Jean Arthuis au Figaro: pourquoi je vote Sarkozy

Publié le par Le Figaro du 2 mai

  Article paru dans Le Figaro d'hier, mardi 2 mai.....

Ancien ministre de l'Économie, le sénateur UDF serait « étonné et choqué que François Bayrou fasse le choix de Ségolène Royal ».

 

LE FIGARO. - Que vous inspire le score de François Bayrou ?

 

Jean ARTHUIS. - Ce beau résultat traduit la percée d'un élan central sur l'échiquier politique. Il prouve que les Français souhaitent qu'un dialogue puisse s'engager entre des gens d'horizons différents. Dans le contexte de la mondialisation, nos querelles gauloises ont beaucoup altéré nos chances d'adaptation et de retour à la compétitivité.

 

Quel est l'enjeu du futur parti démocrate que propose François Bayrou ?

 

La question est de savoir si le score de François Bayrou est le fruit d'une conjonction astrale, la conséquence de doutes sur les capacités de Ségolène Royal qui ont libéré une partie de l'électorat de gauche. Ou s'il s'agit d'un mouvement plus profond d'hommes et de femmes qui veulent dépasser les clivages. C'est pour répondre à cette question qu'il faut tenter l'expérience.

 

Qu'avez-vous pensé du débat Royal-Bayrou ?

 

Il a montré qu'on peut dialoguer sans faux-semblant, sans chercher à caricaturer l'autre. Il a souligné des points de convergence sur les institutions, l'impartialité de l'État, la proportionnelle, l'Europe. Mais il a surtout révélé de très profonds désaccords en matière économique, sur les retraites, la durée du temps de travail, la dette publique. A contrario, il a fait apparaître la compatibilité du programme de François Bayrou avec celui de Nicolas Sarkozy. C'est pour cela que je vote Sarkozy.

 

N'y a-t-il pas un hiatus entre les élus UDF et François Bayrou qui s'oriente vers un vote contre Nicolas Sarkozy ?

 

Je ne le suivrai pas sur cette voie. Il ne faut pas donner l'impression de faire de l'anti-sarkozisme. Son vote lui appartient, mais je serais étonné et choqué que François Bayrou fasse le choix de Ségolène Royal. Je préférerais qu'il observe une discrétion totale ou choisisse un vote blanc. Pendant la campagne, nous sommes restés à équidistance de Royal et de Sarkozy. Ce n'est pas pour pencher aujourd'hui vers Royal. Son programme, c'est le tout-État, la généralisation des 35 heures, la fuite en avant dans l'endettement. C'est le décrochage de la France sous anesthésie.

 

Avez-vous eu un contact avec Nicolas Sarkozy ?

 

J'ai eu une conversation téléphonique avec lui la semaine passée. Je lui ai dit que je le soutiendrai, en exerçant mon indépendance et ma vigilance sur le niveau des dépenses publiques et la baisse des impôts. Je lui ai également dit que je souhaitais être partenaire pour la mise en oeuvre de la TVA sociale, dont je considère qu'elle est le levier d'une croissance robuste créatrice d'emplois. François Bayrou n'avait pas écarté la TVA sociale, Ségolène Royal la repousse parce qu'elle n'ose pas briser le tabou, Nicolas Sarkozy, lui, est prêt à la mettre en oeuvre.

 

Avant le premier tour, vous aviez dénoncé les promesses de Nicolas Sarkozy. Maintenez-vous cette critique ?

 

J'ai été étonné par le poids des dépenses qu'il a inscrites à son programme et par les vaines promesses consistant à dire qu'on va baisser les impôts. Ce serait un formidable exploit de parvenir à équilibrer les comptes publics d'ici à la fin du quinquennat. Mon vote en faveur de Nicolas Sarkozy m'autorisera à faire preuve de beaucoup de vigilance sur la politique fiscale et budgétaire.

 

Qu'attendez-vous du débat Royal-Sarkozy ?

 

On connaît maintenant les propositions des deux candidats. J'attends que ce débat soit le révélateur du caractère de chacun, de sa capacité à entraîner et à convaincre.

 

 

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