Que faire si Sarkozy est élu?...

Publié le par Dominique Thomas et Alain de Vulpian

 Une de nos amies, Dominique Thomas, a écrit 
 un soir, à plusieurs d’entre nous pour faire 
 part de ses inquiétudes sur les conséquences  
 d’une élection de Sarkozy……Plusieurs ont répondu,  
 de manière fort différente….. Certains, dont  
 j’étais, ne voyant pas d’un si mauvais œil cette 
 possible élection… 
 Parmi ces réponses, celle du sociologue Alain  
 de Vulpian, me paraît intéressante….. 
 Avec leur accord je publie, la lettre de  
 Dominique Thomas et une des réponses,  
 celle d’Alain de Vulpian 
 Bonsoir,  

 C’est extrêmement désagréable, mais il faut bien admettre que Sarkozy va passer. Bien sûr nous ferons tous jusqu’au bout ce qu’il faut pour éviter ça, mais la dynamique va dans son sens, c’est clair.

 À partir de là, outre l'éclatement prévisible et souhaitable du  PS, à  quoi pouvons nous nous attendre ? L'éventuelle aventure d'un parti démocrate réformiste ? Il  offrira  peut-être une possibilité d'équilibrage aux législatives,  et encore  compte tenu de la composition du groupe parlementaire  UDF, j'en  doute. La logique de ré-élection jouera à fond au  niveau des  arrondissements électoraux et l'on aura donc toutes  les alliances  possibles lors d'éventuelles triangulaires. Mais  imaginons une  éclaircie de ce côté là, il est clair qu'il va  aspirer nombreux  excédés du PS façon Fabius car sauf, j'en doute,  à ce que le PS fasse  sa mue en deux mois, il ne sera pas une  alternative crédible aux  législatives. Un regroupement de tous  les groupes de type Gauche  Moderne ou IES, Convictions, Réunir  etc… rejoindront sans doute et  sans états d'âme ce parti  démocrate. Sans doute l'ont-ils déjà fait  dans leur vote de  premier tour.

Que restera-t-il en face de Sarko ? Pas grand chose.

Comme il l'a annoncé il va commencer par attaquer de front la CGT  à  travers la loi sur le service minimum, qui sera bien vue de  l'opinion  car il y a une réelle absurdité dans cette confiscation  des  transports publics au bénéfice de quelques uns. D'ailleurs  c'était  une des 5 mesures de l'Ami Public et je ne reviendrais  pas sur la  nécessité de cette mesure. Encore y a-t-il la "façon".  et c'est là  que le problème se pose. Ceux d'entre vous qui ont  assisté en 2002 au  colloque de l'Ami Public se souviennent sans  doute du remarquable  échange entre Alain de Vulpian et Roland  Cayrol. Il en ressortait  très clairement que les Français étaient  prêts à de profondes  réformes, qu'ils les savaient inéluctables  et s'y résolvaient à une  condition : qu'elles soient faites de  façon apaisée et juste, dans un  climat de confiance et de  sérénité. C'est un peu ce qu'a tenté de  dire Ségolène Royal  depuis quelques jours, mais cela vient trop tard.  Donc exit les  syndicats, car s'il mène cette épreuve façon Thatcher  et juste  après son élection, il gagnera le bras de fer, c'est évident.

Il se donne 6 mois pour faire passer dans la foulée les lois les  plus  "sensibles" : justice avec les lois sur les multi- récidivistes et les  mineurs, droit du travail avec la  généralisation d'un contrat unique,  "sécurité" avec les lois sur  le regroupement familial, social avec le  début du démantèlement  de la sécurité sociale (cf. ses propositions  sur les  franchises) , etc. Tout cela passera d'autant plus facilement  que  d'une part toutes ces réformes sont de mauvaises réponses à des   questions qui auraient dû être posées et adressées depuis  longtemps  et que d'autre part les syndicats seront KO.  L'exaspération face au  manque de libéralisme économique et social  est réel et offre une base  confortable de soutien populaire. Moi- même, sur certains points, je  dois admettre y retrouver parfois  mes petits…

Il ne faut pas compter sur la presse écrite, parlée, télévisée ou   numérique. Les incidents de ces dernières semaines ont achevé de   démontrer ce que l'on savait depuis le renvoi du Directeur de la   rédaction de Match. Même si je condamne les aspects ragots en   politique, la façon dont seule la presse étrangère rend compte du   supposé nouveau départ de Cécilia Sarkozy montre la qualité de  l'auto  censure chez nous. Même le Canard n'a pas fait un  entrefilet ! Alors  qu'il suffit de lire la news de Courrier  international pour voir la  place qu'y donne la presse européenne  (et pas uniquement les tabloïds  anglais).

Je crois que le seul espoir vient, comme c'est souvent le cas   d'ailleurs, des associations de citoyens, de "gens ordinaires".  La  LDH qui a déjà annoncé la couleur, le GISTi et la CIMADE pour  les  étrangers ou français immigrés, les réseaux spontanés comme  RESF,  même s'il faut les suivre avec modération, et bien d'autres  qui  peuvent offrir un cadre à une vigilance active et offensive.  Il nous  revient de faire vivre ces réseaux en fonction de nos  possibilités,  de nos contacts, de nos activités. Je pense inutile  de créer un  réseau supplémentaire qui n'apporterait rien de  nouveau. Mais je suis  preneuse de toute suggestion sur la façon  de lancer, animer et  relayer cette veille par rapport aux  libertés publiques qui va  devenir réellement nécessaire. Comme le  dit la ligue des droits de  l'homme, elles sont déjà en net recul  depuis que NS est devenu  ministre de l'intérieur. Une fois  Président, avec le soutien des voix  récupérées au FN à qui il  faudra bien donner quelques gages (cf  Mitterrand et le PC en 81),  on peut se préparer au pire.

Je suis bien pessimiste et assez inquiète ce soir. C'est pourquoi  je  fais appel à vous tous. Que faire ? (sans plaisanterie) Je  nous vois  très mal partis avec ce Bonaparte jacobin autoritaire  et sûr de lui.  Le contraire de ce qu'Alain appelle une gestion  basse tension…

Dominique  

 

 

 

 

Bonjour Chère Dominique,

 

Merci de ton mail. Ta passion me touche et j'en partage bien des vibrations.  Mais, gardons la tête froide. Il me semble qu'il ne faut pas faire un drame de cette élection. De toutes façons le Président ou la Présidente que vont élire les Français sera moins pire que Chirac ou Jospin.

 

Un des handicaps majeurs qui a paralysé la France au cours des dernières décennies tient à la façon dont la classe politique a théâtralisé et transformé en combat une opposition Droite/Gauche restée figée, du fait de la Gauche, sur un contenu de style 1950. Ne le prolongeons pas.

D'après moi, la forme que prennent ces élections renforce l'espoir d'en sortir. Les trois principaux protagonistes appartiennent à une génération plus jeune. Les groupes extrémistes qui se complaisent dans des idéologies d'un autre temps ont été laminés. Pour une fois l'élection implique sérieusement les Français et notamment les jeunes (qui prennent le temps d'hésiter et de réfléchir). Ségolène a magnifiquement mis sur la touche les éléphants et annonce probablement une métamorphose ou un éclatement du PS, qui fût un des principaux obstacles à la modernisation de la France.

Sarkozy a mis sur la touche la maison Chirac et la droite figée et sans idées.  Bayrou, sur l'idée qu'il faut faire coopérer les tempéraments de droite et de gauche pour inventer la société de demain, a fait un très bon score. Tout cela n'est pas si mal.

Que peuvent faire les gens comme nous ? A mon sens, se préparer à peser sur la suite. Quel que soient  les résultats des élections présidentielles et législatives nous chercherons les meilleurs moyens d'introduire des points de vue "société rêvée" dans les équipes proches du pouvoir, de contribuer à la pleine modernisation d'un puissant pôle social démocrate, de promouvoir des dialogues créatifs entre tendances différentes, de nourrir l'intelligence collective des Français et, comme tu le dis très bien, de veiller à la protection des libertés publiques

Ce thème des libertés publiques mérite d'être appréhendé dans le contexte de la société d'aujourd'hui et non pas de celle d'hier. Contrairement à ce que font bon nombre de défenseurs traditionnels des droits de l'homme. Hier, les gens ordinaires de droite étaient pour l'ordre et ceux de gauche pour la défense des libertés. Aujourd'hui une proportion croissante des gens de gauche (en France, en  Angleterre et ailleurs) demandent à la fois un élargissement des marges de liberté personnelle et une plus grande sécurité / paisibilité de la vie quotidienne. Il va falloir trouver à inventer une politique répondant à ces exigences paradoxales.

 

Je serais heureux, Chère Dominique, de trouver une occasion de discuter de

vive voix avec toi.

 Amitiés.

 

Alain.

Publié dans Réflexion politique

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bouquery 08/05/2007 23:57

bon, la logique qui s'est imposée sur le blog était celle du choix, au nom de soit disant projets et programmes qui passeront. Passons, il y a tellement nécessité d'inventer, en avant et non au centre, en altérité et non à droite, ensemble.     jmb

marc d'Here 04/05/2007 23:59


La campagne électorale prend fin ce soir à minuit...

Jusqu'à dimanche, 20 heures, aucun article relatif à l'élection ne sera publié sur ce blog. Je demande également aux lecteurs de ce blog de ne déposer aucun commentaire lié à l'élection présidentielle entre vendredi soir minuit et dimanche 20 heures ...Merci.

marc d HERE 04/05/2007 08:06

Un dernier sondage réalisé au lendemain du grand débat......
Selon notre baromètre TNS-Sofres-Unilog pour Le Figaro, RTL et LCI, le candidat UMP l’emporterait haut la main dimanche.

 
L’ÉLECTION présidentielle est-elle d’ores et déjà pliée ? Avec 54,5 % des intentions de vote (+2,5), Nicolas Sarkozy accroît son avance sur Ségolène Royal (45,5%) à trois jours du jour J, si l’on en croit les résultats de notre dernière enquête Sofres-Unilog Groupe LogicaCMG. Avec presque dix points d’écart, le candidat UMP fonce tout droit vers la victoire. À 54,5%, Nicolas Sarkozy dépasserait le score de François Mitterrand en 1988 (54,01%) et se rapprocherait de celui du général de Gaulle en 1965 (55,20%).

marc d HERE 03/05/2007 18:05

Chère Dominique, je ne crois pas que Sarkozy représente le moindre danger pour la République ou pour la démocratie....Comme Jean-Marie Bockel, je le tiens pour un démocrate.

Charles ANDRE 03/05/2007 14:09

Je crois vraiment que seul Sarko a la volonté et le courage d'avancer sur des réformes différées depuis bien trop longtemps.
L'audace régénératrice, aussi, d'oser être de droite. Une droite de droite, pas inutile pour la clarté du débat démocratique!

Mais je partage quelques légitimes inquiétudes de Dominique Thomas. Si Sarko ne rassemble pas, s'il n'adresse pas aux populations des banlieues des gestes de rassemblement forts et pragmatiques (comme le rétablissement de la police de proximité et le retour des services publics, en général, dans les quarties abandonnés), s'il ne donne pas un contenu concret aux objectifs de mixité sociale qu'il annonce vouloir poursuivre en "contrepartie" de l'abrogation de la carte scolaire, ça va péter.

Il va falloir agir pour le rendre sensible à des éléments qu'il a bien trop abordé sous l'angle du combat de boxe/de coq.

Mais comment faire pour, par exemple, éviter qu'il n'envoie en prison (rendant ainsi quasi-irrémédiablement délinquants) des mineurs -pour lesquels on doit TOUT tenter sur la voie de l'insertion ? Comment faire pour que la fin du collège unique ne signifie pas (je caricature à dessein) "les noirs, arabes et turbulents, à l'usine!" ?

Je crois vraiment qu'il est le seul qui mènera les réformes à même de nous faire basculer vers la valorisation de l'initiative, le dynamisme, la créativité. Mais il va falloir être TRES vigilant. Je ne suis pas sûr que le terrain purement politique soit le meilleur moyen pour éventuellement infléchir sa brutalité et son (possible) mépris des "faibles".