Les incendiaires

Publié le par Jean-Louis Caccomo

La semaine dernière, un quarteron d’étudiants a tenté de bloquer l’université de Tolbiac. Dans la foulée, les leaders syndicats ont mis en garde le nouveau président. Autrement dit, la farandole bien connue, qui consiste à bloquer toute réelle alternance en empêchant un gouvernement légitime de gouverner, a déjà commencé. C'est précisément ce rituel qui bloque tout changement depuis trente ans, nous conduisant aujourd'hui au bout d'une impasse.

 

Il est vrai que la France n’est pas l’Amérique. Par certains aspects, c’est bien regrettable. Car la façon d’envisager la démocratie par certains français est digne de l’exception culturelle qui constitue l’alibi des républiques bananières. Puisque le candidat issu des urnes ne me convient pas, alors je provoque des émeutes, j'en appelle à la grève ou je bloque des universités. Telle est la conception de la démocratie revue par certains étudiants adeptes des grèves préventives ou autres leaders syndicaux qui n’existent pourtant que du fait d’un monopole qu’il convient aujourd’hui de revoir.

Aux USA, après des campagnes électorales souvent virulentes qui opposent deux grands partis de gouvernement qui auront pris soin d’organiser des primaires chacun de leur côté, le perdant appelle au rassemblement de la nation derrière son nouveau président une fois les résultats proclamés. Et le premier geste du nouveau président est de jurer qu’il sera le garant de la Constitution des Etats-Unis, texte fondateur derrière lequel tous les américains se retrouvent et s’unissent par delà leur diversité et leurs différences.

 

En France, certains étudiants ne comprennent toujours pas que seuls les travailleurs sont en mesure de déclarer et faire une grève dans la mesure où ils ont un travail et sous la condition qu’ils respectent le droit de circulation et la liberté de travailler de ceux qui ne font pas grève. Faut-il leur rappeler qu’un étudiant n’est pas encore un travailleur, et il ne le sera jamais s’il ne se donne pas la peine de choisir des filières d’enseignement supérieur qui lui apporteront une réelle qualification ? Rien que pour rappeler ces notions essentielles à l’éducation de nos enfants, il est urgent de rétablir les cours d’instruction civique dans nos écoles.

Par ailleurs, si le droit de grève est un droit légitime, le concept de « grève préventive » en est une dérive bien douteuse, issue d’une lecture extensive du principe de précaution.

 

L’autonomie des universités est une promesse du candidat Sarkozy. Partout dans le monde (libre), l’autonomie des universités est l’expression - et la garantie - de la liberté de l’enseignement supérieur, mais une liberté dans la responsabilité, celle-là même qui effraie nos anarchistes assistés. C’est d’ailleurs un véritable tour de passe-passe que de compter chez nous des anarchistes prompts à se révolter dès que l’on parle d’autonomie…Charme de l'hexagone en décalage !

On ne peut plus développer en France des formations parking qui condamnent les étudiants au chômage au frais du contribuable : on plume ainsi les parents pour duper les enfants ! Dans le monde entier, les universités sont libres de proposer les formations qu’elles désirent du moment que ces formations s’autofinancent. Et elles s’autofinanceront dans la mesure où les bénéficiaires directs de ces formations universitaires – les étudiants, les fondations, les collectivités locales et les entreprises - seront disposés en assumer le coût. Ces derniers seront d’autant plus disposés à en assumer le coût qu’ils considèreront que ces formations constituent un investissement pour eux, c’est-à-dire qu’elles apportent une réelle qualification, donc un emploi et une perspective de carrière pour l’étudiant, des compétences et des perspectives de résultats pour l’entreprise.

 

D’ailleurs, ce qui est valable pour l’université l’est aussi pour les syndicats. Dans un pays libre, la liberté de fonder des syndicats doit se traduire par l’existence de syndicats libres mais indépendants. Ici comme ailleurs, la liberté implique la responsabilité, ce qui est la condition d’une représentativité vraie de syndicats réellement impliqués au développement des entreprises. Au nom de quoi le contribuable doit-il maintenir sous perfusion des universités qui condamnent la jeunesse française au chômage structurel et des syndicats qui bloquent l’économie du pays ? L'ignorance ou le masochisme ? Les élections ont montré que les français voulaient en finir avec les deux !

 

 Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Vie politique

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Simon 18/05/2007 14:07

Je ne suis pas d'accord avec une certaine pensée contenue dans cette tribune, même si j'admets volontiers un certain nombre de point, comme la débilité de la grêve "préventive" (ils auront bien le temps bientôt), ou le fait que le rôle de l'Université et sa structure doit évoluer.Je ne pense pas que l'Université doivent uniquement servir à former des travailleurs. L'université doit préparer au monde du travail et donc à l'insertion professionnelle, et l'orientation devient un enjeu fondamental pour éviter l'engorgement de filières bouchées. Mais certains filières ne seront jamais rentables et pourtant, il convient de les maintenir : que penser de l'histoire de l'art, de l'anthropologie, du droit constitutionnel ... ? On ne doit pas les supprimer, même s'il est vrai que nous ne devons pas former 100 000 personnes en Bac+5 tous les ans dans ces filières.

violaine 16/05/2007 15:21

Je me permets de mettre un commentaire sans rapport avec votre blog, mais l'une de mes amies ayant besoin d'une greffe de moelle, nous faisons le tour des blog pour laisser ce message  : le don de moelle osseuse est un geste simple et peu douloureux, mais étant méconnu en France, il y a peu de donneurs. Pourtant, ceci pourrait permettre d'aider beaucoup de personnes. Je laisse l'adresse d'un blog grâce auquel vous pourrez avoir tous les renseignements nécessaires : meloddehh.skyblog.com. Essayez de faire passer le message autour de vous.Merci de votre attention.

peaceonearth 16/05/2007 10:02

La recherche fondamentale est un travail, et il n'y a pas lieu de la séparer de la recherche appliquée, en pretextant que l'une serait bonne et l'autre mauvaise. Les 2 sont liés, il ne peut y avoir de recherche fondamentale sans recherche appliquée, l'une a besoin de l'argent de l'autre.Créer du savoir, c'est bien, mais il faut aussi permettre à ceux qui savent d'utiliser leur compétences de façon à pouvoir se sentir utile à eux même (en gagnant leur vie) et à la société (en participant à la production). Cette vision idéalisée du savoir et de l'université ne mène nul part.

Bastien Gaudray 15/05/2007 18:33

Tout dépend de quelle autonomisation nous parlons. Si cette autonomisation consiste à laisser les universités collecter leurs fonds auprès des entreprises privées, il y a fort à parier que la condition d'un financement sera celle d'une recherche directement applicable et qui induise des retombées économiques rapides.C'est en tout cas l'enseignement que l'on peut tirer des tentatives de partenariats publics/privés qui ont pu exister dans le domaine de la recherche. N'oublions pas que ces dernières années, le pouvoir financier (dividendes des actionnaires) a largement pris le dessus par rapport au pouvoir de production (masse salariale) et le développement de l'entreprise (investissement). Il n'y a plus beaucoup de politique entrepreneuriale à long terme. Dès lors, je ne vois pas qui investirait dans la recherche fondamentale.Ce défaut est d'ailleurs un particularisme français : comparez les investissements dans la R&D en France par rapport aux autres pays... il faudra commencer par un changement des mentalités.Bien cordialement

Jean-Pierre 15/05/2007 14:45

Bastien, les pays où les universités sont autonomes ne pratiquent pas de recherche fondamentale ? Franchement, vous m'étonnez !