Réflexions à propos de la création du ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité Nationale et du Co-développement

Publié le par Jean-Claude Sommaire

Par Jean-Claude SOMMAIRE, ancien  secrétaire général du Haut Conseil à l’intégration

 

                   

Deux questions de fond  me sembleraient intéressantes à débattre, à propos de la création de ce Ministère, dans l’esprit de ce que certains appellent « l’éthique de la discussion ».

 

La première pourrait  se rapporter au lien à reconnaître, ou non, entre immigration et identité  nationale, et la seconde à la légitimité, éthique et morale, d’un Ministère ayant à intervenir sur ces deux thèmes ainsi associés.

 

Un lien entre immigration et identité nationale ?

 

Tant sur un plan conceptuel que  sur un plan pratique et de bon sens, il me semble  difficile de pouvoir dire, qu’aujourd’hui, il n’existerait aucun lien entre immigration et identité nationale même si, évidemment, la question de l’identité nationale ne saurait se réduire à la seule question de l’immigration. En effet la Nation française a toujours été présentée comme  une construction politique  qui s’est enrichie d’apports migratoires successifs.

 

L’une des  difficultés de la période actuelle est que ce « modèle français », historiquement assimilationniste, qui   conduisait les enfants de migrants à se fondre dans la communauté des citoyens en oubliant leurs origines culturelles, ne fonctionne plus aussi bien que par le passé. Les jeunes générations issues de l’immigration la plus récente, au lieu de devenir des « français à part entière », deviennent trop souvent des « français entièrement à part » assignés à résidence dans des quartiers en cours de ghettoïsation.

 

Les émeutes urbaines  de l’automne 2005 trouvent peut être leur origine dans  cette situation qui conjugue maintenant dangereusement, pour nos jeunes compatriotes issus de l’immigration coloniale, une mauvaise intégration économique et sociale  avec une non reconnaissance de leurs racines culturelles et familiales. Dans ce contexte, l’adhésion de ces jeunes  aux valeurs communes  devient plus difficile et peut  expliquer le développement des violences urbaines et de diverses formes de replis communautaires.

 

Cette grave  crise de l’intégration que nous connaissons ne doit cependant   pas nous conduire, par commodité ou par paresse intellectuelle, à ne plus vouloir voir le lien, incontestable, qui continue à exister entre immigration et identité nationale. On ne peut pas  renier aujourd’hui ce dont on s’est félicité hier. Les anciens flux migratoires ont simplement fait place à de nouveaux apports, plus divers et d’origine plus lointaine, qui vont, eux aussi, contribuer à faire évoluer notre identité collective.

 

Toutefois, depuis 20 ans, une double désespérance, identitaire et sociale, a alimenté le développement parallèle du Front national et du communautarisme islamique : celle  de nos concitoyens les plus fragiles, trop souvent confrontés au quotidien à la petite délinquance ethnique, et celles de nos jeunes compatriotes issus d’ailleurs, en  manque de reconnaissance citoyenne. Notre fracture sociale qui devient de plus en plus une fracture urbaine, ethnique, culturelle et confessionnelle est préoccupante pour l’avenir de notre « vivre ensemble » et ne peut plus être ignorée. N’est il donc pas souhaitable, dans ce contexte, de réfléchir sereinement à ce qu’il faudrait faire  pour que l’immigration qui, hier, enrichissait et confortait  notre identité nationale ne contribue pas, demain, à la fragiliser ? 

 

La légitimité, éthique et morale, d’un Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement ?

 

Tout a été dit sur ce que pouvait, symboliquement,  représenter la création d’un «Ministère» chargé à la fois de l’immigration et de l’identité nationale. Une appellation du type « Ministère de la population, de l’immigration, de l’intégration et du codéveloppement ». aurait été, à l’évidence, plus opportune.

 

Pour autant la question de la légitimité, éthique et morale, d’un Etat démocratique à se préoccuper de l’avenir de son peuplement ne peut pas être évacuée. Est-il illégitime de s’interroger sur les conséquences, pour notre pays, d’une immigration désordonnée à dominante familiale et musulmane, très largement originaire du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne? Il me semble difficile, aujourd’hui, dans le contexte de la crise de l’intégration que nous connaissons, de  faire l’économie de ce questionnement.

 

Ne pourrait on pas parvenir, sur des questions de société aussi délicates, à dire les choses sans excès mais aussi sans faux semblant ? Avant de se déchirer sur les grands principes ne pourrait-on pas essayer de  se retrouver sur un diagnostic partagé des problèmes à résoudre?

 

Dans son récent ouvrage « Le temps des immigrés », François Héran, directeur de l’INED, expose, à juste titre, que l’immigration va devenir le principal  facteur de croissance de notre population suivant des hypothèses allant de « l’infusion durable » à « l’intrusion massive ». Pour lui le brassage de ces populations nouvelles dans la société française est devenu un défi majeur à relever au même titre que celui du vieillissement et il évoque, à terme, une France devenant plus diverse et plus colorée comme peut l’être l’île de la Réunion. Ne conviendrait il pas de poursuivre cette réflexion au regard de la situation actuelle du « neuf trois », plus proche de notre diversité hexagonale que celle de la Réunion ?

 

Peut-on faire évoluer ce « modèle neuf trois » vers moins de discriminations, moins d’assistanat, moins de délinquance, plus de reconnaissance des cultures et des identités, éventuellement en développant des approches plus communautaires de l’intégration ? Il faudrait pouvoir débattre tranquillement de ces questions.

 

Bien entendu le codéveloppement propose des pistes intéressantes pour contenir les flux africains mais il risque malheureusement de demeurer encore longtemps à un niveau trop modeste par rapport aux enjeux en cause. Le grand partenariat euro-africain, autour de la Méditerranée, proposé par le Président de la République pourrait ouvrir, à terme, d’autres perspectives plus ambitieuses mais il faudrait alors qu’il ne se limite pas aux pays de l’Europe du sud et qu’il soit étendu à l’Afrique sub-saharienne.

 

Jean-Claude Sommaire

Publié dans Réflexion politique

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marc d Héré 02/07/2007 07:54

Les débats provoqués par la dénomination de  ce ministère me paraisent exagérés, et peut-être volontairement exagérés.....Même si Jean- claude Sommaire montre que le rapprochement  des mots immigration et identité nationale dans une même dénomination n'est pas forcément illégitime..... on peut penser qu'il n'était pas nécessaire et qu'il aurait sans doute mieux valu s'en passer.....Cela dit,   la condamnation de ce ministère  paraît rapide et systématique...D'abord on peut noter que deux mots ont été ajoutés à  son intitulé ceux d'intégration et de co développement...On ne peut pas accorder une importance déterminante aux mots  dans le cas "d'identité nationale et immigration" et refuser d'accorder la même importance à "intégration et co développement."....Soyons cohérents...Certains actes visent à montrer que ces deux mots ont une certaine réalité: la présence au gouvernement, et à des postes de responsabilité (et non pas en tant qu' alibi , comme dans le cas d'Azzouz Begag)   de Rachida Dati, de Rama Yade et de Fadela Amara, donne une réalité à la  notion d'intégration  et , en outre à celle d'égalité ......Brice Hortefeux est allé immédiatement  signer un accord de co développement au Bénin et Sarkozy prévoit très bientôt un voyage capital dans les trois pays du  maghreb.....Martin Hirsch prépare des mesures qui profiteront en priorité aux exclus et aux personnes en difficulté.....Et on sait que c'est dans les quartier dont on parle qu'ils sont les plus nombreux....Ce ne sont que quelques signes, mais qui tendent à montrer qu'il ne faut sans doute pas condamner trop vite l'action de ce gouvernement.....Accordons-lui au moins le bénéfice du doute et de la bonne foi......Nous verrons où nous en serons début 2008.....

JAULIN 28/06/2007 11:55

J'approuve Marc ta modération...Pour ce qui me concerne, je pense que le sort des plus défavorisés, même immigrés,  n'est ni figé, ni fatal... ces défavorisés ne sont pas les victimes d'une société inhumaine qui les rejette. Pour moi, des "jeunes" ne deviennent pas délinquants à cause de leur origine, mais bien parce qu'ils sont mal assimilés et socialement mal intégrés, ce qui ne les réduit pas pour autant à l'état d'innocentes victimes...Reconnaître la "surdélinquance" d'une minorité, ce n'est pas verser dans le racisme, mais au contraire le combattre...Trêve de polémique, laissons le gouvernement travailler sur ces sujets, faire des propositions et tenter de trouver des solutions, mais peut-être certains ont-ils "intérêt" précisément à ce qu'il échoue....

marc d Héré 28/06/2007 11:35

Je vais être à nouveau obligé de supprimer un commentaire qui traite un interlocuteur de raciste et déclare qu'il dit des "conneries"......Il est inadmissible que l'on toienne de tels propos sur le blog.....Je demande à nouveau aux intervenants de défendre leurs idées avec une courtoisie minimum....Et dans ce cas je serai toujours enchanté de leur permettre de s'exprimer sur ce blog.

marc d Héré 28/06/2007 06:15

Merci de ton commentaire Dominique Thomas, merci pour sa serenité et sa qualité....Nous sommes bien là au niveau exigé par   la question  et au niveau de l'article de notre ami Jean-Claude Sommaire..... Je ne crois pas cependant être en total accord avec toi, mais je voudrais y répondre de manière aussi sérieuse que tu l'as fait..... Je vais prendre un peu de temps pour y réfléchir....Merci en tous cas et à bientôt.

Dominique Thomas 27/06/2007 23:16

Cher Marc, Juste quelques précisions avant d'en venir au fond. L'épisode du karcher a existé et c'est cela qui compte, tu peux aller raconter ce que tu veux aux jeunes des cités, ils se sont seniti visés et dès lors le mal était fait. Sans charger la barque, il faut regretter de telles outrances car l'effet est dévastateur sur des gens qui sont à ce point à vif qu'ils sont prêts à se battre pour un regard mal interprété. Un ministre de l'Intérieur devrait le savoir, c'est son boulot.
Je ne suis pas étonnée du peu d'incidents en banlieue le 6 mai au soir. Dans un appel lancé à quelques amis, dont Verel, j'explique au contraire à quel poin nous pouvons nous réjouir de ce calme. Il y avait un risque réel qu'après avoir accepté de jouer le jeu démocratique, ces nouveaux votants ne se disent que leur vote n'avait finalement servi à rien et qu'ils renouent avec leur mode d'expression habituel, la violence. Les jeunes ne se sont pas révoltés mais ils se sont abstenus aux législatives, c'est cela que j'ai remarqué, et je le regrette. Non pas pour "ma candidate" (est ce censé être une insulte ?) mais pour la démocratie.
Quant au fond, honnètement Marc, où as-tu vu l'amorce d'une réflexion ou d'une mesure en faveur de l'intégration ? Il ne s'agit au contraire que d'exclure. Et pas de débat, pas de concernation. Les réponses sont prêtes. Que ce soit le président ou le ministre, ils les ont annoncées : restriction du regroupement familial, immigration choisie, obstacles supplémentaires à l'obtention des visas, toutes ces mesures vont dans le sens d'une plus grande difficulté à émigrer en France. C'est un objectif annoncé et assumé. Comment penser alors que l'immigration n'est pas opposée à la préservation de l'identité nationale ? Des organisations aussi peu fantaisitses et irresponsables que la CIMADE ou le GISTI se sont inquiétées de la connotation négative de cette dénomination. Huit historiens de la future cité de l'immigration ont solennelement demandé le changement de cet intitulé, sans succès, ils ont démissionné. Ce n'étaient pas de dangereux gauchistes, juste des historiens sérieux, ce pourquoi le pouvoir en place les avait d'ailleurs choisis pour ce travail Alors tous paranos ?

Ce rejet de l'autre est revendiqué et assumé comme tel. Ce serait pour pouvoir mieux s'occuper des présents légitimes. Pourquoi pas ? Mais où sont alors les mesures qui vont accompagner cette meilleure intégration ? Pourquoi ne sont-elles pas pareillement médiatisées ? Tous les démographes savent et disent aujourd'hui que l'immigration sera la solution au vieillissement de nos populations. Alors pourquoi ne pas réfléchir plutôt à ce qui n'a pas marché ? Pourquoi stigmatiser l'étranger quand on sait qu'il viendra payer nos retraites ? Un groupe de travail de l'Ami Public animé par Alain Pérusat avait, en son temps, démontré de façon implacable à quel point on dit des sottises sur les raisons de l'échec actuel de l'intégration. Les Polonais, les Italiens, les Espagnols puis les Portugais savaient-ils tous parler Français en arrivant ? Relis les Ritals de Cavanna … Les États-Unis ne sont pas réputés être faciles d'accès pour les émigrants, mais c'est au moment d'obtenir la nationalité américaine que l'on demande à l'impétrant de faire la preuve de son intégration, pas quand il arrive.

C'est cet ensemble de faisceaux qui démontre qu''aujourd'hui de façon implicite certes mais bien évidente pour tous et surtout les plus concernés, l'immigration est analysée et traités comme un problème pour l'identité nationale. Je m'étonne que tu t'en étonnes.