PS: le rude chemin de la rénovation

Publié le par Yves Meny

Bien que les résultats obtenus par Ségolène Royal aient été plus qu'honorables, la gauche en général et le Parti socialiste en particulier sortent KO de la joute présidentielle. L'état d'esprit au parti socialiste rappelle celui des législatives de 1986 lorsque, sur fond d'imagerie populaire (le grand vilain méchant loup), les socialistes affichaient le slogan : « Au secours, la droite revient ».

Le contexte est pourtant différent : François Mitterrand était aux commandes et la présidentielle se profilait à l'horizon de 1988. Aujourd'hui, la gauche émiettée, divisée, abasourdie, part battue au combat et n'adresse aux électeurs qu'une modeste supplique : que la victoire des partisans de Nicolas Sarkozy ne soit pas trop belle !

L'échec des deux derniers candidats socialistes cache un malaise beaucoup plus profond, celui du Parti socialiste en particulier et de la gauche en général. Ni les uns ni les autres n'ont su tirer les leçons des trois échecs de 1995, 2002, 2007, auxquels s'ajoute la calamiteuse gestion du référendum sur le traité constitutionnel  européen.  Les  succès  aux élections municipales, régionales ou européennes, ces dernières années, n'ont pas été interprétés pour ce qu'ils étaient : pour partie le résultat des mécanismes électoraux et de la division de la droite, pour partie l'expression du mécontentement à l'égard de Jacques Chirac et de ses gouvernements, mais pas l'adhésion à un programme.

Car tel est bien le coeur du problème : le Parti socialiste n'a pas eu le courage de se rénover, alors que le contexte économique, social et idéologique mondial se modifiait radicalement. Pour ne mécontenter personne, le PS s'est contenté de se faire le porte-parole de toutes les revendications sectorielles et des droits acquis, sans proposer une « vision du monde » capable d'offrir une alternative à la droite.

Sans s'en rendre compte, le Parti socialiste est devenu un parti conservateur. Abandonné par les classes populaires, peu convaincant pour les classes moyennes, il n'a échappé à la débâcle que grâce aux remords de la gauche extrême qui, par crainte d'un retour de Le Pen, s'est précipitée dans le vote utile. Le premier tour de la présidentielle a été une journée de dupes : les extrêmes se sont ralliés à Ségolène Royal et une partie des modérés, qui auraient dû être séduits par la candidate socialiste, lui ont préféré Bayrou.

Le Parti socialiste ne peut plus prétendre gouverner comme un parti social-démocrate, et tenir un discours vaguement anticapitaliste et antimondialiste quand il est dans l'opposition. Il doit faire sienne l'idée que les gouvernements ne peuvent plus gérer l'économie comme une armée, mais qu'il reste d'amples marges de manoeuvre, pourvu qu'on le fasse avec intelligence. Il doit en finir avec la démagogie consistant à considérer que toute revendication, même la plus corporative, est toujours bonne à prendre...

Cette remise en cause radicale ne se fera pas sans crise, mais ce serait une erreur historique que de se voiler la face en prétendant que les vieilles vérités ont toujours cours ou en se contentant d'attendre que montent les inévitables mécontentements liés aux réformes du gouvernement Fillon.

Il est essentiel que se construise en France une opposition moderne, capable de gouverner. La recette est simple, même si le chemin est rude : il faut que le PS fasse à gauche ce que Nicolas Sarkozy a su faire à droite, c'est-à-dire regarder le monde en face, en tirer les conclusions et redevenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, c'est-à-dire un parti réformateur.

Yves Meny
Président de l'Institut universitaire européen de Florence.

 

Publié dans Vie politique

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marc d HERE 20/07/2007 13:01

L'ex-eurodéputé socialiste Olivier Duhamel, membre du "comité de réflexion" sur la réforme des institutions, a balayé vendredi les reproches faits à gauche sur la participation au comité, accusant leurs auteurs de "sectarisme".Sur Europe 1, il a indiqué qu'après une première réunion d'organisation jeudi, le comité de 13 membres mis en place par Nicolas Sarkozy allait tenir sa première réunion sur le fond mercredi prochain.A propos de la réaction à gauche à la présence de socialistes dans ce comité, il a souligné que les reproches adressés font "beaucoup de peine pour les gens qui les ont formulés" parce que "cela prouve qu'ils vont mal" et donc qu'ils "resombrent dans le sectarisme"."Dans n'importe quelle démocratie, quand on prépareune réforme des institutions, on le fait au-delà des clivages partisans", a-t-il ajouté, parlant de "réflexe d'un autre temps et d'un autre âge". "Ils feraient mieux de jouer leur rôle d'opposants et de s'occuper du fond et des problèmes sociaux, que de venir emmerder leurs propres troupes", a dit l'ex-député européen.

marc d HERE 20/07/2007 13:01

L'ex-eurodéputé socialiste Olivier Duhamel, membre du "comité de réflexion" sur la réforme des institutions, a balayé vendredi les reproches faits à gauche sur la participation au comité, accusant leurs auteurs de "sectarisme".Sur Europe 1, il a indiqué qu'après une première réunion d'organisation jeudi, le comité de 13 membres mis en place par Nicolas Sarkozy allait tenir sa première réunion sur le fond mercredi prochain.A propos de la réaction à gauche à la présence de socialistes dans ce comité, il a souligné que les reproches adressés font "beaucoup de peine pour les gens qui les ont formulés" parce que "cela prouve qu'ils vont mal" et donc qu'ils "resombrent dans le sectarisme"."Dans n'importe quelle démocratie, quand on prépareune réforme des institutions, on le fait au-delà des clivages partisans", a-t-il ajouté, parlant de "réflexe d'un autre temps et d'un autre âge". "Ils feraient mieux de jouer leur rôle d'opposants et de s'occuper du fond et des problèmes sociaux, que de venir emmerder leurs propres troupes", a dit l'ex-député européen.

jlg 14/06/2007 22:09

je pensais tellement à Rutebeuf que je l'ai pris pour Villon

jlg 14/06/2007 21:56

un petit tour ce soir sur ce blog en souffrance...comme disait Villon que chantait Ferré, d'Héré: " que sont mes amis devenus..."ce blog triste et désert fut pourtant si vivant et porteur d'espoir...me vient une autre référence poétique..." le fossoyeur" que nous chantait Brassens...pendant ce temps, 1% colle pour Arno, celui de la 8ème, pas le chanteur-poète belge...

Jean-Charles 14/06/2007 11:32

Par rapport à vos différentes reflexions sur l'avenir du PS et de la pensée dite de gauche, que peuvent ammener des partis comme le Nouveau Centre ou le Modem, à part remplacer dans le paysage politique les radicaux de droite et de gauche ?Bonne continuation à vos reflexions toujours intéressantes