Gauche, Droite, une distinction inscrite dans l'Histoire

Publié le par Verel

Nous poursuivons la réflexion de Verel sur la Gauche et la Droite.......

Le 19ème siècle est d’abord, en France, celui de la mise en place de la démocratie, qui aboutira en 1877 à la victoire définitive des républicains contre les monarchistes. Le combat est notamment celui de la liberté de la presse et du suffrage universel (à l’opposé du suffrage censitaire, mais sans les femmes qui n’obtiendront le droit de vote qu’en 1945!). La question de la laïcité apparaît pour les radicaux un élément majeur de cette mise en place de la démocratie. La séparation de l’Église et de l’État en 1905 scelle pour eux sur ce point une victoire durable. La gauche républicaine qui de Ledru Rollin à Jules Ferry, s’est battu pour cette démocratie, bascule progressivement à droite entre 1898 et 1919 avec notamment Poincaré (voir Michel WINOCK, « la gauche en France »), par opposition à l’extrême gauche socialiste.

C‘est que la question sociale va faire à son tour l’axe autour duquel s’organise au 20ème siècle le débat droite gauche. Elle est bien sûr présente depuis longtemps, par exemple avec les grèves des canuts en 1831 ou la question des Ateliers nationaux (pour les chômeurs) en 1848. Mais le poids de la paysannerie est tel que les représentants des ouvriers ne peuvent être que minoritaires dans une Assemblée élue au suffrage universel. Au point que la gauche de rupture hésitera à soutenir la suffrage universel en 1848, quand la gauche réformiste pariait sur le long terme et le développement de l’école obligatoire. Les événements donneront raison à la première à court terme, avec l’élection d’une assemblée conservatrice, puis la victoire de Louis Napoléon Bonaparte à la présidentielle puis au plébiscite qui suit son coup d’État Mais la suite de l‘histoire donnera raison à la gauche réformiste

Cette distinction entre deux gauches, l‘une modérée ou réformiste, l‘autre révolutionnaire ou de rupture, est une caractéristique fondamentale de la situation de la gauche en France, au contraire d‘autre pays. M WINOCK en donne deux explications intéressantes.

D’abord la place de l’Église catholique dans notre pays. En 1948, des catholiques font partie des révolutionnaires de février, le régime de Louis Philippe étant assez éloigné de l’Église. Les modérés dominent cette révolution là, lyrique à l’image d’un Lamartine et insistant sur la notion de fraternité. En Juin, après la fermeture des Ateliers nationaux, le 24 juin, des barricades apparaissent, qui seront férocement réprimées par les républicains modérés et le général Cavaignac. L’archevêque de Paris, Mgr Affre sera tué d’une balle en voulant s’interposer entre les deux camps. Mais cette alliance entre la gauche et l’Église n’est qu’une parenthèse dans l’histoire. Les papes du 19ème condamnent la démocratie. En 1850, La droite de Thiers fait alliance avec l’église avec la loi Falloux sur la liberté de l’enseignement. Pendant très longtemps (c‘était encore vrai il y 30 ans), l’appartenance religieuse sera en France un facteur plus explicatif du vote que l’appartenance à une classe sociale. Dans d’autres pays, marqués par le protestantisme comme les pays du Nord de l’Europe, les chrétiens participeront à la création et à la vie des partis sociaux démocrates et s’opposeront généralement aux tentations révolutionnaires violentes et à un marxisme qui fai de la religion l’opium du peuple!

La deuxième explication tient au lien entre syndicalisme et politique. Dans ces pays du Nord, le parti social démocrate est fortement lié au syndicat, quelque soit celui des deux qui a été créé le premier. L’une des conséquences en est que le parti social démocrate est un parti de masse, qui ne compte pas ses adhérents en dizaines de milliers (le parti socialiste comptait 120 000 adhérents il y a trois ans) mais en millions! Cela pousse forcément à la recherche de compromis (ne serait ce qu’une interne!), de mesures opérationnelles et concrètes sans attendre le grand soir. Alors que l’absence de parti de masse permet de croire à une avant-garde du prolétariat, forcément plus consciente des réalités que les pauvres travailleurs aliénés par le travail, l’église, les patrons ou les médias!

Le résultat est que le Parti Communiste Français sera avec l’italien, le principal parti communiste d’Europe de l’Ouest, et qu’il pèsera sur l’ensemble de la gauche, notamment pour afficher un discours de rupture avec le capitalisme. On retrouvera celui-ci au PS lors du congrès d’Épinay en 1971, à une époque où le parti communiste italien entamait la rénovation qui l’a conduit à être étiqueté aujourd’hui au centre gauche, parfaitement à l’aise au sein du gouvernement de Romano Prodi.

De 1945 à 1958, le parti communiste ne descend pas en dessous de 25% des voix. Ce n’est qu’en 1978 que la gauche non communiste le dépasse, avec 24,98% contre 20,61 %. C’est ensuite la longue glissade vers des scores de plus en plus faible pour le PCF, qui se voit menacé et largement dépassé en 2002 par les trotskistes.

Les conditions sont-elles réunies aujourd’hui pour que la gauche de gouvernement, c’est-à-dire essentiellement le PS, s’affirme clairement sociale démocrate? C’est-à-dire clairement qu’elle renonce à la rupture avec le capitalisme et accepte l’économie de marché. C’est-à-dire qu’elle mette ses paroles en conformité avec ses actes? L’échec de Jospin a provoqué dans ce domaine un grand bond en arrière, dont le vote sur la constitution européenne a été le révélateur pour l’opinion.

La difficulté est qu’il ne suffit pas de rejoindre les positions sociales démocrates telles qu’elles étaient à la fin des années 50 (le fameux congrès de Bad Godelsberg où le SPD a fait le choix de l'économie de marché, a eu lieu en 1959) ou même des années 60. Depuis le monde a changé, les défis auxquels étaient confrontés les politiques aussi, ainsi que les réponses trouvées par les partis sociaux démocrates du Nord.

En effet, le mouvement permanent vers la gauche s’est peut être arrêté vers le milieu des années 70, sans qu’on en est eu conscience en France, où les partis de gauche rêvaient de rupture avec le capitalisme grâce aux nationalisations. Mais avant d’examiner cet arrêt éventuel, il faut revenir aux évolutions économiques et sociales du 20ème siècle.

Verel

http://verel.typepad.fr/verel

Publié dans Réflexion politique

Commenter cet article