La patate chaude

Publié le par Jean-Louis Caccomo

par Jean-Louis Caccomo

Le débat en cours concernant les comptes de la sécurité sociale pourrait avoir quelque chose de risible s’il ne mettait pas en cause tout l’équilibre de notre fragile édifice. C’est un rire jaune, un rire amer car, au-delà de la tragi-comédie qui se joue sous le feu des médias, c’est le sort d’une nation asphyxiée et endormie qui est en jeu. Car si gouverner c’est prévoir, notre pays n’est plus gouverné depuis plus de 30 ans. Cela n’a rien d’étonnant puisque les différents gouvernements se contentent de reconduire un pacte social imposé par décret à l’issue de la seconde guerre mondiale, et dont les règles du jeu sont contrôlées par des partenaires sociaux qui échappent à toute sanction. Alors, les gouvernements reconduisent un statuquo pourtant intenable, et c’est la collectivité qui trinque. Les français l’ont compris et c’est pourquoi ils ont massivement sollicité une rupture de trajectoire. Au passage, il est pittoresque de voir que le premier ministre doit affronter aujourd’hui un problème qu’il avait annoncé résolu quelques années auparavant en tant que ministre. Espérons qu’il en tire une leçon. En tout cas, ce n’est pas faute d’avoir écrit depuis des années qu’il ne servait à rien de boucher des trous en inventant de nouveaux prélèvements ou en augmentant les prélèvements existants, c’est-à-dire en accentuant précisément les causes fondamentales qui conduisent aux déficits structurels.

 

A force de dire que la santé (ou l’éducation, la culture…) n’est pas un bien comme les autres, on finit par le croire. On finit par croire que la santé est un droit acquis, que le système de santé est gratuit, qu’il ne nécessite aucun arbitrage, aucun investissement, aucune formation, aucun effort de recherche. Et on installe les conditions de la pénurie structurelle : l’offre sera tarie, faute d’être entretenue et renouvelée, alors même que l’on déchaîne une demande infinie en promettant la gratuité pour tous ou le remboursement systématique. La collectivité découvre la facture de biens et services que les membres de cette collectivité voudraient obtenir gratuitement. Et cette facture, personne ne veut la voir. Ce serait indécent, antisocial. J’entendais hier sur les ondes, à l’occasion d’un débat radiophonique, un médecin déplorer que « la dimension financière risque de perturber la relation entre le patient et le médecin ». Diantre, cachez cette dimension financière que je ne saurais voir !

 

C’est un peu comme dans le jeu de la patate chaude, chacun veut s’en débarrasser tant elle nous brûle les mains. Personne ne veut voir la facture que tout le monde contribue pourtant à grossir. Mais le tapis ne cache plus la poussière aujourd’hui. Et M. Fillon a la lucidité d’admettre que les comptes sociaux sont au bord de la faillite. Et l’on ne voit pas très bien comment l’Etat pourra se porter au secours de la sécurité sociale alors que les comptes publics ne sont pas dans une meilleure situation que les compte sociaux, sauf à réinventer une nouvelle usine à gaz destinée à camoufler un prélèvement supplémentaire, qui ne fera que reporter le problème, mais non le résoudre. Ce refrain est désormais usé.

 

La liste des biens vraiment gratuits, qui tombent miraculeusement du ciel, est très rare. La plupart des biens et services que nous consommons, ou que nous désirons consommer, nécessite d’être pensés, conçus, fabriqués et distribués, autant d’étapes qui nécessitent de l’investissement, du travail et de l’activité humaine. Qu’ils soient publics ou privés, cela ne change pas le fait qu’il faudra payer la facture d’une manière ou d’une autre. Soit le ménage paie directement en tant que consommateur, soit indirectement en tant que contribuable ou assuré.

 Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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marc d HERE 16/10/2007 14:53

Nicolas Sarkozy a donné sa vision de l'hôpital public, qu'il veut autonome dans sa gestion afin de faciliter la souplesse dans l'organisation du travail du personnel soignant.  En visite au CHU de Bordeaux, il a souligné que l'hôpital public devait disposer d'une "autonomie de gestion" et a appelé de ses voeux "une révolution managériale". (Le Mnde.fr avec Reuters)C'est LA réforme la plus importante à entreprendre pour la santé.....Sera difficile car se heurtera encore aux conservatismes et aux opposnts systématiques....Mais il faut pouvoir la faire...

marc d HERE 02/10/2007 19:10

Le propre de toute réforme importante est qu'elle coûte dans un premier temps.....Par ailleurs, il y a des oppositions fortes à ces réformes et il est donc nécessaire de passer par la voie de la concertation et de la négociation....La mise en oeuvre est ainsi ralentie , parfois aussi affadie....Ce qui n'enlève rien à la nécessité de cette réforme...Cela dit, il est possible que certains choix économiques soient intervenus  un peu à contretemps...au moment même où la croissance faiblissait...et que le budget ne soit pas assez ambitieux concernant la réduction de la dette...Tout cela rend d'autant plus nécessaire, à mon avis,  une attitude de soutien et d'encouragement au gouvernement.....afin qu'il manifeste encore plus de volontarisme

peaceonearth 02/10/2007 18:51

Vous semblez soutenir la politique de NS parce qu'elle est soutenue par une certaine vision, contrairement d'après vous au programme du centre de FB.Il se trouve que lorsqu'on regarde concrètement les décisions politiques, les mesures prises par le gouvernement, on ne retrouve pas cette vision, le soufflet retombe.Comprenez moi, mon propos n'est pas d'aller contre NS à tout prix, je soutiens les réformes car elles sont nécessaires. Malheureusement, je ne suis pour le moment absolument pas convaincu par l'action du gouvernement qui me semble dénuée de sens, de profondeur, en somme d'une réelle volonté de réforme des structures. Tout ce que je vois (pour le moment) c'est une série de mesures fort coûteuses et dont l'efficacité réelle parait hasardeuse.

marc d HERE 02/10/2007 15:16

Quelle belle formule.....Vous m'expliquerez cependant en quoi elle concerne le commentaire qui précède....!!

peaceonearth 02/10/2007 14:16

Une vision qui n'est pas basé sur une réalité, c'est une illusion.