Premier tour: des raisons d'espérer

Publié le par Jean-Louis Caccomo

On m’a souvent reproché mon pessimisme et la tonalité parfois décourageante de mes chroniques. Dans ma précédente chronique, j’observai les dégâts opérés par la génération 68. Bien-sûr, je suis un être qui doute et je me pose aussi la question : étais-je moi-même désespéré ou était-ce la situation objective du pays qui était désespérante ? Alors permettez-moi d’exprimer ici une grande satisfaction même si rien n’est jamais gagné, surtout en matière d’exigence libérale. Mais une page se tourne sous nos yeux : la génération 68 s’en va et ses derniers porte-paroles sont renvoyés sans ambigüité par le peuple de France. Il était temps !

 

Etant nommé assesseur, j'ai participé au dépouillement au bureau de vote de ma commune dont le maire communiste n’a pas hésité à afficher publiquement son soutien à la candidate communiste Me Buffet. Au début de la soirée, j’étais comme un intrus perdu en territoire hostile. Puis une sorte d'intronisation larvée a opéré au fur et à mesure du dépouillement, c'est l'équipe en place qui s'est trouvée gênée. D'autant que le public était venu surveiller les opérations, se montrant plutôt suspicieux vis-à-vis de l'équipe municipale en place, corrigeant le moindre écart et surveillant la moindre faute.

 

A l’annonce des résultats de notre bureau de vote, le maire et ses adjoints étaient figés dans un silence glacé. Sarkozy faisait mieux qu’au niveau national, se démarquant nettement des autres candidats avec un taux de participation proche de 90 % ; Le Pen dépassait Bayrou ; Buffet ne parvenait pas à décoller ; et les antilibéraux récoltaient zéro bulletin. Voir cette équipe se décomposer à mesure qu'ils prenaient conscience de l'effondrement de la gauche fut une source de bonheur intense comme on n’en connait rarement dans la vie. Tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont fustigé le libéralisme, avec une complicité plus ou moins avouée des médias locaux, étaient renvoyés aux oubliettes qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

 

Je tire à chaud trois grandes leçons de ce premier tour :

 

1. Malgré l'audience médiatique des candidats farfelus que les médias jugeaient plutôt « sympathiques », tous plus anti-libéraux les uns que les autres, ces candidats sont renvoyés à leurs chères études par les français qui en ont ras le bol d’être pris pour des ignares. J'espère que ces candidats auront la lucidité et la dignité de se retirer de la vie politique aux vues de leurs scores lamentables plutôt que d’entonner le refrain aigri de la revanche non légitime. Ceci prouve qu'il ne suffit pas de parader dans les studios de télévision pour faire de la politique, ce qui devrait méditer tout libéral soucieux de rendre efficace son action et légitime son engagement.

 

2. Alors que les médias nous expliquaient que le clivage gauche/droite n'était plus pertinent, les français ont rappelé que le centre n'est pas tenable en France : au moment le plus crucial de la vie politique de notre pays, il faut savoir choisir son camp et on ne peut pas être mi-gauche ou mi-droite. J’espère que M. Bayrou ne prendra pas le risque d'organiser le retour d’une gauche archaïque et revancharde et je forme le vœu que les libéraux qui se sont laissés séduire par les sirènes des sondages seront retrouvés la seule troisième voie qui soit viable pour notre pays.

 

3. Avec un taux de participation record, le résultat est sans appel et la légitimité de Sarkozy ne peut être contestée. Aucun troisième tour dans la rue n'aurait de légitimité. Les français veulent clairement une rupture, un changement, mais ils ont pris soin de ne pas se jeter dans les bras d'un vote contestataire totalement contre-productif.

 

Le peuple français m’a fait plaisir. Ainsi, les français tournent le dos à l’impasse et revendiquent une espérance. Il appartient aux libéraux de se détacher des calculs politiciens. Ils ne doivent plus être tentés par un anti-sarkozysme qui était devenu primaire et indigne du débat politique. Les français attendent des réformes et ils ont exprimé leur ras-le-bol du tout social, du socialisme, de l'assistanat et du politiquement correct.

 

Une nouvelle dynamique est enclenchée à laquelle toutes les forces réformatrices d’inspiration libérale doivent s’associer.

 

Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

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marc d HERE 24/04/2007 21:32

Ségolène Royal a déclaré à Rouen mardi soir que si François Bayrou rejoint le "pacte présidentiel" proposé aux Français, "bien sûr" il y aura des ministres UDF au gouvernement.
(Avec AFP).
 

marc d HERE 24/04/2007 21:30

Le député-maire UDF de Rouen, Pierre Albertini, a annoncé aujourd'hui son ralliement au candidat de l'UMP à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy. Il est présent aujourd'hui au meeting du candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy à Rouen.
(Avec Reuters).
 

yann 24/04/2007 19:45

Corinne Lepage a clairement pris position contre tout rapprochement de François BAYROU avec l'UMP et son candidat.

Je cite l'AFP. Corinne LEPAGE estime dans les colonnes de "La Croix" d'aujourd'hui que le président de l'UDF ne "doit pas renouer d'alliance avec la droite". "Sinon, cela ne valait vraiment pas la peine de fournir tant d'efforts pour faire entendre sa différence".

"Doit-il pour autant pencher à gauche? Je dirais plutôt que le candidat UDF est parvenu à créer un nouvel espace politique qui ne se confond ni avec la droite ni avec la gauche et qu'il s'agit aujourd'hui de le faire vivre", via la "création d'une nouvelle formation politique qui puisse réunir des gens d'horizons différents", histoire de se défaire de la "petite connotation de droite, dont François Bayrou souhaite se défaire" et que garde l'UDF. Ce nouveau parti doit "voir le jour avant les élections législatives".

Et selon Corinne Lepage, "tout cela n'a de sens que si le nouveau parti adopte la forme d'une confédération et abrite un pôle écologique à part entière".

Notant que "nombre d'électeurs ont malgré tout choisi François Bayrou parce qu'ils le jugeaient à même de créer une alliance de centre-gauche", et que "c'est sans doute ce qu'il aurait tenté de faire s'il s'était qualifié pour le second tour contre Nicolas Sarkozy", Mme Lepage se demande enfin si cette idée peut "aboutir dans les conditions actuelles? On devrait le savoir bientôt".

Je suis en plein accord avec Corinne LEPAGE.

Au fait Marc tu ne nous as pas dit que tu avais en qualité de Président d'Initiative Européenne et Sociale appelé à la refondation de l'écologie politique avec Corinne LEPAGE.
Pour ceux qui ne sont pas au courant, je vous invite à lire l'article suivant sur le site de Libération
http://www.liberation.fr/rebonds/249285.FR.php

Tu es beaucoup plus préoccupé par les questions d'écologie que ce que tu veux bien nous en dire. Tant mieux !

Fred 24/04/2007 18:46

"Les français veulent clairement une rupture, un changement, mais ils ont pris soin de ne pas se jeter dans les bras d'un vote contestataire totalement contre-productif"
Au terme d'une campagne sans sortants ni bilan, je vois mal quel vote aurait pu être interprété autrement que par un désir de rupture... 
Peut-être suis-je complètement idiot, mais il me semble que Nicolas Sarkozy n'a pas d'autre projet que de reconduire dans un mois la même majorité des 70% députés sortants qui ont voté comme un seul homme toutes les lois de finance (y compris celle qu'il a élaboré en 2004) et tous les projets du gouvernement avec lequel il entend aujourd'hui "rompre"...
Alors bien sûr, on peut penser qu'en France il est fondé de se moquer du parlement et de penser que le Président doive imposer la vérité à tous, mais je doute alors que les électeurs de Bayrou doivent se précipiter vers ce vote qui détruirait tout le travail mené depuis 5 ans pour échapper à son rôle de supplétif docile...

JAULIN 24/04/2007 18:40

Je recommande à tous les "excités" du TSS (tout sauf sarko) les propos que vient de tenir Jean Marie Bockel  sur Public Sénat  et qui présente NS comme "un candidat sérieux, apte à exercer les fonctions de chef de l'Etat "(au même titre que SR)... et qui ne mérite pas la "diabolisation actuelle".... Jmb se prononce pour une alliance éventuelle du centre et d'un " PS rénové " qui se positionnerait clairement sur le segment social libéral / social démocrate....
Gérard JAULIN   IES Normandie