Il y a urgence, camarades, à laisser souffler un peu de blairisme en nous...

Publié le par Jean-Marie Bockel

Jean-Marie Bockel – Journal du Dimanche – édition du 13 mai 2007

Il y a dix ans, en 1997, à quelques mois d'intervalle, Tony Blair et Lionel Jospin accédaient au pouvoir. En 2007, le premier ministre travailliste rend son tablier après avoir été élu trois fois de suite. De son côté, la gauche française essuie une nouvelle défaite. Elle sait déjà qu'au mieux, de Chirac à Sarkozy, l'alternance prendra dix-sept ans.

Bien sûr, Tony Blair part en ayant été usé par le pouvoir. Un destin que la gauche française, volontiers distante ou critique, n'aura jamais vraiment eu le temps de connaître : il aurait pour cela fallu qu'elle soit capable de prendre le pouvoir efficacement et de gouverner durablement. Le blairisme, c'est d'abord cela : la rénovation à marche forcée de la gauche et la conduite d'une politique progressiste adaptée au monde d'aujourd'hui.

Pendant que nous gouvernions, brièvement, à rebours de nos discours, les travaillistes osaient dire ce qu'ils allaient faire et procédaient en amont du pouvoir à leur aggiornamento idéologique. Ils renouvelaient ainsi leurs outils et inventaient de nouveaux leviers pour l'action politique. Pendant que nous passions (et passerons peut-être) nos longues années d'opposition à des affrontements stériles de clans et de personnes, cherchant le plus petit dénominateur commun, récitant des dogmes et maniant les solutions du passé, les travaillistes gouvernaient et changeaient la société.

Ils réconciliaient l'efficacité économique et le progrès social. Ils rendaient possible une forte croissance, atteignaient le plein-emploi, organisaient une meilleure redistribution sociale (salaire minimum et lutte contre la pauvreté) et réalisaient un investissement sans précédent dans les services publics.

Voilà le visage du travaillisme moderne, de la gauche, lorsque, sans renoncer à ses ambitions de justice et de cohésion sociale, elle affronte les réalités d'une économie ouverte et d'un monde d'échanges.

Les ingrédients de la réforme, du succès économique et social, sont connus : réconcilier les libertés et les solidarités, responsabiliser, allier la production et la redistribution, mettre en mouvement la société et les territoires, assumer la nécessité des règles, n'accorder les droits qu'au regard des devoirs.

Combien de défaites nous faudra-t-il pour en faire le coeur de notre doctrine et de notre pratique ? Combien de temps seront tenus pour hérétiques ceux qui portent les couleurs de cette gauche décomplexée car moderne ? Valait-il mieux perdre, et reperdre, sans toucher à ses certitudes, ou plutôt gagner en osant un peu de cette troisième voie que nous étions quelques-uns à porter depuis... dix ans !

Les nombreux électeurs de gauche qui se sont portés sur François Bayrou, voire sur Nicolas Sarkozy, ne disent rien d'autre : nous voulons un socialisme du temps présent, attentif à la production des richesses, réformateur et pragmatique.

Il y a urgence, camarades, à laisser souffler un peu de blairisme en nous !

A Ségolène et à Dominique, à tous ceux qui portent la gauche nouvelle, j'ai envie de dire: lâchez-vous, allez au bout de vos audaces, unissez-vous et travaillons ensemble !

Sortons une fois pour toutes des ambiguïtés doctrinales, des luttes de factions, de l'éternel retour des mêmes, toujours perdants. Soyons un parti de masse, ouvert sur la société, force de travail et de proposition, professionnalisé et rénové dans son expression. Un parti capable de décider d'une ligne politique claire et se donnant tous les moyens de la rénovation et du succès.

Un peu de Blair, pour que les socialistes français en finissent avec leur masochisme et conjuguent à nouveau la politique avec l'exercice des responsabilités et la transformation sociale. Un peu de Blair, pour transformer notre chant du cygne en chant d'espérance.

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Le Journal du Dimanche

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Marc d HERE 16/05/2007 07:56

Je pense qu'il est bien tard pour le PS....Les sociaux liberaux et les sociaux démocrates modernistes auront-ils le courage de provoquer la rupture?.....J'ai peur que non et le PS se dirigera alors vers une nouvelle SFIO......Tout me laisse à penser qu'il se prépare à une nouvelle synthèse, qui rendra encore moins lisible et moins réaliste son projet....ses divisions, non asumées le minent....ses alliés (verts et maintenant radicaux de gauche)  prennent leurs distances.......C'est ailleurs qu'au PS que les choses vont se passer....IES jouera tout son rôle dans cette rénovation...

Bastien Gaudray 15/05/2007 09:45

Ne pensez vous pas que le renouvellement des cadres du PS, ainsi que des idées ne viendra jamais du PS en tant que structure, et même avec ses militants, mais d'un monitoring sérieux organisé par la société civile ?Si des associations s'organisaient pour mettre en place une base de donnée compilant sans être partisan, les promesses non-tenues et les démélées judiciaires des candidats... et arrivaient à attirer suffisemment l'attention du public pour que les candidats indignes de notre république ne soient jamais élus... alors, il pourrait y avoir un renouvellement des cadres et des idées.

Gilles 15/05/2007 08:09

Le passage ne va pas être facile, car les doctrinaires ont encore trop de pouvoir au PS, un peu comme les centre droit historique de l'UDF dans la création du MODEM.La vérité se trouve peut être entre les deux, un départ souhaité des élèphants du ps ou des mammouths de l'UDF.

Bastien Gaudray 14/05/2007 18:08

@Marc HereLa rénovation peut venir du PS, mais pas de ses éléphants... Il y a du sang neuf au PS, avec des idées, de l'audace et des compétences... pourquoi ne les voit-on jamais ?

Marc d HERE 14/05/2007 16:39

Oui, Jean-Marie;  il faudrait laisser souffler beaucoup de blairisme sur le PS......mais je suis plus que sceptique.....Quand à l'alliance de DSK, bien mou et bien velleitaire, et de la candidate battue, je doute que cela fasse une équipe très performante. et très décidée....Est-ce vraiment au sein du PS que la rénovation peut naître?.....