La secte heureuse de la social-médiocratie

Publié le par Claude Askolovitch

anti_bug_fckSi les socialistes siflent Jospin, il n'y a plus qu'à tirer le rideau

Ca m'a fait drôle d'entendre ça, l'autre soir au Zénith, quand le pauvre Patrick Bloche, chef des socialo-parigots, a annoncé qu'il allait lire un message de Lionel Jospin. Alors, ça a sifflé. Et pas qu'un peu. Bien sifflé, depuis les rangs de la ségolénie. Ca a sifflé, puis des bonnes âmes ont chanté, "tous ensemble tous ensemble socialistes", slogan de footeux retraité plus souvent par le PC à l'agonie que par les socialos -mais le vocabulaire indique l'état de santé d'un parti qui est le seul que la gauche ait en magasin ces temps-ci, et c'est inquiétant.

Ca a sifflé Jospin, dans une réunion de socialos formatée "embrassons-nous folleville", réconciliation éléphantesque au programme pour bien lancer les législatives, et ben, c'est réussi! La presse, adorable la presse, n'a pas insisté sur cette séquence. Elle en dit pourtant trop sur l'état de la social-médiocratie française, en crise idéologique, morale, comportementale, politique, jusqu'aux frontières de l'indécence.

Il leur a fait quoi, Lionel Jospin, aux socialistes? Il les a repris quand ils étaient au fond du trou, il les a sauvés en 95, il leur a donné une assise programmatique, il les emmenés au pouvoir, il a gouverné cinq ans, il a donné la moins mauvaise idée possible d'une gouvernance social-démocrate, et il n'a emmerdé personne pendant cette présidentielle, il n'a pas dit du mal de Ségolène, alors qu'il en pensait!, il a été gentil et discret. Et c'est comme ça qu'on le remercie? Et qui sont-ils, ces apprentis politroucs qui accrochent des posters d'une non-présidente dans leur chambre d'enfants, pour siffler Jospin?

Bien sûr qu'il a des défauts, le Lionel! Il est parti en 2002, il aurait voulu revenir, il n'a pas pu, il y a renoncé, ça l'a vexé. Il est orgueilleux. Et il a été trotskiste et taupe, aussi, ce qui est plus sérieux. Et il est certainement insupportable et imbuvable de raideur et de constance et de conscience de soi. Bien. Et alors? Il était déjà tout ceci, orgueilleux, et raide, et ci-devant trotsk, et en ayant menti, quand les socialistes, qui ont le culte du chef et le respect de l'autorité, l'applaudissaient à,tout rompre, il ya cinq ans! Et ce n'est ni pour ses mensonges, ni pour son orgueil, qu'ils l'ont sifflé au zénith. Ils l'ont sifflé pour Elle, et sans doute ne l'a-t-elle même pas demandé.

Ils l'ont sifflé pour Ségolène. Pour elles, ils en feraient des choses! Ils l'ont siffé parce qu'il n'est pas de la bande. Il n'est pas ségoliste. Pas l'un d'entre eux. Le contraire même du ségolisme, lui qui ne croyait qu'aux programmes, au possible, au concret, aux scrupules de l'écrit...

Non, il n'est pas de la bande, Jospin. Pas de la secte? Tout de suite les grands mots! Mais l'adoration mystique greffée sur un déni de réalité, c'est quoi, en gros? La transmutation du langage, la translation de vocabulaire, ne jamais dire 46,9% mais 17 millions de voix, et se convaincre qu'on a gagné quand on a salement perdu, c'est quoi, sinon un enfermement pathologique? Cela, plus la mise en enfer des contrevenants à la juste adoration (lisez et relisez "la femme fatale" du duo bacqué-chemin), de Hollande à Strauss-Kahn aujourd'hui, lui aussi sifflé puisqu'il est le rival de la dame, et qu'il a dit défaite, et comment ose-t-on dire défaite, et comment ose-t-on disputer à l'Incontestable le leadership du Parti, comment ose-t-on même exister hors de Son évidence?

C'est un âge nouveau que les partisans -allez, certains, pas tous, mais ce sont eux que l'on entend, et qui sifflent- de Ségolène veulent instaurer. Un âge de sainte communion, dans l'amour de la cheffe, et les réfractaires seront chassés du sein de l'Eglise. Et ni leur âge, ni leur valeur, ni leurs travaux passés, ni leur compétence, ni leur dévouement, ne seront des excuses. Il faut entendre, chez les troupaillons ségoliens, l'envie de table rase, d'autodafé politique! C'est un processus fascinant, que cette attribution de la défaite à tous sauf à elle, à tous sauf à ses manques, à tout sauf à ce qu'elle inspirait, aussi, comme refus. Processus fascinant de voir des socio-démocrates virer Amok, théoriser, tels des nationaux allemands après 18, l'idée du coup de poignard dans le dos, chercher les traîtres pour ne pas s'interroger sur soi-même, préparer les pelotons, pour que s'installe comme gagnante celle qui a perdu...

Et c'est ainsi que Jospin est sifflé.

Précisons enfin. Ségolène Royal sera peut-être chef du PS et de l'opposition. Et elle sera, si ça se trouve, élégante et efficace, alors, et fera travailler la gauche sur le fond, comme Jospin justement, entre 96 et 97. Mais ce qu'elle inspire, comme adulation sectaire, ce qu'elle provoque, comme lynchage des opposants, est tragique, et aussi pour elle. La meilleure chose qui puisse lui arriver, c'est qu'elle amène ses troupes à sortir de ce délire fantasmagorique, à retrouver les chemins de la simple politique, du débat d'idée, et de la décence. Qu'elle revienne sur terre, où il y a du boulot. Et que les siens comprennent, quand ils scandent à en perdre les cordes vocales "merci Ségolène", que remercier Lionel aussi ne leur arrachera pas la gueule, ni ne repoussera d'un jour la date de la rédemption. 

Claude Askolovitch

A lire sur http://www.aklipolitique.com

Publié dans Vie politique

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Marc d HERE 04/06/2007 08:12

Mais non tu n'es pas rocardien, cher Bouquery.....J'ai peur que tu ne t'abuses.....Et je sais que tu n'aimes pas que nous critiquions le PS, mais nous ne le faisons pas tant que ça.....Certainement moins de 10% des articles....Cela dit, prétendre que nous ne donnons pas d'arguments ou ne faisons pas de propositions.....Le blog en est rempli et on ne peut pas nous reprocher de refuser de  traiter le fond....J'appréce beaucoup l'humour et le tien en partiulier....Tu le sais bien...Une dernière remarque: encore des expressions comme catéchumènes, culte.....Un " fond  non assaini"?....

bouquery 04/06/2007 08:02

Quelle splendeur ! Enfin démasqué 2 fois/semaine sur ce blog comme néo PC/sectaire (bientôt lubrique ?), qui me croyais rocardier depuis 45 ans, je questionne: pourquoi ce manque de sérénité, pourquoi tant d'énergie à commenter le passage du corbillard d'à côté, pourquoi cette absence de proposition ou d'argument, pourquoi la peur de l'humour? Et je me dis que chez des gens cultivés les neurones ne font que sommeiller; que même 578 UMP députés et le Sénat ne suffisent pas à arbitrer complexité de la société et contradictions des forces qui soutiennent le pouvoir. Quand il est temps de chercher le faisable-acceptable les KT chumènes devront voir que "le chef" n'a pas seulement besoin d'un culte.  jmb