opposent à la poursuite du mouvement et demandent au gouvernement d’afficher sa fermeté. Les Français rejettent massivement la grève contre la réforme des régimes spéciaux. Ils sont 79 % à souhaiter l’arrêt de ce mouvement social, comme le révèle un sondage exclusif OpinionWay pour Le Figaro Magazine, réalisé après la grève du 18 octobre.

marc d HERE 23/10/2007 11:01

La conférence sur l'emploi et le pouvoir d'achat, présidée par la ministre de l'Economie et de l'Emploi Christine Lagarde, s'est ouverte aujourd'hui à Bercy, avec les principaux dirigeants patronaux et syndicaux. Les hausses de salaires, et en particulier le problème du tassement des salaires intermédiaires observés ces dernières années, le Smic, les allègements de charges ou les indicateurs de pouvoir d'achat ou la pauvreté au travail font partie des questions sur la table. Avant la conférence, Mme Lagarde a déclaré sur France Inter qu'il fallait voir si les allègements de cotisations sociales consentis aux entreprises et qui ont coûté environ 20 milliards d'euros en 2006 aux contribuables "devaient être conditionnés ou non". "On s'est aperçu au cours des années que, grâce à l'augmentation progressive du Smic, les salaires minima dans les branches n'ont pas souvent évolué faute de négociations. Ce que les organisations syndicales demandent, à juste titre, c'est que des négociations s'engagent annuellement. Nous allons voir si les allègements sociaux doivent être conditionnés ou non dans le cadre de ces négociations", a-t-elle indiqué. Le rendez-vous fait partie des trois grandes conférences sociales annoncées après l'élection de Nicolas Sarkozy, en mai. "Je veux être le président du pouvoir d'achat", avait répété pendant sa campagne le président de la République.(Avec AFP). 

Gwenael 18/10/2007 18:56

Je persiste et signe sur la solidarité obligatoire, et je le traduis par un seul mot : individualisme. C'est n'est pas une critique mais un constatBien-sûr, 100% des gens ne sont pas comme ça. Mais il suffit de voir la baisse du bénévolat dans la vie associative pour se rendre compte à quel point la solidarité "volontaire" n'est plus très courante de nos jours.Le hopitaux. J'ai une infirmière à la maison qui rentre en pleurs tous les soirs tellement elle a la pression car l'hopital n'a plus les moyens de sa mission.Je ne sais pas si la libéralisation aurait du bon ou pas, mais faire de la santé un bien de consommation m'a toujours choqué. Demain, si un service de long séjour avec des personnes agées n'est plus rentable parce que les gens qui y sont n'ont pas assez de retraite, il sera fermé ? La logique de rentabilité a ses limites. De la même manière je n'aurai pas envie de confier des centrales nucléaires au privé, à cause une fois encore de la logique de rentabilité qui ne vas pas souvent de paire avec la logique de sécurité.Le socialisme, c'est s'occuper des plus pauvres en réduisant les inégalités, et comme je fais de la politique, c'est par l'intermédiaire de l'état. Maintenant je suis pour faire intervenir un maximum de partenaire (associations, partenaires sociaux, ONG, etc...) pour que ça ne soit pas "autoritaire" mais bien des compromis où tout le monde pourrait avancer ses idées et trouver son compte.

peaceonearth 18/10/2007 17:43

"La solidarité obligatoire a un impact négatif". Je ne connais pas d'autres solutions.C'est un peu comme si tu disais je ne ferais rien pour les autres tant que je ne serais pas forcé ! C'est cela le socialisme ?Les resto du coeur sont une des preuves de ce que la solidarité civile peut faire sans l'aide de l'Etat.La santé. C'est abstrait. Qu'est ce que la santé ?Pour un petit africain c'est ne pas mourir de faim ou d'une maladie infantile par exemple.Pour un européen, c'est avoir rapidement une IRM, ou pouvoir être opéré dans un délai rapide, ou encore avoir des enfants alors qu'on est stérile...la santé est un bien de consommation qui n'a pas de limite, refuser de les fixer, c'est se condamner à courir après un déficit qui grossit naturellement.

marc d HERE 18/10/2007 16:08

En fait ,le I d'insertion n'a jamais  vraiment eu de réalité....Malgré le souhait de son créateur Rocard, la gauche dans son ensemble (partis, associations, syndicats...) faisant le choix philosophique de l'assistance.......Aujourd'hui avec le RSA de Martin Hirsh, et le grenelle de l'insertion voulu par Sarkozy on va peut-être enfin sortir de cette situation.La santé gratuite!.....Il y a belle lurette qu'elle n'est plus totalement gratuite (ticket modérateur, médicaments non remboursés, remboursement ridicule des soins dentaires....)  et la gauche a eu sa part dans cette évolution......La justice exigerait que les patients soient mis à contribution en fonction de leurs revenus.....par exemple par des franchises ou des contributions modulées...Par ailleurs les abus médicaux existent, les nier ou les sous estimer systématiquement est une attitude typique de la gauche (toujours cette philosophie de l'assistance!)...Que ce soient les faux arrêts de travail, les abus de consultations ou de médicaments (responsabilité souvent conjointe des médecins et des patients), les fraudes organisées......Il faut lutter contre ces excès au lieu,  par démagogie, de se priver  de  cette source importante d'économie... Enfin, Nicolas Sarkozy prévoit une réforme de l'hôpital dans le sens d'une libéralisation, d'une plus grande autonomie de gestion.....C'est la réforme la plus décisive.....L'hôpital représente la moitié des dépenses nationales de santé et une telle réforme pourrait se traduire par des milliards d'Euros d'économie....Il y a tant de choses à faire....Le gouvernement continue sa longue marche...malgré les oppositions irresponsables des socialistes et de leurs relais......