L'avenir de l'Afrique appartient d'abord aux Africains

Publié le par Jean-Marie Bockel, Le Figaro du 04 09

Nous reproduisons avec plaisir cet article de Jean-Marie Bockel,  dont nous nous sentons particulièrement proches à IES.....

Par Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie. Le Figaro 4 septembre.

 
Le « discours de Dakar » fait débat. Voilà plus d'un mois que l'on parle de l'Afrique avec passion, à Paris, à Dakar, à Pretoria... Journalistes, intellectuels, historiens, simples citoyens, hommes politiques, chacun, avec ses mots, son vécu, ses opinions, réagit, explique, développe. Bref, l'Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin !
 
Premier résultat, et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l'ordre du jour.
 
Depuis l'intervention du président de la République, l'Afrique est sortie du cénacle technocratique des « bailleurs de fonds » pour s'inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. L'avenir de l'Afrique, son histoire, ses défis, l'état de nos relations, autant de questions débattues aujourd'hui dans chacune de nos capitales. Prenons acte de ce retour de l'Afrique dans le débat d'idées. C'est en soi une très bonne nouvelle.
 
Sur le fond, que reproche-t-on au président de la République ? D'avoir nié la responsabilité de l'« homme blanc », du colonisateur ? Les propos tenus à Dakar sont tout sauf ambigus : la traite négrière et l'esclavage y sont qualifiés de « crimes contre l'homme, de crimes contre l'humanité ». Et dans sa condamnation des effets pervers de la colonisation, le président a eu aussi des mots très forts, là encore dénués de toute ambiguïté : « Il y a eu des fautes, il y a eu des crimes. » Des voix se sont également élevées pour dénoncer « une certaine vision essentialiste de l'Afrique ». Vision infantilisante qui priverait l'homme africain du droit à la raison et en ferait « un homme à part ».
 
Une lecture moins sélective aurait peut-être permis de mieux comprendre les propos du président, qui a, au contraire, récusé ces amalgames d'un autre âge. Je cite : « Le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen. » Pour qui a suivi de près le débat en Afrique, à travers la presse, mais également sur Internet, il est frappant de constater combien le « discours de Dakar » a suscité de réactions parmi les jeunes. Beaucoup d'entre eux se sont fait l'écho, pour s'en féliciter, de ce qui est au fond l'essentiel du message du président : l'avenir de l'Afrique appartient d'abord aux Africains. C'est à eux, et à eux seuls, qu'il appartient de décider librement de l'avenir qu'ils entendent bâtir. Ce message ne contrevient nullement à l'obligation de solidarité qui est la nôtre. Mais cette solidarité ne pourra s'exercer convenablement et efficacement que sur la base de choix clairs et assumés par les Africains eux-mêmes. Ce message est aussi un témoignage de respect. Il renverse la logique pernicieuse, mais communément admise, d'un avenir radieux qui ne dépendrait que de l'extérieur. Avec les meilleures intentions du monde, cette logique condamne l'Afrique et les Africains à toujours attendre le salut d'un improbable ailleurs.
 
Ce message volontariste et responsable est à la hauteur de la confiance que place le président français dans la capacité des Africains, et notamment de la jeunesse, à faire bouger les lignes.
 
Ce message, enfin, est en phase avec les aspirations les plus profondes du continent africain. J'ai pu le constater lors de chacun de mes déplacements  : ce n'est pas de la charité ou de la compassion qu'attendent de nous les Africains. Ce que veut l'Afrique, ce que veut sa jeunesse, c'est d'abord et avant tout trouver sa place et que sa vitalité puisse s'exprimer à travers des formations de qualité, des emplois décents, des responsabilités à tous les niveaux.
 
Et la France dans tout ça ? Là encore, quelques grands principes d'action et de méthode, malheureusement le plus souvent passés sous silence, ont été proposés par Nicolas Sarkozy à Dakar. Ce sont ces principes que j'entends mettre en oeuvre avec Bernard Kouchner dans le cadre d'une politique de coopération rénovée. Quels sont-ils ?
 
D'abord, l'Afrique se doit d'agir collectivement pour assurer la paix et mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine. La France, l'Europe seront à ses côtés, et nous l'aiderons, comme nous l'avons fait en Europe, à bâtir son unité. Ensuite, nous devons agir ensemble pour parvenir à mieux réguler la mondialisation, en introduisant davantage de justice, de règles, bref, d'humanité. Tout en reconnaissant les bienfaits du libre-échange et de la concurrence, nous devons sortir d'un certain angélisme qui risque, sinon, de condamner l'Afrique à la marginalisation. Enfin, la priorité doit être donnée à ce qui construira la croissance de manière durable. Pour ce faire, il faut que cesse, comme l'a rappelé le président, l'arbitraire, la corruption, la violence. L'argent investi doit aller aux populations au plus près de leurs besoins.
 
Présent dans le grand amphithéâtre de Dakar, ce jeudi 26 juillet, je me souviens qu'à ce moment précis du discours du président les étudiants se sont levés et ont applaudi.

Jean-Marie Bockel

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marc d Here 29/02/2008 13:51

De N'Djamena, où une "commission d'enquête" sur la disparition d'opposants va être créée, au Cap où il a annoncé une remise à plat de la présence militaire française en Afrique, Nicolas Sarkozy s'est présenté comme le président de la "rupture" avec la "Françafrique".Orange actualités

marc d Here 29/02/2008 13:06

La France et l'Afrique du Sud ont signé aujourd'hui au Cap trois accords économiques, dont l'un porte sur la construction d'une centrale à charbon par le groupe industriel français Alstom pour une valeur de 1,36 milliard d'euros.Le deuxième contrat, conclu entre l'Agence française de développement (AFD) et Eskom, porte sur le financement d'éoliennes pour 100 millions d'euros.L'Afrique du Sud traverse une crise énergétique majeure en raison d'une forte croissance de la demande énergétique et d'une obsolescence de ses infrastructures.Pour y remédier, le gouvernement prévoit de créer de nouvelles centrales à charbon et de construire une seconde centrale nucléaire.Le dernier contrat a été signé par la présidente du directoire du groupe nucléaire Areva, Anne Lauvergeon, et le gouvernement. Il porte sur la formation professionnelle, un enjeu majeur en Afrique du Sud où la population noire a été privée de formation sous le régime d'apartheid, tombé en 1994.Source: AFP

marc d HERE 07/09/2007 10:49

Comme je l'écrivais ci dessus, je sui d'accord avec vous sur ce point, le principe même de la colonisation est pervers, j'ajouterai inacceptable....Pas d'opposition avec vous sur ce point.

peaceonearth 07/09/2007 10:42

Le principe même est pervers car il nie la souveraineté d'un peuple, il nie le droit naturel des individus à disposer de leur terre, de leur bien, et de leur liberté.Vous qui traitez de sectaire ceux qui refusent d'user de ce genre de qualificatifs, je me demande quels sont les principes qui fondent votre engagement politique.

marc d HERE 07/09/2007 10:30

A peaceonearth,Oui le principe de la colonisation est en lui-même pervers, mais à la différence de l'esclavage, certains "effets" de la colonisation ont  pu être positifs.....Même si les sectaires refusent de le voir (ou en tous cas de l'admettre officiellement)....