Vigilance et espérance

Publié le par Jean_Louis Caccomo

 

Mes lecteurs les plus fidèles savent que je diffuse depuis plus de 5 ans une chronique de résistance qui est maintenant reprise en France, au Canada, en Suisse et en Espagne sur le réseau Internet [1]. Certaines de ces chroniques furent reprises au compte-goutte dans la presse nationale (Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Valeurs Actuelles ou l’Agefi). Mais le mur des médias reste difficile à fissurer.

Certes, j’admets volontiers que ma résistance n’est pas celle du maquisard qui risquait chaque jour sa vie à défier l’occupant nazi. Ce serait insulter ceux qui prennent de vrais risques. Mais le combat d’idées a ses exigences, ses sacrifices et fait aussi ses victimes. J’ai connu des placards et des trous noirs dont je me suis demandé comment j’allais sortir. C’est notamment en France une résistance de tous les jours pour éviter de tomber dans les clichés de la pensée formatée qui mine le climat intellectuel de notre pays, nous obligeant à nous réfugier dans le maquis que constitue cet espace de liberté sans précédent qu’est le réseau Internet. Car, à longueur d’ondes, nous subissons une omerta ambiante qui fige toute débat, diabolise tout contradicteur et encadre les discussions dans des formats qui nous sont imposés par la gauche la plus anti-libérale que la planète ait porté.

 A force de vivre dans un tel climat, on finit par devenir grincheux et certains de mes lecteurs étaient parfois découragés ou lassés par le pessimisme qui se dégageait de mes analyses. Aujourd’hui, alors que j’ai écris la semaine dernière ma première chronique d’espérance, on me reproche mon angélisme, ma fougue voire mon espérance. Pourtant, je suis à un âge où j’ai encore envie d’espérer. Mon père est mort de n’avoir plus cette espérance, s’abandonnant à une maladie dont la condamnation lui est apparue comme une libération. Il ne voulait plus vivre parmi ses contemporains.

 Pour ma part, j’ai envie de croire en mes contemporains. J’ai le sentiment qu’ils vont tourner le dos à l’impasse pour ouvrir une espérance. Bien sûr, croire n’est pas rêver et l’espérance n’empêche pas la vigilance. A mon sens, la France vit un moment historique. Je ne veux pas être de ceux qui se réfugient derrière le principe de précaution pour cacher leur inaction ou leur manque de courage. Je ne veux pas être de ceux qui ne savent pas choisir. Un libéral doit savoir prendre le risque. Une entreprise est un pari. Faire confiance, c’est aussi un pari !

On peut disserter à l’infini pour savoir si Sarkozy est libéral ou pas libéral ; mais c’est comme discuter du sexe des anges. D’ailleurs, on peut attendre longtemps. Déjà en leur temps, Frédéric Bastiat, puis plus tard Jacques Rueff, se désespéraient de trouver des hommes politiques vraiment libéraux parmi leurs contemporains. Et qui sera le benchmark ? Qui pourra décerner le label du « parfait libéral » alors que les intellectuels libéraux peinent à se mettre d’accord sur sa définition ? Cela me rappelle ce théoricien de la finance que j’ai bien connu mais qui était incapable d’acheter la moindre action en bourse.

 Je ne crois pas à l’homme providentiel sinon que l’homme providentiel est en chacun de nous. Mais je crois aux circonstances exceptionnelles qui permettent les sursauts des peuples. Sarkozy a su créer une telle circonstance. Il a réveillé les français endormis par les médias, empoisonnés par les experts en opinion publique et autres commentateurs de la vie politique qui passent leur temps à se tromper sans aucune sanction. De même que la Dame de fer a non seulement sorti l’Angleterre de l’impasse travailliste, mais du même coup modernisé la gauche anglaise, Sarkozy est en mesure aujourd’hui de sortir la France de l’impasse collectiviste tout en contraignant la gauche à se moderniser en prenant acte du score lamentable réalisé par les communistes et autres candidats anti-libéraux. C’est une chance historique à saisir. Et je ne veux pas être de ceux qui s’obstinent à la compromettre.

 

A ce propos, la calamiteuse affaire déclenchée par les propos de François Bayrou participe de cette tentative de déstabilisation proprement odieuse. M. Bayrou ne réalise pas qu’il a été éliminé au premier tour dans les règles de l’art. Jamais les règles du scrutin présidentiel n’ont prévu un débat télévisuel avec un candidat éliminé. Il faut savoir se retirer avec élégance et ne pas chercher à modifier les règles d’un jeu dont on est exclu en toute légalité à l’issue d'un score sans appel. Déjà, en 2002, les français ont été privés du débat du second tour entre Chirac et Le Pen. Au premier tour, ils ont clairement exprimé leur désir de retrouver un débat de fond. Mais les média français s’obstinent dans leur travail de sape. Ils montrent qu’ils ne sont pas les relais de l’opinion publique mais qu’ils veulent en être les maîtres.

En effet, M. Bayrou a osé affirmer qu’il a des « certitudes » de pressions exercées par l’UMP mais qu’il n’en a pas la « preuve ». Un scientifique comme un juriste savent que, lorsque l’on n’a pas de preuves, on se tait. On attendrait de médias plus scrupuleux qu’ils ne se fassent pas le relais de ces propos infondés destinés à empoisonner le débat serein d’entre les deux tours que souhaitaient les français et que le candidat Sarkozy appelait de ses voeux. A mon sens, cette affaire ne fait que révéler le vrai visage des protagonistes de ce procès sans preuve. Ségolène Royal n’hésite pas à crier avec les loups en employant des arguments éculés qui ne lui font pas honneur, et qui ne sont certainement pas dignes d’un futur président de la république. Et en acceptant de se prêter à un débat avec un candidat éliminé, Me Royal a dévoilé l’archaïsme de sa pensée et de son programme.

Encore une fois, après avoir porté aux nues les anti-libéraux dont l’audience médiatique fut inversement proportionnelle aux résultats électoraux, les médias trahissent leur inclinaison naturelle, qui révèle dans la foulée leur manque flagrant de déontologie et de professionnalisme.

 

Jamais la participation n’a été aussi forte et cette participation s’est portée sur Nicolas Sarkozy tout en laminant les votes extrêmes et farfelus. Je ne peux m’opposer à l’homme qui a suscité ce mouvement profond. Dans l’histoire d’un pays, cela ne se présente pas deux fois. Ne pas choisir entre Royal et Sarkozy, c’est faire le choix de l’abandon à un moment crucial de la vie politique française. Je ne peux certainement pas m’associer à un vote anti-Sarkozy qui conduit à développer un discours caricatural, conformément aux méthodes traditionnelles de la gauche fondées sur l’invective et la diabolisation comme l’illustre la vraie fausse affaire du débat Bayrou-Royal.

J’en appelle aux libéraux sincères mais indécis. Ne vous disqualifiez pas dans l’indécision chronique. Il y a un temps pour le débat intellectuel, il y a un temps pour l’action. Pour ceux qui doutent encore de la sincérité du candidat Sarkozy et de son libéralisme, je leur demande de lire son discours de Douai du 27 mars 2006 ou de revoir le meeting de Bercy hier car, le moment venu, nous aurons besoin de toutes les forces libérales pour accompagner cette dynamique de renouveau politique susceptible de stopper enfin le déclin français.

 Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Réflexion politique

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BODIN Claude 02/05/2007 12:57

En prenant connaissance des commentaires antérieurs aux miens,j'ajoute le propos suivant sur deux points :
-j'ai vu et entendu CHARLETTY ;pour avoir eu 30 ans en 1968,j'ai retrouvé avec déplaisir le "n'importe quoi"  de l'époque ,sa confusion des valeurs et j'ai pu mesurer au fil des decennies suivantes les dégâts sur les générations suivantes,dégâts qui dépassent de bien loin les quelques acquis positifs de cette période.C'est pourtant en 1968 que je me suis engagé à gauche,par reflexe de besoin d'ordre, à la Convention des Institutions  Républicaines avant de poursuivre au PS au Congrès d'Epinay en 1971.Pour moi, 68 a été le désordre et le renversement de valeurs fondamentales.
- J'ai écrit à Marc dHéré qu,en définitive,le Parti Démocrate de BAYROU ne m'intéressait pas ! Qu'irions nous faire,en tant que IES,au sein d'un mouvement  conjoncturel qui nie une évidence,celle de la bipolarité avec des petites formations charnières.Pour moi,nous sommes européens et socio-démocrates.Transformons IES en un véritable parti à vocation européenne,par exemple la Convention socio démocrate européenne ( CSDE ).Pourquoi pas ! Claude BODIN.
 

BODIN Claude 02/05/2007 12:39

Je m'associe tout à fait à la démarche de Catherine PAUCHET et de Jean-Louis CACCOMO;il n'y a pas photo entre la cohérence et la solidité de Nicolas SARKOZY et les postures hasardeuses de Ségolène ROYAL;quant à la brutalité de la campagne,que dire des mots d'ordre injurieux dans les Fédérations socialistes à l'égard de N.SARKOZY : la haine sue de nombre de propos des tenants de S.ROYAL.J'en parle d'autant mieux que,pour peu de temps encore,je suis membre du PS depuis plus de 35 ans !  A près de 70 ans,mon choix n'est dicté que par l'intérêt de mon pays et de l'Europe et je n'ai jamais accepté de considérer qu'un parti politique était une fin en soi,ce n'est qu'un moyen d'action avec lequel on peut ,en toute liberté,cesser d'être d'accord en cas d'enjeu vital pour notre pays ;c'est le cas aujourd'hui.Claude BODIN.

marc d HERE 02/05/2007 07:21

OH!     Qui peut pnser une seconde qu'IES se réduit à Sarkozy...C'est bien autre chose....Je dirais un mot là dessus....demain
IES n'avait pas de candidat....et n'en n'a pas....IES rassemble des opinions diverses...Comme l'UDF par exemple....qui rassemble des soutiens à Sarkozy et à d'autres...Difficile à comprendre la diversité et la liberté quand on a une certaine histoire.!....

bouquery 02/05/2007 06:46

Le "ragot" est prés de la bauge ! Le choix est une chose, Marc. Mais réduire le politique de IES à l'Illusion de l'Espérance Sarkosyenne, en dénonçant celle des autres, spasme contre spam.... Question de style. La désHérence n'est pas loin.      jmb

marc d HERE 01/05/2007 22:19

Il semble que le concert gratuit de Charletty ait attiré beaucoup de monde....;Royal y a - aussi - pris la parole, semble t-il pour poursuivre se attaques contre son concurrent.....La partie positive et de propositions étant, comme d'habitude, réduite à la portion congrue....à ce qu'on m'en a dit.....