Lettre perplexe (7)

Publié le par Gilbert Veyret

 

Mon cher Hudzack.

 Les Français sont surprenants. Leurs phases de fronde, d’aphasie ou de découragement sont suivies par des réveils démocratiques réjouissants. Ils viennent de le prouver à nouveau en allant voter en masse au premier tour de cette élection présidentielle, alors qu’on les disait dégoutés de la politique.

Ils avaient réélu en 2002 leur Président avec un score digne d’une démocratie populaire, après lui avoir chichement accordé moins de 20% des voix au premier tour et choisi comme concurrent de deuxième tour, un vieux cheval de retour de l’extrême droite, afin d’exprimer leur ressentiment.. Cette fois ci ils viennent de donner, au premier tour, les trois quarts de leurs suffrages à trois candidats capables effectivement de diriger un pays en phase avec ses grands partenaires européens. Ils ont laminé au passage les extrêmes, de droite, de gauche ou folkloriques, après leur avoir fait plus qu’un clin d’œil appuyé, à la précédente élection.

 Cette campagne présidentielle que certains jugeaient morne aurait-elle joué un rôle de catharsis ?

Ce peuple facétieux a même profité de l’occasion pour imposer ce recentrage politique qu’aucun des grands partis gouvernementaux n’avait osé entreprendre depuis  trente ans. Les électeurs auront ainsi  choisi un classique affrontement droite/gauche au deuxième tour, tout en désignant, en position d’arbitre, le candidat centriste susceptible de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Plutôt que de subir les inconvénients d’une éventuelle cohabitation résultant d’une opposition entre le Président et la majorité parlementaire, ils ont préféré l’anticiper en incitant leur futur président à composer avec celui qui lui aura apporté les voix décisives !

Nicolas Sarkozy, vainqueur incontestable de ce premier tour, avait pourtant  bien réussi à décomplexer  la droite avec un programme à la fois d’inspiration autoritaire et  néo libérale.  Il semblait ainsi pouvoir  unifier les droites Orléaniste et Bonapartiste décrites par René Rémond,  brillant historien décédé  très récemment.

 Ségolène Royal a aussi réussi son pari ; être présente au deuxième tour avec quelques chances raisonnables d’être élue, après avoir consciencieusement brouillé les cartes en présentant un programme fondé, à la fois,  sur des valeurs  traditionnelles,  des références obligées aux protections d’un Etat Providence et une volonté affichée de renouveler l’action politique, par la démocratie participative. La gauche traditionnelle, sans en être vraiment dupe, sidérée par une telle audace et déroutée par les changements de points de vue incessants imposés par sa candidate, s’est laissée entraîner, jusqu’à ce qui lui apparaissait auparavant comme le comble de la trahison, la possibilité d’un accord  sur des valeurs, sinon des programmes avec François Bayrou !

Celui-ci laisse la liberté de choix à ses électeurs, fait planer le doute sur ses propres intentions, fait monter les enchères sur le rôle qu’il compte jouer dans cette élection, notamment à travers sa présence  médiatique, au risque de lasser.

La fin nécessaire de ce manichéisme, longtemps cultivée par les politiques français, ne risque-t-elle pas déboucher sur un refus de choisir et donc de réformer ce pays qui aime tant cultiver ses archaïsmes, en attendant la révolution ? Ne risquent-t-ils pas de céder au « ninisme » « J’appelle ainsi cette figure mythologique qui consiste à poser deux contraires et à balancer l’un par l’autre de façon à les rejeter tous deux ». R. Barthes « Mythologies », comme il est à peu près constant depuis les dernières années du règne de François Mitterrand ?

Les deux candidats finalistes ne se privent pourtant pas de prôner le changement dans chacune de leurs interventions.

Il est vrai qu’aucun d’entre eux n’ayant encore exercé cette fonction, le choix de l’un d’entre eux constituerait déjà un réel changement, du moins  pour l’heureux élu.

 Mais ce leitmotiv du changement  recouvre des réalités contradictoires selon les diverses catégories de Français, sans que cela recouvre toujours le clivage gauche /droite  et variables selon le moment où on les interroge. Ce « vrai changement » serait pour certains un renoncement à cette économie de marché ouverte à toutes les concurrences de la mondialisation, tandis que d’autres en attendent la fin des contraintes étatiques qui brimeraient le dynamisme des marchés. Changer consisterait soit à baisser les prélèvements obligatoires ou à améliorer les protections sociales, tenter d’arrêter les flux migratoires ou  régulariser tous les immigrés en situation irrégulière, relancer la croissance, notamment industrielle ou opter pour une meilleure maîtrise de la demande plus soucieuse  de protection de l’environnement….

Mais en termes de communication politique, peu importe l’orientation et la réalité de ces changements si l’idée de mouvement, plus ou moins en faveur de chaque catégorie d’électeurs, est clairement perçue comme une forme de progrès. Car personne ne s’affirme conservateur dans ce pays si attaché,  souvent à juste titre,  à ses traditions et son modèle social.

Gilbert Veyret

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xray 08/05/2007 16:37

Élections : Il n’y a que des vainqueurs. 
Les uns sont vainqueurs parce qu’ils ont gagné. Les autres sont vainqueurs parce qu’ils ont perdu et qu’ils n’ont donc pas besoin d’assumer. 

Une victoire aux Présidentielles, les Socialistes n’en veulent pas. Ils ne sont pas intéressés. Les Socialistes préfère le confort de l’opposition. 

Jamais les Socialistes n’ont cherché à gagner. 
Le pot de fleurs : Ils savaient qu’en finale, le pot de fleurs serait perdant face à n’importe lequel des candidats. 

En 2002 : Le crétin de service (Un enseignant, c’est tout dire) n’avait aucune chance d’être élu. 

La victoire de Mitterrand en 1981 repose sur le rejet de VGE. VGE qui de sa vie politique n’a jamais rien fait d’autre que des conneries. 


Les élections démocratiques : Un simulacre 
http://les-elections-democratiques.over-blog.fr/ 

Élections piège à quoi ? 
http://electionspiegeaquoi.hautetfort.com/ 

marc d HERE 02/05/2007 07:23

C'est bien la diversité qui fait vivre la "boutique" 

bouquery 02/05/2007 06:56

MERCI à tous les deux, de ne pas faire les ânes, fussent ils de Buridan. Vous faites survivre la boutique.       jmb

Decrauze Loic 01/05/2007 23:39

 
Dualité à Troie
 
         L’élimination de dix candidats n’a pas affadi l’effervescence. L’affectif Bayrou a réussi, avec l’ardent soutien de la caisse de résonance médiatique, à capter une bonne part des feux de la rampe d’entre deux tours. Le retour de la classique bipolarisation n’a pas encore émergé, ce qui aurait effacé, par la même, le coup de tonnerre d’il y a cinq ans.
Après l’extrême droite qui a imposé la mobilisation des UMP, PS and Co pour le même candidat, le centre révolutionne le second tour, obligeant chacun des deux prétendants à l’intégrer à sa stratégie de conquête d’un électorat élargi.
Pour Nicolas Sarkozy, la volonté affichée de passer par-dessus les bouclettes de François Bayrou pour redynamiser le vote pavlovien de ses électeurs historiques. Ses coulisses, elles, grondent du « débauchage » frénétique des élus UDF inquiets pour leur devenir politique. Bien sûr, ces ralliements opportunistes répondent à des convictions indubitables…
La posture de Bayrou exhale un petit quelque chose de plus digne que les déserteurs de la dernière heure, même si, là aussi, l’ambition personnelle explique ses coups de billard à trois bandes.
Avec Ségolène Royal, l’art du retournement élocutoire vit des heures glorieuses. L’« imposteur », meneur de cette révolution centriste, s’est transmué en fréquentable allié potentiel. Le T.S.S., dont se sont rengorgés à la va-vite les LCR, LO et autre Bové ratiboisés, doit avoir aujourd’hui l’infect goût de la compromission à la sauce centriste…
Passionnante campagne qui éclaire la valeur de chacun empêtré entre ses convictions et les nécessités du jeu démocratique.
Le grand débat final du 2 mai ne fera pas oublier l’urticante petite finale du 28 avril sur BFM TV. Pour résumer le double objectif du français François : démontrer que de forts points de convergence existent avec Madame Royal pour rendre incontournable la nouvelle place de Bayrou comme leader, de fait, d’une opposition au pouvoir sarkozyste. Cela suppose aussi, comme finalité consubstantielle, de ne pas renforcer la candidate pour qu’elle s’essouffle en vue du 2 mai et sa grand messe contradictoire sur écran plat. Machiavélisme naturel pour toute personnalité qui veut parvenir au pouvoir hexagonal suprême.
Les performances rhétoriques de Royal et Sarkozy penche, sans conteste, vers ce dernier, comme l’ont confirmé leur passage alterné sur les plateaux de TF1 et France 2. Ainsi, passé au crible chamalowté de Bachy et Poivre d’Arvor, dans Face à la Une, les deux candidats à la présidence ont pu laisser s’exprimer leur personnalité et exposer leurs idées sans la présence de féroces déstabilisateurs.
Le ressenti, la subjectivité laissent poindre en soi quelques impressions, au-delà des programmes respectifs. Le candidat Sarkozy révèle un plus grand enthousiasme, déroulant un discours aux intonations plus captatrices. A l’inverse, prestation d’une Royal tétanisée à la monotonie jospiniste. D’un côté, que l’on partage ou non son argumentaire, une volonté presque instinctive de convaincre, de séduire, d’aller au bout de son schéma, de l’autre, une rhétorique mécanique, sans flamme, sans saillance lumineuse…
Sans doute chacun peut avoir une équipe gouvernementale solide, compétente et prête au dépassement d’elle-même pour appliquer le programme de l’élu-e. On ne peut pourtant pas occulter que la Ve propulse à la maîtrise du pays une personne qui doit, au minimum, apparaître crédible intrinsèquement.
Quel que soit le résultat, et si (divine ou dramatique ?) surprise il devait y avoir, la campagne présidentielle aura réconcilié l’électorat avec l’idée d’une utilité cardinale de la politique et que ses incarnations nouvelles ne sortent pas du même moule, sans aspérités distinctives.
Pour achever dans la nécessaire auto-critique : pas si rasante que ça cette campagne au sang neuf. Et d’épiques empoignades et rebondissements en perspective…