La France peut-elle changer?

Publié le par Denis Mac Shane

Après l'élection présidentielle vue d'Italie, la vie politique française vue de Grande Bretagne . Je vous propose ce texte que m'a adressé  notre ami Denis Mac Shane, ancien ministre de Tony Blair, et que le Figaro a publié il y a quelques jours....

« L’ancien meurt et le nouveau n’est pas encore né ; dans cet interrègne apparaît une grande variété de symptômes morbides ». Gramsci pensait-il à la France quand il écrivit ces mots il y a quatre-vingt ans ?

Personne en France ne semble prêt à renoncer au passé.

L’accoucheur de la France nouvelle tarde à se manifester. Mais les déclinistes se fourvoient, tout comme les Dr Pangloss persuadés qu’avec leur nouveau TGV, qui bat des records de vitesse entre Paris et Strasbourg, les Français vivent heureux dans le meilleur des mondes. La France n’avance ni ne recule ; elle fait du sur-place et laisse passer les trains pendant que le reste de l’Europe retrouve confiance et enthousiasme.

De l’autre côté du Rhin, la croissance dépasse celle des États-Unis et 600 000 emplois sont créés. De l’autre côté des Pyrénées, le libéralisme économique de José Luis Rodriguez Zapatero prolonge les effets positifs de la movida :l’Espagne est sur le point de rattraper l’Italie. De l’autre côté de la Manche, Tony Blair tire sa révérence, en même temps que Jacques Chirac, mais en laissant derrière lui 600 000 nouvelles PME et 2,7 million d’emplois créés depuis 1997. Londres est aujourd’hui l’une des plus grandes villes françaises. Les colons français qui allient le brio à la jeunesse et ne rechignent pas à travailler plus de 35 heures par semaine ont envahi le Royaume-Uni, qui est loin de s’en plaindre.

En dépit des excentricités de la classe politique au pouvoir en Pologne et en République tchèque, l’économie de ces pays croît deux à trois fois plus vite que l’économie française. Et le succès des pays nordiques ne tient pas tant à leur tradition sociale-démocrate du consensus qu’à leur adaptation sereine aux évolutions du capitalisme. Dès les années trente, les syndicats suédois ont conclu avec le patronat un accord prévoyant qu’ils ne déclencheraient aucune grève tant que les droits fondamentaux des travailleurs seraient respectés. L’économie de marché suédoise et la mondialisation précoce d’entreprises comme Volvo, Electrolux et Ikéa ont reçu leur bénédiction.

Dans le même temps, en France, les syndicats et les intellectuels de gauche opposent à toute tentative d’expliquer aux Français les ressorts de l’économie moderne un refus obtus de s’extraire de présupposés idéologiques dépassés.

La campagne électorale devrait être l’occasion privilégiée d’un effort pédagogique. Au lieu de quoi, on assiste à un retour en force du populisme, à droite comme à gauche. La France attend de ses entreprises qu’elles se développent partout à l’étranger et profitent à leurs employés comme à leurs actionnaires.

La France souhaite des taux d’intérêt bas, pour favoriser les investissements et protéger les plus pauvres de la hausse des prix. Et pourtant, quand l’Europe, incarnée par la Commission de Bruxelles ou la Banque centrale européenne de Francfort, insiste pour que la France obéisse aux mêmes règles que les autres États-membres et explique qu’elle jouit des taux d’intérêt les plus bas depuis des décennies, la droite comme la gauche accusent Bruxelles et Francfort au lieu de se demander ce qui devrait changer en France.

Les ministères de l’identité nationale et les drapeaux tricolores aux fenêtres feront peut-être gagner une élection mais ne changeront pas le pays. Et pourtant les changements nécessaires n’ont rien de révolutionnaires. En France, les fonds de pension ne représentent que 5,8% du PIB contre 50% au Canada, 66% en Finlande et 125% aux Pays-Bas. Leur existence favorise le financement de l’économie par l’épargne retraite et oblige les citoyens à prendre leur vie en main et à se défaire de leur dépendance vis-à-vis de l’État. Sans aller jusqu’à renoncer au système de retraites par répartition, une augmentation –même modeste – de la part des fonds de pension, contribuerait à revitaliser l’économie française.

Il y a quarante ans, quand les noirs se sont révoltés contre leur exclusion de la vie politique, économique et sociale, les États-Unis ont vécu leur crise des banlieues. Leur réaction ne fut pas de brandir un Kärcher mais de réformer leur législation de telle sorte qu’aujourd’hui une femme noire est secrétaire d’État et un homme noir est en bonne place pour devenir le prochain candidat démocrate à la Présidence.

Au Royaume-Uni, il y a quinze ans, la gauche, les Églises et toute la société bien pensante s’opposait à l’ouverture des magasins le dimanche. Aujourd’hui, les magasins sont ouverts et les prêtres vont y faire leurs courses après avoir célébré la messe. Ce qui était inimaginable est devenu banal et tout le monde en profite, y compris les syndicats, dont les adhérents sont toujours plus nombreux.

A la question - la France peut-elle changer ? - il n’y a pas de réponse à l’extrême droite ni à l’extrême gauche. En revanche, il existe en Europe une gauche et une droite intelligentes qu’un homme ou une femme d’État habile pourrait mettre à contribution pour élaborer des solutions fondées sur l’expérience de ce qui marche. Mais il existe aussi une gauche et une droite qui pensent détenir les réponses alors qu’elles ne posent même pas les bonnes questions.

Les Français n’ont pas encore décidé ce qu’ils feraient de leur rendez-vous avec l’histoire. A propos de la Hollande en 1773, Diderot écrivait : « L’ambition de la république est de s’enrichir, non de s’agrandir ». Alors que le monde attend d’apprendre quel monarque élu fera son entrée à l’Élysée, la France demeure plus préoccupée de son rang que de s’assurer que l’intendance suivra. La France sera toujours une grande nation. Pour changer et être à la hauteur des défis qui se présentent à l’Europe, elle doit devenir une nation riche. Mais si la gauche n’est pas prête à sacrifier ses vaches sacrées ni la droite à renoncer à ses rêves de grandeur gaulliste, la France ne changera pas et l’Europe en paiera le prix .

Denis MacShane 

Publié dans Réflexion politique

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marc d HERE 02/05/2007 08:53

Le centre aura certainement un grand rôle à jouer dans la transformation de la France...Mais où est le centre aujourd'hui? ....
Quand 22 députés sur 29 choisissent Sarkozy, quand des centristes authentiques comme Méhaignerie, Rossinot, Giscard, Borloo, de Robien, Santini ou Simone Veil font de même, on peut penser que le Centre est plutôt favorable au candidat de l'UMP.....
Et il est bon qu'auprès de Sarkozy le pôle centriste et de centre gauche soit le plus important possible......

bouquery 28/04/2007 08:37

Peut être pas brillant mais le rire n'est pas l'impropre du politique !

bouquery 27/04/2007 22:15

Oui, et bien du bonheur aux pôles centre et gauche. L'ère Minc, Vème dynastie, va commencer et Besson va organiser notre lustration.   jmb
PS: pour les initiales le Parti Démocrate va être lourd à porter face aux homophobes (pour rire) UDF (Utérus De François) donc je propose le FB....I .

marc d HERE 27/04/2007 13:18

Encore bravo pour le brillant de tes commentaires, Cher Jean-Marie.....Je suis d'accord souvent....
Mais une chose est certaine les partisans de Sarkozy ne sont pas génés....Je les crois au contraire très tranquilles et sans doute, mais ce n'est qu'une impression, et je parle par ouï dire plus enthousiastes, EN GENERAL, que ceux qui soutiennent LA candidate.......Comme moi, tu connais sans doute tellement de socialistes qui vont voter pour elle, avec regret et en se forçant.....Pas vrai?
Enfin sur le fond je pense que Sarkozy aura , dans sa majorité parlementaire, moins d'opposition  que n'en rencontrerait Royal.....Je pense qu'on peut être assez facilement d'accord là dessus....

bouquery 27/04/2007 13:06

La seule question: NS peut il changer, changer l'UMP et changer de supporteurs pour changer la France ? Je ne le lis pas chez tous les esprits de sérieux, analystes de blog qui manipent sous l'écran de fumée des programmes et sarcausent, sarcausent, gênés par ces feux de paille que SR puis FB n'arrêtent pas d'allumer, pour dynamiser leur propre camp. Bon !  Au moins on est tous TSM (sauf Mélanchon ) !       jmb