Je ne signerai pas les pétitions

Publié le par Richard Prasquier

Richard Prasquier, Président du CRIF, dans  Le Figaro du 11 octobre....

Des pétitions contre l'utilisation de l'ADN circulent sur Internet signées par des milliers de noms, parmi lesquels des amis de combats communs qui sont mes modèles dans le domaine professionnel ou moral. Ces pétitions, je ne les signerai pas.
 
Inscrit à ma naissance en 1945 à Gdansk sous le faux nom de Ryszard Myhalczyk, arrivé enfant en France avec des papiers d'identité empruntés, je sais ce que doit ma famille de Juifs polonais aux failles des méthodes d'identification de l'époque de la guerre : la vie. Mon histoire personnelle m'obligerait-elle à m'opposer à « l'amendement Mariani » ? Je ne le crois pas.
 
L'un des appels à retirer le texte incriminé se conclut par le risque que cette loi ouvre la porte au « fichage génétique de certaines catégories de la population » et rappelle que « les peuples qui acceptent de rogner leurs principes éthiques s'exposent à banaliser l'inacceptable ». L'allusion à un terrible passé est claire. Mais c'est cette allusion elle-même, et non l'amendement en question, qui conduit à « banaliser l'inacceptable ».
 
Car la protestation contre l'usage de l'ADN à des fins d'identité joue sur trois types d'amalgames. Le test génétique assimilerait la personne examinée à un délinquant, puisque ces examens sont particulièrement utilisés dans les affaires criminelles.
 
La détermination génétique conduirait à la détermination et à la discrimination raciale, puisque la génétique a servi dans le passé à la différentiation en races, sans compter que ce test sera proposé le plus souvent à des Africains si souvent qualifiés de « races inférieures ». Enfin, le terme de fichier génétique connote le « fichier juif » de sinistre mémoire. Criminalisation, racisme, antisémitisme, rien ne manque à la panoplie de l'horreur.
 

 
Ce n'est pas parce que les procédures d'identification des individus ont facilité les crimes lorsque le gouvernement qui les a institués était un gouvernement criminel que toute procédure d'identification transforme le gouvernement démocratique qui l'institue en régime criminel.
 
Il fut un temps où l'idée même d'une carte d'identité, d'un repérage par empreintes digitales, voire la photographie d'un visage étaient considérés par certains comme attentatoires aux libertés personnelles. Qui le penserait aujourd'hui ?
 
Cette loi sur le regroupement familial, d'inspiration humaniste, repose sur des rapports de filiation menacés par l'éventualité de fausses déclarations. Pourquoi alors ne pas utiliser une procédure fiable et sans danger ? Les tests ADN sont en France, plus qu'ailleurs, strictement encadrés par la loi, ce qui ne signifie pas que de nouvelles indications légales soient a priori interdites.
 
En ce qui concerne l'aspect potentiellement raciste qui participe de façon subliminale à la protestation, la recherche génétique a confirmé l'inanité des divisions et des hiérarchies raciales. L'ADN est une arme contre le racisme.
 
Quant à l'évocation d'un « fichage » sur le modèle du fichage des juifs, elle relève de ce mécanisme confortable de l'assimilation outrancière qui détruit la réflexion et abolit les distinctions, mécanisme dans lequel prospère une certaine bien-pensance. Tout établissement de fichiers s'effectue dans un cadre juridique étroit et contraignant. Considérer que ce nouveau fichier serait à la base d'une chasse au faciès, voire d'une « première étape vers l'irréparable » nécessite mauvaise foi ou méfiance singulière vis-à-vis de la solidité de nos institutions républicaines.
 
Certaines précautions complémentaires ont été prises comme la mise des frais à la charge de l'État et la limitation de la recherche à la filiation maternelle. Le développement des tests ADN posera dans notre société de difficiles questions d'eugénisme et de choix parental à analyser sans préjugés, nombrilisme ou imprécations. Ces dernières ne sont pas absentes du débat actuel qu'elles affaiblissent.
 
L'opinion que j'exprime est personnelle, et dans ce domaine chaque membre du CRIF a évidemment sa liberté. Mais, moi qui garde la honte d'avoir défilé, étudiant, aux cris de « CRS, SS », je me dois de lutter contre les amalgames.

Richard Prasquier
Le Figaro du 11 octobre

Publié dans Démocratie

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marc d HERE 21/10/2007 09:33

l'occasion d'une "journée nationale de la solidarité avec les étrangers", des rassemblements ont été organisés samedi 20 octobre dans une quarantaine de villes françaises pour protester contre le projet de loi Hortefeux sur l'immigration et sa disposition controversée sur les tests ADN.  Cet appel à la mobilisation avait été lancé par trois associations - le Réseau éducation sans frontières (RESF), le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable (UCIJ) et les Collectifs des sans-papiers d'Ile-de-France (CSP) - et a reçu le soutien d'organisations de défense des droits humains et de partis de gauche.Dans la capitale, environ 4 000 personnes, selon les organisateurs, 1 500 selon la police, ont rallié Belleville (20e arrondissement) à la place du Palais-Royal (2e) en passant par République. En province, ils étaient 2 à 3000 manifestants à Lyon, plusieurs centaines à Marseille, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg, Nantes, Rennes et Dijon et quelques dizaines à Lille, Nancy, Angers et Poitiers. (Le Monde.fr)Donc......Echec total! les bobos parisiens doivent se sentir bien seuls!

sommaire 15/10/2007 20:56

A l'époque de la guerre d' Algérie j'ai crié une fois CRS/SS dans une situation de violente répression qui pouvait peut être le justifier mais moi aussi je l'ai regretté ensuite car, malgré tout, ce n'était pas pareil...Cette évocation permanente de Vichy pour des situations qui n'ont rien à voir m'est également insupportable. Je veux bien qu'on soit contre les tests ADN, contre les reconduites à la frontière, contre la traque des sans papiers, etc mais ne banalisons pas ainsi nos années les plus noires.Jean-Claude SOMMAIRE

marc d HERE 13/10/2007 09:48

La secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara a déclaré qu'elle resterait au gouvernement même si l'amendement ADN du projet de loi sur l'immigration était maintenu."Si l'amendement est confirmé, oui, je resterai", a-t-elle affirmé lors de l'émission "Thé ou café" de France-2. "Je n'ai jamais pensé à démissionner du gouvernement", a-t-elle ajouté, "je quitterai ce gouvernement si jamais je sens que je ne suis pas capable de mener la responsabilité au bout des objectifs que je me suis fixés (sic), à savoir, changer la situation en banlieue". "Si j'ai cet échec, je lâche."(Avec AP). 

Daumont Jean 13/10/2007 00:17

   L'auteur de cet article a raison, et son analyse est pertinente... Mais, paraphrasant une phrase d'Edgar Faure, je dirai qu'on a parfois tort d'avoir raison... Bien sûr, les tests d'ADN ont en "théorie" leur justification, mais "pratiquement" ils ne peuvent que conduire à une division de l'opinion, certains - non sans un sentiment discriminatoire - y trouvant avantage, et d'autres se dressant au contraire contre une pratique jugée déshonorante... Mieux vaut trouver d'autres solutions, en n'oubliant pas que la France a toujours été à travers l'histoire une terre attirant l'immigration...   Voir sur ce sujet mon article http//:convergences.over-blog.net