Vol au dessus d'un nid de fonds douteux

Publié le par Gilbert Veyret

Par Gilbert Veyret


Que la république était belle sous l’empire ! Et que le capitalisme était louable quand il devait affronter un communisme mortifère. C’était il y a longtemps, avant la fin de l’histoire annoncée par ceux qui pensaient que l’économie de marché avait définitivement triomphé de toutes les bureaucraties totalitaires.

C’était sans compter l’insatiabilité et la courte vue de certains de ses acteurs, leur appât du gain facile et rapide qui a réussi mettre en place une économie/casino sur les décombres d’une société industrielle et de services. Cette domination de l’actionnaire sur l’entrepreneur, du financier sur l’ingénieur, du court terme sur le long terme, n’a pas rencontré de véritables obstacles, puisque les partis de gauche et une bonne part des syndicats étaient trop occupés à défendre leurs acquis, sans s’apercevoir que le capitalisme qu’ils combattaient était celui qui pouvait encore créer des emplois qualifiés et devait respecter un certain rapport de force entre revenus du travail et ceux du capital.

 En récusant le capitalisme Rhénan, fondé sur une certaine cogestion, et le rôle de l’entrepreneur, on ouvrait les portes à un capitalisme anglo-saxon uniquement soucieux des intérêts de l’actionnaire, souvent en détruisant les sources de la création de valeurs.

Le prédateur tend à remplacer l’entrepreneur, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne.

La nuée de sauterelles sautant de récoltes en récoltes permet des profits plus aisés que le lent travail aléatoire de l’agriculteur. Le processus de « destruction créatrice » décrit par Schumpeter a laissé la place à une économie de spéculateurs et de rentiers, jusqu’au moment où la supercherie éclate et ruine la confiance ou la crédulité sur laquelle repose tout le système.

L’histoire des deux diamantaires qui croyaient s’enrichir parce qu’ils se revendaient chaque mois la même pierre en réalisant une forte marge à chaque transaction a fait rire des générations de négociants.

Ce fragile enrichissement sans cause est bien devenu le château de cartes sur lequel repose notre apparente prospérité actuelle, puisque les mouvements financiers portent sur des montants des dizaines de fois supérieures aux transactions réelles de biens et de services. Les fonds de pension de millions de retraités, le capital et donc l’emploi de milliers d’entreprises reposent ainsi sur des titres spéculatifs, susceptibles de s’effondrer à la prochaine panique que ne parviendront plus à juguler les banques centrales. Combien de temps pourront-elles encore injecter des capitaux, pour rattraper les spéculations hasardeuses de fonds de placements, qui s’étaient largement enrichis auparavant, en émettant des obligations pourries (hedge fund) et en accordant des crédits menteurs, sortes de patates chaudes que les spéculateurs se refilent en espérant ne plus les avoir en mains quand la bulle éclate.

« Bien à contre cœur, elle [la société] accorde l’impunité à des profiteurs, des voleurs, des spéculateurs et des imbéciles » pouvait s’insurger Eric Le Boucher (Le Monde 8/9)

Après la bulle Internet, celle actuelle de l’immobilier américain viendra, à coup sûr, la crise plus massive des « cary trade » qui consiste à emprunter de l’argent dans des pays à bas taux d’intérêt pour le replacer, à court terme, dans des pays qui doivent pratiquer des taux d’intérêt plus élevés.

Il est vrai que l’imagination fertile des financiers a su inventer des instruments de plus en plus sophistiqués dont les pouvoirs publics et autres instances de régulation ne découvrent la perversité potentielle que fort tard, quand on ne les prie pas de se mêler de ce qui les regarde. L’irruption des « Fonds souverains » ou nationaux, Chinois, Russes ou des pays du Golfe qui s’apprêtent à faire leurs emplettes sur les marchés n’est pas plus rassurante

Le dogme de la concurrence, devenu une nouvelle doxa, interdirait aux Etats et aux institutions internationales d’interférer dans le jeu des opérateurs, sous peine du péché capital d’interventionnisme, voire de socialisme. Qu’importe que les effets pervers d’une libéralisation mal régulée l’emportent  sur  les avantages attendus, comme cela semble être le cas dans l’ouverture des marchés énergétiques.  Ainsi que l’écrivait Marcel Boiteux dans Futurible (juin2007). « Il ne s’agit plus, comme on pouvait le croire initialement, d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence ».

Le consommateur n’est pas le seul perdant. Le malheureux épargnant tenté par des rendements élevés, mais voulant faire des placements à long terme, a toutes chances de rester collé à ses titres, après un retournement de tendance d’une bourse versatile que seuls les initiés auront su anticiper.

Puisque les faits ne répondent pas aux attentes des théories économiques libérales, c’est qu’on n’aurait pas poussé assez loin leur mise en œuvre. « Camarades, encore un effort pour être vraiment révolutionnaires ! » Les propos de certains modernes libéraux me rappellent furieusement, le dogmatisme des marxistes d’autrefois qui  espéraient  toujours rattraper leurs échecs par la fuite en avant.

Des auteurs comme Stieglitz, Peyrelevade, Artus  et quelques autres qui ont connu les perversions de ce système de l’intérieur, en font des critiques argumentées et tirent le signal d’alarme. Mais ils rencontrent moins d’échos que nos petits débats de politique intérieure ou la vie privée de responsables politiques.

Un superbe dessin de Plantu,(Le Monde8/9)  montrait un missile de crédits immobiliers américains venir détruire des tours/ temples du capitalisme, sous le regard effaré de financiers qui, certes, n’avaient pas voulu cela.

Evocation sinistre et prémonitoire des deux formes de suicides collectifs qui nous menacent. Celui de terroristes fanatisés qui voudraient détruire une société matérialiste et libérale.  Mais celle-ci pourrait bien être surtout la victime de ses propres excès et son impuissance à les réguler.

Gilbert Veyret




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jf thoraval 14/09/2007 15:46

Les étatistes sont-ils uniquement de gauche ? On peut en douter en voyant l'activisme de Sarkozy pour remodeler des secteurs entiers de l'economie française :G.D.F.-Suez ,Areva-Alstom allant meme à accroitre le malaise franco-allemand en cas de marginalisation de Siemens ,sauvetage d'une entreprise privée :Alstom avec des fonds publics contre l'avis de la commission européenne (Alstom) .On a affaire là à un nationalo-étatisme de droite régressif par rapport à l'enjeu de la construction européene.Le capitalisma n'aurait-il pas une morale ? il suffit de voir les condamnations des patrons lorsque ils ne respèctent pas les règles de fonctionnement du capitalisme pour se rendre compte qu'il y en a bien une .Cen'est pas dans ca pays qu'on parlerait de dépénaliser des fraudes comme l'abus de biens sociaux .De plus c'est bien A.Merkel et N.Sarkozy qui demandent plus de transparence pour plus de controle du système financier international etqu'aux U.S.A. de plus en plus de voix réclament un encadrement de l'activité des hedges funds...si ce n'est pas une recherche de moralisation on peut se demander ce que sait. De meme émerge une demande de sanctions pour les acteurs financiers de la bulle immobilière pour qu'ils ne soient pas sauver par l'action des banques centrales en toute impunité.N'est -ce pas de la morale ? Je crois qu'il est urgent d'arreter d'amalgamer le capitalisme financier post école de CHICAGO  du capitalisme CLASSIQUE .cela facilitera grandement les débats.

Candide 13/09/2007 15:20

Heureusement encore qu'on peut l'écrire...mais on peut ne pas y adhérer !Il est tentant d'être moralisateur, mais c'est inefficace. La diatribe anti système que je viens reflète une certaine naïveté. A l'origine du gonflement des flux financiers, l'extraordinnaire manne des petro dollars. Les produits "inventés" par les banquiers n'ont eu d'autres objectifs que de satisfaire une offre croissante de liquidités.Le virus s'est installé quand les systèmes financiers ont "omis" de créer des pare feux en laissant les flux spéculatifs se méler aux flux "réels" .Les gendarmes dont Mr Greespan ont oublié de protéger la maison et les prédateurs se sont engouffrés dans la brêche, ce qui n'avait rien d'inéluctable.  lire : "les bandits manchots" sur Librecours

alcodu 13/09/2007 12:33

Ah la vieille rengaine des marchés financiers "immoraux" !Elle est biblique, elle fait partie du vieux fond de commerce commun à la droite et à la gauche moralistes et réactionnaires.La "valeur travail" est morale et la "valeur financière" est immorale.Heureusement, l'Etat, Nicolas Sarkozy et les socialo-étatistes de gauche, eux, détiennent La Bonne Morale.Comment peut encore écrire ce type de diatribe moraliste qui ne repose sur strictement aucun argument objectif et raisonné ?