La triple crise du PS

Publié le par Alain Duhamel pour Le Courrier de l'Ouest

 Chronique d' Alain Duhamel, dans Le Courrier de l’Ouest- Dimanche du 2 septembre 2007
 

Les lendemains de défaite présidentielle sont toujours mélancoliques, mais ne sont pas forcément déstabilisateurs. En 1974, François Mitterrand, battu d’un souffle par Valéry Giscard d’Estaing, avait vu sa stature instantanément rehaussée. En 1995, Lionel Jospin, défait par Jacques Chirac ave 47% des suffrages (le même score que celui de Ségolène Royal), avait repris sur le champ la direction du PS à Henri Emmanuelli. Il y a des défaites encourageantes et des revers destructeurs. Tout s passe comme si l’échec de Ségolène Royal appartenait à la seconde catégorie.

Au moment où se déroule son université d’été de La Rochelle, le PS apparaît en effet en bien piteux état. Bernard Kouchner est entré au gouvernement, Dominique Strauss-Kahn devrait prendre la tête du Fonds monétaire international, Michel Rocard, Jacques Lang, Jacques Attali participent à des commissions à l’invitation de Nicolas Sarkozy. Laurent Fabius, Martine Aubry sont également absents de La Rochelle. François Hollande a confirmé qu’il quitterait la tête du parti après les élections municipales du printemps prochain. Jamais, sous la Vème  République une défaite présidentielle n’a décimé à ce point l’état-major du parti vaincu.

C’est que le PS doit affronter trois crises à la fois : une crise de leadership, une crise de stratégie et une crise idéologique. La première est la plus visible. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn s’éloignent. Les quadragénaires les plus en appétit (Arnaud Montebourg, Manuel Valls) ne peuvent prétendre à la candidature présidentielle qui commande, plus que jamais, la vie politique. Reste réellement en présence Ségolène Royal, battue mais point découragée, Bertrand Delanoë qui se hâte lentement  et François Hollande, bien décidé à se placer sur les rangs présidentiels une fois débarrassé de la lourde armature de premier secrétaire.

Le Parti Socialiste se trouve aussi en panne de partenaires. L’alliance avec le PC, les verts et les radicaux de gauche ne suffit manifestement plus pour atteindre une majorité. La question d’une alliance avec les centristes de François Bayrou se reposera donc.

C’est cependant la crise idéologique, la moins publique des trois, qui est la plus sérieuse. Le PS sait bien que le socialisme ne constitue plus une alternative au capitalisme, mais il ne se résout pas à se contenter de le réformer de l’intérieur. Il ne peut plus être socialiste « à l’ancienne », il ne veut pas devenir social-libéral à la Tony Blair : il ne sait plus ce qu’il est.

 

Alain Duhamel 

 

Publié dans Vie politique

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marc d HERE 17/09/2007 08:24

Jospin tire à boulets rouges sur RoyalDans un livre à paraître la semaine prochaine, l'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots et tire à boulets rouges sur Ségolène Royal qu'il accuse d'avoir été incapable de remettre le Parti socialiste en ordre de marche. Dans ce livre intitulé "L'Impasse" et dont "Libération" publie ce matin quelques courts extraits, Lionel Jospin se livre à une charge en règle contre l'ancienne candidate à la présidentielle qu'il dépeint notamment comme "une personnalité qui n'a pas les qualités humaines ni les capacités politiques" pour conduire le PS et comme "une candidate qui était la moins capable de gagner". Selon "Libération", Lionel Jospin publie son livre avec pour objectif de convaincre les militants socialistes de ne pas confier les clés du Parti lors du prochain congrès à la présidente de la région Poitou-Charentes et encore moins lui donner une deuxième possibilité de présenter à l'investiture présidentielle.(Avec AP). 

marc d HERE 07/09/2007 09:00

"Je regrette que mon parti (le Parti socialiste) soit dans un état d'absence intellectuelle", vient de déclarer l'ancien premier ministre, Michel Rocard, au micro de France Inter.(Avec lefigaro.fr). 

Michel Henry 05/09/2007 22:08

Il est bien évident que le PS est à la croisée es chemins.Mais ses capacités à rebondir ne sont pas minimes:- le modèle néo-capitaliste n'a pas de réponses acceptables pour les peuples des sociétés développées, mais anciennes, comme la nôtre. L'institutionnalisation des protections sociales a un coût, lequel transfert les emplois vers les pays qui n'ont pas de tels scrupules. Faut-il abandonner le vieux "modèle français"? et si oui, l'échanger contre quoi? le PS est le meilleur terreau pour une telle réflexion.- Le Président Sakozy s'est offert (a prix d'or) la part la plus opportuniste et vaniteuse du casting socialiste. Est-ce le bon choix? Un seul "prêtre-ouvrier" lui aurait été de plus de profit, et de meilleur conseil, que ce rang de politiciens prêts à tout, parce qu'en fin de carrière. Ce qui est présenté comme une "perte" pour le PS, n'en est, de fait, pas du tout une, mais peut être même une chance.- Bouclier fiscal? les Francais veulent le changement, ils ont dit "oui".  En espérant que par contrecoup, cela améliorerait leur condition. Mais la TVA sociale va démontrer que ce qui est donné à certains est payé ensuite par les autres, et ça, ça ne passera pas du tout.Il est fot possible, voire probable, que l'"état de grâce" extraordinaire se transforme, ensuite, en un mouvement de rejet tout aussi extraordinaire, par un mouvement de balancier bien connu. Je ne le souhaite pas, mais si les Français se sentent ( à tord ou a raison) cocus, ils sont parfaitement capables de reprendre la Bastille.Le PS ne pourra pas jouer, dans ces conditions, son rôle de modérateur: en juin 68, ce n'est pas De Gaulle qui a arrêté les grèves, mais la CGT. Aujourd'hui, tous ces outils de modération sociale et politique sont caducs. Croire que le délitement de ces représentations politiques ou syndicales est le signe de l'affaiblissement de l'énergie sociale, est une illusion. Simplement, cette énergie est livrée à elle même. Le plus grand danger, pour le Président Sarkozy, n'est pas le PS, ni même les syndicats, mais le désespoir populaire. On peut penser que ce mandat présidentiel n'aura pas besoin d'être celui du retour des "jacqueries".C'est là qu'on revient au premier paragraphe: celui qui aura des réponses fiables pour protéger les conditions de vies du peuple sera élu. Pour le moment le PS en est incapable. Mais les réponses politiques de la majorité présidentielle ne seront pas plus fiables que leurs résultats concrets dans la vie quotidienne des citoyens.Et faute de ces résultats, la crise idéologique de la droite serait bien plus grave que celle que le PS traverse actuellement.Bref, rien n'est figé, nul ne peut prédire l'avenir, même pas celui du PSAu Centre, on prend ce qui est bon là où on le trouve. Droite ou gauche, c'est secondaire par rapport à constructif ou néfaste. Pour la période présente, c'est de très loin la position politique la plus sage, et celle qui insulte le moins l'avenir.Michel Henry.