La concurrence c'est plus de pouvoir d'achat et plus de croissance

Publié le par Luc Chatel, pour Le Figaro

Une tribune que j'emprunte au Figaro.......

Par Luc Chatel, Secrétaire d'État chargé de la Consommation et du Tourisme.  Le Figaro 1er octobre

 
Le pouvoir d'achat est la préoccupation majeure des Français. Il constitue la priorité de notre action économique, dans un pays où la consommation occupe une place cruciale dans l'économie avec 55 % du PIB.
 
La progression durable du pouvoir d'achat passe d'abord par une politique ambitieuse de restauration de l'incitation au travail : tel est le premier objectif des mesures prises dans le cadre de la loi travail-emploi-pouvoir d'achat. À partir du 1er octobre, un salarié payé au smic qui travaillera quatre heures de plus par semaine, réalisera un gain annuel de près de deux mois de salaire. L'objectif du gouvernement d'abaisser durablement le taux de chômage à la moyenne des pays développés contribue, lorsqu'il est atteint, mois après mois à l'amélioration du pouvoir d'achat de ceux qui retrouveront un emploi. Quant à la déductibilité des intérêts d'emprunt, elle va permettre à ceux de nos concitoyens qui deviennent propriétaire de leur résidence principale d'alléger le coût total de leur crédit de 8% à 10 %.
 
Nous allons maintenant engager une action structurelle afin de contenir le niveau des prix. Pour cela, nous devons permettre au consommateur de bénéficier de degrés de liberté qui lui permettront de mieux faire jouer la concurrence sur les marchés de biens et services.
 
Force est de constater que le prix des produits de grande consommation a bien « dérapé » au début des années 2000. Cette situation résulte pour partie d'une réglementation inadaptée dans le commerce de détail. L'intention de départ du législateur lors du vote de la loi dite « loi Galland » en 1996 était pourtant louable : il s'agissait de protéger le petit commerce contre certaines pratiques de la grande distribution jugées trop agressives. Quel en a été le résultat ? Une atténuation de la concurrence par les prix entre marques dont le consommateur a été la victime avec une hausse du prix des produits.
 
La démarche initiée par Nicolas Sarkozy dès 2004, et traduite dans la loi en août 2005, a permis d'inverser la tendance. Cette première étape de réforme a permis une baisse de 3 % du prix des produits de grandes marques en hypermarché et le prix des marques distributeurs ou marques propres a été stabilisé. L'ensemble a libéré ainsi un gain de pouvoir d'achat de 2,5 milliards d'euros tout en contribuant à la relance de l'emploi dans ce secteur.
 
L'heure est donc venue de mener la réforme de la loi Galland à son terme. Les revendeurs doivent pouvoir faire bénéficier leurs clients de la totalité des avantages consentis par leurs fournisseurs. C'est au prix de cette nouvelle concurrence que nous pourrons faire bénéficier le consommateur de nouvelles baisses de prix.
 
Il nous faut aussi travailler sur d'autres types de dépenses. Nos modes de consommation connaissent une profonde mutation, avec l'essor des « dépenses contraintes ». Il y avait déjà l'incontournable loyer mensuel, les factures récurrentes de gaz et d'électricité. S'y sont ajoutés aujourd'hui de multiples contrats et abonnements qui nous lient. Sur ces marchés de services, la concurrence n'a pas encore permis de baisser suffisamment les prix. Nous devons mieux éclairer le consommateur dans ses choix : le foisonnement des grilles tarifaires, la complexité des packages rendent souvent toute comparaison des prix impossible pour qui n'est pas expert. Il ne s'agit pas de remettre en cause la variété des offres mais d'assurer une plus grande clarté de l'information. En matière de hotlines, une plus grande transparence dans la facturation et la généralisation de la gratuité des temps d'attente constituent des avancées majeures. Dans les secteurs où les durées d'engagement sont un passage obligé, le consommateur doit pouvoir retrouver sa pleine liberté à l'issue de la période d'engagement, instant crucial où la concurrence retrouve ses droits : la fidélité n'est pas la captivité. Dans la téléphonie mobile, la portabilité des numéros sous 10 jours a constitué un premier pas prometteur d'accélération de la concurrence ; mais beaucoup reste à faire : ouvrons le débat sur les durées d'engagement et les conditions de réengagement. Dans le secteur bancaire, poursuivons sur la voie ouverte par les engagements de novembre 2004, en mettant à la disposition de chaque client un relevé annuel et gratuit des frais bancaires qu'il supporte. Il constituera un outil de transparence et de concurrence au service des consommateurs.
 
En dernier lieu, à l'heure où la commission présidée par Jacques Attali se penche sur les obstacles à la croissance, il existe de vrais gisements de pouvoir d'achat dans les secteurs d'activité et les professions dont l'accès est restreint, souvent plus par sédimentation successive des réglementations que pour répondre à un besoin de la société. Il nous faut redéfinir la frontière entre ce qui doit relever, dans l'intérêt même des consommateurs, d'une réglementation stricte et ce qui peut faire l'objet d'une ouverture raisonnée. L'Allemagne hier, l'Italie aujourd'hui se sont engagées dans de profondes réformes en ce sens : au-delà de substantiels gains de pouvoir d'achat grâce à la concurrence, elles ont créé des emplois et favorisé l'entrée de nouveaux opérateurs.
 
L'intensification de la concurrence et la baisse des prix ne sont pas les ennemis de l'emploi : dans le commerce de détail, les réformes engagées en France ont permis de créer plus de 20 000  emplois. Plus de concurrence, c'est à la fois plus de pouvoir d'achat et de croissance économique. Voilà pourquoi il faut donner aujourd'hui aux consommateurs une plus grande liberté de choix.

Luc Chatel

Publié dans Economie et social

Commenter cet article

marc d Here 14/11/2007 11:28

Extrait d'un entretien avec Christine Lagarde sur Le Monde.frAprès le chiffre décevant du deuxième trimestre (0,3 %), l'Insee a annoncé une progression du produit intérieur brut (PIB) de 0,7 % au troisième trimestre. Qu'en pensez-vous ?  La croissance a plus que doublé en trois mois. C'est une très bonne nouvelle. Et surtout, ses trois moteurs sont allumés : la consommation des ménages (0,8 %), l'investissement des entreprises (1 %) et le commerce extérieur avec une contribution positive de 0,1 %...La suite sur Le Monde.fr