L'Union méditerranéenne, cette chimère

Publié le par Daniel Vernet pour Le Monde

par Daniel Vernet, Le Monde édition du 10 07...

IES est particulièrement intéressée par cette grande idée d'Union Méditerranéenne, certains d'entre nous voulant en être des militants actifs....


C' est un beau projet, fondé sur un constat : la Méditerranée est la frontière la plus inégale du monde, comme le disait le socialiste espagnol, ancien président du Parlement européen, José Borrell. Et ces inégalités se creusent. C'est un projet fondé sur une critique : le "processus de Barcelone", inauguré en 1995 par les quinze pays membres de l'Union européenne, qui devait rapprocher les deux rives de la Méditerranée, est un "échec". C'est du moins ce que dit Nicolas Sarkozy. Le président de la République a été convaincu par sa "plume", Henri Guaino, qu'il fallait prendre le problème autrement, et il a lancé l'idée d'une "Union méditerranéenne". C'est un beau projet, mais n'est-il pas tout aussi chimérique ?

 

 
Si les contours en sont encore flous, les prémices en sont claires. Le processus de Barcelone a échoué parce qu'il est un avatar du dialogue Nord-Sud qui place les pays du sud de la Méditerranée dans une position de dépendance vis-à-vis de leurs voisins plus prospères du Nord. Il crée des relations inégales entre le centre et la périphérie. Il a misé sur le développement du commerce et du libre-échange, ce qui revient à confondre la fin et les moyens.

Avec l'"Union méditerranéenne", il faut inverser l'ordre des facteurs, traiter le mal à la racine, en mettant l'accent sur la base du développement économique et social, la santé, l'éducation, les transports, l'urbanisme, la politique industrielle. Les investissements étrangers dans les secteurs dits productifs ne sont plus la priorité. Le codéveloppement doit, comme priorité, se substituer au commerce, afin que les pays du sud de la Méditerranée ne soient pas de simples sous-traitants de l'Europe.

Cette "Union méditerranéenne" serait dotée d'un conseil sur le modèle du Conseil de l'Europe, accompagné de rencontres régulières entre chefs d'Etat et de gouvernement, du type G8. Elle serait appelée à traiter de la lutte contre le terrorisme, de la gestion des migrations, du développement économique et commercial et de la promotion de l'Etat de droit et des droits de l'homme. Elle aurait à terme des institutions communes avec l'Union européenne.

Qui en ferait partie ? Du côté Nord, les pays d'un "bloc latin" qui reste à définir. Pour ses concepteurs, il ne s'agirait pas, en tout cas, des vingt-sept membres de l'UE, qui n'ont pas tous le même attachement - c'est un euphémisme - à la Méditerranée. Du côté Sud, même incertitude : les pays du Maghreb certainement, l'Egypte, la Jordanie sans doute, la Turquie bien sûr - puisqu'il s'agit implicitement de lui offrir une solution de rechange à l'entrée dans l'Europe communautaire -, Israël, peut-être, au risque d'importer le conflit avec les Arabes dans le nouvel ensemble...

C'est un des obstacles sur lesquels a buté le processus de Barcelone que le projet Sarkozy ne pourra pas éviter. Un autre tient en l'absence d'une volonté de coopérer entre les Etats du sud de la Méditerranée. Comment imaginer dans la même Union deux voisins comme l'Algérie et le Maroc, dont la frontière est fermée depuis dix ans ?

Le président de la République verrait bien la France jouer en Méditerranée le rôle unificateur que les Etats-Unis ont joué en Europe après 1945. Mais les Européens avaient compris que la reconstruction passait par la coopération, et les Américains ont dépensé l'équivalent de 125 milliards d'euros entre 1947 et 1951, à comparer avec les 20 milliards que Bruxelles a consacrés au programme Euromed de 1995 à 2005.

Quelle est l'incitation, autre que financière, qui poussera à travailler ensemble des dirigeants, souvent autocratiques, qui se jalousent et préfèrent entretenir avec l'Europe des partenariats privilégiés, fondés sur les relations bilatérales ?

Daniel Vernet
Article paru dans l'édition du 11.07.07.

Publié dans Europe

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marc d HERE 11/07/2007 07:39

Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, je souhaiterais qu'IES devienne "militant" de l'Union Méditerranéenne......Nous pourrions notamment organiser une "rencontre " en septembre ou octobre sur ce thème avec des intervenants Français et d'autres pays méditerranéens.....Merci à ceux qui pourraient aider à l'organisation d'une telle réunion publique (notamment en proposant et contactant les intervenants)  de se manifester....