La fable des effets pervers

Publié le par Jean-Louis Caccomo

A peine Nicolas Sarkozy s’empresse de tenir ses promesses, rêvant d’une France de propriétaires, d’entrepreneurs et de travailleurs libres, et la polémique sur la défiscalisation des intérêts des emprunts immobiliers bat déjà son plein, sur fond d’analyses savantes tandis que François Hollande s’inquiète de la disparition d’une durée légale du travail qui offrirait aux français la « liberté de travailler ». Dans ce vacarme où se côtoient la mauvaise foi et l’aveuglement volontaire, les fameux « effets pervers » sont notamment montrés du doigt par les économistes officiels. Personnellement, ce débat m'exaspère surtout quand on sait comment les modèles macroéconomiques, sur lesquels s’appuient les experts, sont insidieusement orientés. Ces modèles sont d’ailleurs pareils aux modèles climatiques formatés pour produire des résultats qui sont déjà contenus dans des hypothèses qu’il serait malvenu de discuter. Au demeurant, aucun de ces éminents experts n'avait trouvé à redire à l’occasion du vote de la loi sur les 35 h ou de la mise en place de l’I.S.F. dont on mesure pleinement les effets catastrophiques aujourd’hui.

 

On sait déjà depuis Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat et Adam Smith que, quand les responsables politiques interviennent dans l'économie, il y a nécessairement des effets que les sages considèrent comme logiques quand les ignorants ou les pseudo-savants les qualifient de « pervers ». Le qualificatif « pervers » vient seulement du fait que ceux qui interviennent ne les avaient pas prévu, ce qui est une indication de notre ignorance. C’est un peu comme le hasard en physique : existe-t-il intrinsèquement ou n’est-il que la limite de nos connaissances ? On peut toujours postuler, comme hypothèse de travail, l’existence d’un régulateur bienveillant et omniscient ; dans la réalité, une telle entité est une chimère. Par principe de précaution, auquel les responsables politiques semblent si attachés, on ne devrait donc pas intervenir dans l'économie lorsque l'on n’est pas en mesure de prévoir la somme infinie des effets qui vont se déployer... et qui se retournent souvent contre l’objectif initialement visé.

L'argument évoqué dans la polémique en cours (hausse des prix, hausse des loyers) pourrait prêter à sourire s’il n’était pas l’indicateur de la mauvaise foi ambiante. Souligner l’éventualité de la hausse des prix ou des loyers, c'est arrêter arbitrairement – et pour les besoins de la polémique - la chaîne des effets et conséquences. Tout marché fonctionne sur le principe d'une dynamique d'ajustements sans fin entre prix et quantités. Si on prend une mesure dont l'effet est d'accroitre le pouvoir d'achat des ménages, et si les ménages utilisent ce pouvoir d’achat retrouvé, cela aura pour effet normal d'accroitre la demande (et l’épargne). Si la demande augmente, l'offre étant donnée, le prix augmente normalement (mais pas nécessairement lorsqu'il y a une offre disponible). Ce n’est pas un effet pervers, c’est normal ! D’autant que l'augmentation du prix n'est pas en soi une mauvaise chose. L’augmentation des prix, c'est le signal qui va provoquer à son tour une réaction de l'offre. Si le prix monte, cela incite les offreurs à accroitre les capacités offertes sur le marché, ce qui était l'objectif de la mesure initiale.

 

C’est pourquoi tous les pays qui ont supprimé la liberté des prix sont entrés dans une économie de pénurie. Dans une économie de liberté, il faut accepter la première règle fondamentale du fonctionnement des marchés : pour que les quantités s’adaptent, les prix doivent être flexibles. Sur certains marchés, les prix vont parfois baisser (ce qui va inquiéter les producteurs) tandis que sur d’autres marchés, les prix seront amenés à monter (ce qui va affoler les consommateurs). Que telles évidences fassent encore débat au pays des Lumières nous montre tout le chemin qui reste encore à parcourir. Il reste que le chemin parcouru en quelques semaines est d’ores et déjà impressionnant : hier la droite française, intimidée par une gauche arrogante, était qualifiée de « droite la plus bête du monde ». En composant un gouvernement d’une rare modernité, en redonnant le moral aux Français désormais dans l’attente (ce que les élections législatives ont magistralement confirmé), Nicolas Sarkozy a rendu sa fierté à la droite française tandis que nous assistons à l’agonie de la gauche la plus archaïque du monde.

 

Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Economie et social

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jlg 14/06/2007 22:10

je pensais tellement à Rutebeuf que je l'ai pris pour Villon

jlg 14/06/2007 21:54

un petit tour ce soir sur ce blog en souffrance...comme disait Villon que chantait Ferré, d'Héré: " que sont mes amis devenus..."ce blog triste et désert fut pourtant si vivant et porteur d'espoir...me vient une autre référence poétique..." le fossoyeur" que nous chantait Brassens...pendant ce temps, 1% colle pour Arno, celui de la 8ème, pas le chanteur-poète belge...

Tremendo 14/06/2007 18:32

La dédution de l'impot sur les intéret de l'emprunt immobilier est une baisse de l'impot, tout libéral peut s'en féliciter, mais il en revient que si la demande va augmenter, l'offre non.

Le marché de l'immobilier n'est pas comme le marché du bien de consommation, il est plus réglementé et surtout l'offre ne s'adapte pas aussi facilement à la demande, construire un immeuble prend plus de temps qu'un portable, ce marché n'est pas aussi flexible. Les prix vont donc augmenter.

De plus c'est une petite mesure de rien du tout, il aurait mieux fallu, libérer les contraintes de construction en libérant le foncier et donc en flexibilisant l'offre ; ainsi que l'accession à la propriété en supprimant certais droits de propriété honteux (droits de mutation, successions...)et les démarches administratives pour acccéder à la propriété.

De plus, cela va creuser le déficit, puisqu'une réduction de dépense n'est pas réalisé par ailleurs.
Et je suis pourtant libéral, et je dis que Sarko a faux.

peaceonearth 13/06/2007 13:19

J'avoue que je comprends mal cet optimisme de la part d'un libéral, cela ressemble plus à un esprit revanchard.Comment se réjouir quand l'action de la droite consiste à adopter des nouvelles mesures qui visent à atténuer les effets d'autres mesures ?L'interventionnisme de l'Etat ne cesse de croître tout comme le déficit. La droite fanfaronne, mais déjà le coût de sa politique dispendieuse (au moins autant que celle de la gauche) l'oblige à envisager une hausse des impôts.Pourtant cela ne faisait pas partie du programme ? Une autre fable sans doute.