Tourisme et prospérité

Publié le par Jen-Louis Caccomo

Dans toutes les périodes de renaissance de l’histoire humaine, lorsque la paix et la prospérité furent heureusement combinées, les voyages se sont développés autant pour le besoin des commerçants, des affaires et des échanges que pour satisfaire la curiosité des savants et la soif de connaissances des grands chercheurs et explorateurs. Dans ce contexte, les frontières s’affirment pour plutôt définir les identités (nationales, culturelles, conceptuelles, géographiques…) que pour séparer et opposer les hommes et les femmes qui nourrissent toutes les dimensions de cette diversité (nationale, culturelle, conceptuelle, géographique…). Le tourisme, comme l’économie, se nourrit pour mieux les transcender de toutes ses frontières . Il existe par ailleurs un lien profond entre la situation géopolitique d’un espace donné, les conditions économiques qui prévalent dans ce même espace et le sort des activités touristiques. C’est pourquoi le secteur touristique est un champ d’application passionnant pour l’analyse économique et que j’ai voulu consacrer un manuel, dans une perspective positive et libérale, à ce qu’on dénomme, de façon souvent réductrice et péjorative en France, l’économie du tourisme . 

L’expérience montre que les dotations naturelles (climat, environnement) ou historiques ne peuvent suffire à consolider une économie autour des seules activités touristiques. Le patrimoine historique de l’Egypte compte parmi les sites touristiques les plus fantastiques et les plus visités dans le monde. Pourtant, le tourisme en Egypte est régulièrement perturbé par les conflits qui frappent le Proche-Orient de manière récurrente. Bien avant de devenir la région la plus visitée dans le monde au titre du tourisme international, l’Europe fut elle-même le théâtre de conflits multiples et ancestraux, et notamment de deux guerres mondiales. La réconciliation franco-allemande fut la condition de la cessation définitive de ces luttes suicidaires qui ont tant coûté à la prospérité européenne. Depuis, l’Europe a pu bénéficier d’une période de forte croissance économique dans les années 60. C'est à partir de ce moment là que l’Europe est devenue un acteur majeur du tourisme international dans lequel l’axe franco-allemand joue un rôle pivot. En effet, l’Allemagne est le premier pays émetteur de touristes internationaux, ce qui lui assure une place privilégiée dans l’industrie du tourisme, tandis que la France est la première destination mondiale, ce qui lui garantit un rôle tout aussi central dans les services touristiques.

 

Ainsi, le développement du tourisme est un des fruits et une dimension de la prospérité économique. De ce point de vue, la restauration de la paix et la mise en place de cadres institutionnels propices au développement d’un Etat de droit sont la condition du retour de cette prospérité. Dans cette perspective, il y a encore de trop nombreuses régions dans le monde, notamment en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, au Proche-Orient et en Europe de l’Est, qui subissent les ravages des conflits géopolitiques, de la corruption étatique et de l’instabilité institutionnelle. Mais ces régions du monde sont autant de gisements potentiels pour le tourisme international. Depuis l’effondrement de l’économie soviétique, on voit grandir le flux des touristes en provenance de la Russie ; de même, la fréquentation des touristes chinois dans la capitale française est en progression régulière. On ne peut donc que souhaiter, pour ces pays, une normalisation des conditions politiques et institutionnelles, qui est toujours le préalable à toute croissance économique viable. Lorsqu’elle aura lieu, il y a fort à parier que le tourisme international connaîtra une nouvelle explosion. De ce point de vue, le tourisme est bien un secteur d’avenir mais il est dommage que les économistes français n'accordent pas à ce domaine toute l'attention qu'il mérite, surtout que la position française est loin d'être assurée.

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

 

Publié dans Société

Commenter cet article

peaceonearth 12/06/2007 17:27

Le tourisme n'est pas un secteur d'avenir en soi. Pour l'être, il doit s'appuyer sur une réalité économique et sociale locale, un réel développement.L'industrie du tourisme est de plus pourvoyeuse de pollutions en tout  genre : déchets, mode de consommation inadaptée, projets irrespectueux de l'environnement, consommation importante d'eau, d'électricité, de pétrole, constructions monstreuses en béton, ...Tout cela ne vaut que pour du moyen terme, à long terme cette industrie là est condamnée si elle n'effectue pas des mutations profondes.