Lettre perplexe (11)

Publié le par Gilbert Veyret

 Pour la onzième fois, Gilbert Veyret jette sur la politique Française un regard acéré......venu d'ailleurs...


Nicolas Sarkozy maîtrise admirablement, mieux encore que Tony Blair dont on fête actuellement le départ après 10 ans  de pouvoir en Grande Bretagne, toute la panoplie de la communication moderne.

Il sait jouer à la fois de cette profonde aspiration monarchiste des Français qui veulent un monarque  capable de guérir tous leurs maux par simple incantation et leur côté frondeur qui les amène à s’opposer à toute décision qui pourrait changer leurs habitudes.

Le Président Sarkozy semble doué d’ubiquité.  Il fournit la solution qui permet au G8 d’éviter l’impasse, il amène les Etats-Unis à admettre les risques de dérèglement climatique. Il permet au Sommet européen de sortir de sa crise institutionnelle. Il reçoit syndicats et associations. Qu’un prix Nobel décède, qu’un gendarme soit tué, qu’une veuve réclame justice pour l’assassinat de son mari, il est là, il apaise, il écoute, il promet de s’en occuper personnellement. A la sortie chacun le trouve formidable et a le sentiment d’avoir été entendu. Ce n’est plus un état de grâce, mais de sidération !

Mais il a placé la barre très haut. Désormais chaque ministre prenant une décision susceptible de provoquer quelques mécontentements, sait que le Président de la République servira d’instance d’appel. Si demain, par inadvertance, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants prenait un arrêté constatant qu’il n’y a plus lieu de verser de pensions aux vétérans de la bataille de Solferino ou du siège de Sedan, il se trouverait des héritiers qui s’insurgeraient auprès de N.Sarkozy contre cette atteinte insupportable à la mémoire de leurs ancêtres.

Chaque ministre qui voudra faire passer un projet important, sera bien avisé d’y placer en évidence quelques articles susceptibles de déclencher les reflexes conditionnés de tous les opposants potentiels, afin de permettre au Président de la République de le corriger sur ces points provocateurs et de faire passer l’essentiel. C’est notamment ce que semble avoir bien compris Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur. Mais cette pratique de la muléta, agitée devant le taureau, afin de permettre au toréador Sarkozy de porter l’estocade, n’est vraiment praticable que face à des organisations traditionnelles, ancrées dans leurs principes et leurs pratiques immuables. Elle serait moins efficace face à des organisations politiques et syndicales ayant une véritable culture de la négociation et du résultat. 

Le choix de ministres ou assimilés, issus du Parti socialiste, dans sa mouvance ou dans le monde associatif est-il un coup de communication ou une véritable nouvelle donne politique, balayant les clivages traditionnels ?  Faire coopérer dans le même ministère  Christine Boutin et Fadela Amara est à coup sûr une gageure, plus audacieuse politiquement et plus intéressante sociologiquement que si on avait pu amener Henri Emmanuelli et Hervé Novelli à cohabiter dans un même gouvernement. Ces deux là sont formatés par une même culture institutionnelle, tandis que nos deux ministres de la Ville relèvent de deux cultures très contrastées, mais qui constituent deux facettes de la nouvelle identité  française.

Gadgets destinés à « ringardiser » l’opposition ou véritable redistribution du jeu politique, on ne pourra le mesurer qu’à l’épreuve des faits, de la durée et des résultats obtenus sur le terrain.

Trois ministres, issus de l’opposition, s’occupent de politique internationale qui n’a pas suscité de véritables clivages entre la gauche et la droite, depuis plus de vingt ans, les souverainistes se recrutant dans les deux camps. Ils ont en commun, outre le fait d’aimer exercer un pouvoir, de croire pouvoir jouer un rôle, faire avancer quelques idées, déplacer quelques lignes, expérimenter un projet social innovant, dans le cas de Martin Hirsch. Auraient-ils dû attendre que la gauche, à laquelle ils appartiennent, parvienne au pouvoir et qu’elle fasse appel à eux. La première hypothèse est repoussée aux calendes, la deuxième est hautement improbable, compte tenu des profils atypiques de ces mal-aimés des appareils traditionnels.

Ayant le même âge que Bernard Kouchner, je me dis qu’il aurait quand même bien pu attendre 2012 ou plus sûrement 2017. Nous n’aurons l’un et l’autre que 77 ans ! A condition bien sûr d’avoir su choisir le bon courant porteur du PS à cette date ! La question du Darfour ne sera peut-être toujours pas réglé, s’il reste des survivants et l’Afrique saura bien fournir encore son lot de drames et de besoins d’interventions d’urgence.

Churchill disait en substance « Certains trahissent leurs principes par fidélité à leur parti. J’ai choisi l’inverse »

 Dans le flou actuel des idéologies et des clivages  politiques quels principes trahit-on aujourd’hui quand on change de camp ?

                                                                                  Gilbert Veyret

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marc d HERE 04/07/2007 12:25

Sans changer de camp, on peut aussi changer la manière de faire de la politique.......Un exemple....Manuel Valls, député socialiste de l'Essonne, a jugé mercredi l'intervention de François Fillon mardi devant l'Assemblée nationale "plutôt de qualité" et "à la hauteur des attentes du pays", et s'en est pris à ceux qui, au PS, ont qualifié le Premier ministre de "marionnette".(Avec AFP).