La Libye en béton armé

Publié le par Alexandre Adler pour Le Figaro

LA CHRONIQUE d'Alexandre Adler.
 Publié le 06 août 2007
 
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Bouchon/Figaro.
 
 
On ne peut parler de la Libye qu'entre le rire et les larmes. Les pitreries diverses de son chef, ainsi que son goût des accoutrements issus du Cirque Pinder, donnent souvent à sourire. Mais il est également vrai, malheureusement, que le pitre, lui, ne rit pas : si les infirmières bulgares et le médecin palestinien n'avaient pas dû signer en partant un engagement à renoncer à toutes poursuites pénales pour les tortures subies durant leurs longues incarcérations, un petit coup de projecteur sur le niveau de la civilisation de ce pays, nouvel ami et allié, aurait pu être braqué. Mais de sa brève passion pour la défunte Union soviétique, Kadhafi a au moins importé cette pratique de décharge judiciaire qui, rappelons-le, était imposée à partir de 1953 à tout citoyen soviétique élargi du Goulag.
 
Mais il y a encore plus tragique et plus comique à la fois dans le fait que la Libye est à peine une nation, et, à bien des égards, selon le voeu de son chef tutélaire, un État en voie de dépérissement : la Cyrénaïque a toujours regardé vers l'Égypte voisine, et les Frères musulmans, tournés vers Le Caire, y sont particulièrement bien implantés. La Tripolitaine et le Fezzan sont, au contraire, depuis toujours, des terres berbères, tournées vers le reste du Maghreb. Depuis l'émergence de la rente pétrolière, le travail est essentiellement assuré par des immigrés égyptiens ou tunisiens, voire africains, maltraités et brutalisés de temps à autre par les « citoyens » de cet admirable pays. Pays en sursis, tant sur le plan de la géographie que de l'histoire, la Libye et son chef, fort inintéressant, doivent cependant être préservés par tous les moyens, en raison de la crise profonde qu'elle traverse.
 
En effet, nous avons assisté, ces dernières années, à l'équivalent d'une mutation virale aux conséquences peut-être catastrophiques. La dynastie des Senousis, renversée par Kadhafi en 1970, a toujours eu des partisans qui furent un temps pro-occidentaux. Mais, depuis l'abandon de l'opposition par le président égyptien Moubarak, qui se réconcilia spectaculairement - et financièrement - avec Kadhafi, au début des années 1980, cette dernière n'a plus eu pour ressources que de maigres subsides américains et saoudiens, puis un appui de plus en plus ferme de la mouvance islamiste moyen-orientale.
 
Très vraisemblablement majoritaires dans le pays, les islamistes senousis, devenus entre-temps des fidèles dévoués d'Oussama Ben Laden, ont même, à présent, à leur tête un chef relativement charismatique, Yahia al-Libi, fort heureusement, pour l'instant, retranché quelque part dans les confins entre l'Afghanistan et le Pakistan. Mais la situation est suffisamment sérieuse pour avoir engagé Kadhafi, poussé par son fils, le très libéral Seif el-Islam, à se réconcilier avec l'Occident tout entier, qui considère aujourd'hui la dictature essoufflée et grotesque de Tripoli comme un moindre mal à supporter avec patience ; voire à défendre un jour contre des ennemis autrement redoutables, qui ne tarderaient pas à ressusciter l'agressivité terroriste des premières années du régime, les oripeaux du nationalisme arabe ayant été cette fois-ci troqués au profit d'un islamisme pur et dur. C'est la raison pour laquelle les procès implicites qui sont faits à la France et à son président, depuis la spectaculaire libération des infirmières bulgares, sont particulièrement malvenus, voire surprenants.
 

 
La Grande-Bretagne et les États-Unis n'ont pas attendu le résultat de ce douloureux problème humanitaire pour s'implanter de nouveau à Tripoli et commencer à négocier très officiellement des contrats d'armement, tandis qu'un grand économiste de Harvard, le professeur Porter, s'efforçait tant bien que mal d'instiller un semblant de rationalité économique dans cette malheureuse « boîte à sable », tuméfiée par une rente pétrolière excessive et toujours mal employée. Ce n'est un secret pour personne que l'Allemagne n'a cessé de pousser les intérêts de Siemens dans la conclusion d'un accord nucléaire civil, tandis que son ministre des Affaires étrangères poursuivait sa négociation humanitaire avec un indéniable succès. Quant à l'Italie, dont les services secrets aidèrent Kadhafi à prendre le pouvoir dès 1970, elle s'est fait, notamment en la personne de Romano Prodi, lorsqu'il présidait la Commission européenne, l'avocat inlassable du tyran de Tripoli. Tout ce que la France a apporté dans ce concert unanime du monde occidental, c'est un singulier dynamisme accompagné d'une vitesse d'exécution, dont elle est légitimement la bénéficiaire provisoire.
 
Mais il y a plus surprenant et plus hypocrite encore avec l'attitude de notre Parti socialiste national : depuis l'aide apportée par le gouvernement libyen à la campagne de désinformation sur les diamants de Giscard jusqu'à la rencontre surprise de Mitterrand avec Kadhafi, et les reculs permanents de la diplomatie française dirigée par Roland Dumas face aux exactions libyennes, le Parti socialiste est sans doute de toutes les formations politiques françaises celle qui présente le plus lourd dossier en matière de complaisances et de « realpolitik » injustifiée. Nicolas Sarkozy n'a, dans cette affaire, ni rompu les rangs de la solidarité occidentale, comme le faisaient Mitterrand et Dumas, ni apporté de caution idéologique à un régime moribond, dont nous sommes néanmoins contraints, par le malheur des temps, d'organiser la survie, faute de mieux.

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marc d HERE 29/08/2007 13:20

Il n'est pas inutile de rappeler parfois la nocivité ou l'inconséquence de la politique  étrangère de Mitterrand ...

Bertrand Colin 28/08/2007 15:57

C' est vraiment n' importe quoi que d' aller chercher Mitterrand ou R.Dumas... remarquez c' est peut être par "extension" pour reprendre une expression du porte-parole de l' Elysée !

Simon 17/08/2007 13:36

Je trouve que l'abandon de toute conviction ou forme de valeur par certaines personne qui se revendique de gaucge est préoccupant. Autant je peux comprendre le réformisme, le fait d'accepter un petit progrès plutôt que de le refuser dans l'attente d'un encore mieux illusoire, autant chercher à tout prix à positive ce qui ne peux l'être me semble incompréhensible.Mais bon, c'est une figure obligée, puisque si vous marquiez un véritable désaccord avec le gouverenement, comment pourriez vous justifier votre positionnement.Sectarisme ? Refus des réalités ? Il va falloir m'expliquer en quoi les réalités économiques ont brusquement changé que le paquet fiscal soit finançable, que la Lybie soit devenue un pays tellement fréquentable qu'il est indispensable de lui fourguer des armes et du nucléaire ...Mais j'aimerai aussi bien que vous répondiez à mes objections première, au lieu d'avoir une attitude "sectaire" visant à décrédibiliser mon propos par ma seule appartenance au PS ...PS : par propagande, j'entendais que je ne trouve plus signe d'autre chose que de justification des actes du gouvernement. Et sur la fiscalité ? Les services publics ? L'environnement ? etc etcMais bon, je suis amusé de voir que même le Nouveau Centre, c'était une bien trop grande structure pour vous, qu'il ait fallu aller créer autre chose ...

bouquery 16/08/2007 12:29

Quelle assomption !

Divoul Cyril 15/08/2007 11:49

Je pense surtout qu'on doit les laisser parler, ne pas en tenir compte et surtout travailler à la création de cette fameuse troisième voie...Bonne journée,