Concours

Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 09:22

 

Voir  le communiqué du Cercle des Libertés Egales: http://libertesegales.canalblog.com/archives/2012/02/16/23534138.html

 

 

Et, s'inscrire au blog du Cercle des Libertés Egales: http://libertesegales.canalblog.com

 

Amitiés à tous.

 

Marc d'Héré

Par marc dHERE - Publié dans : Election Présidentielle - Communauté : Politique
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 13:55
Par marc dHERE - Publié dans : Réflexion politique - Communauté : Politique
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Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 08:58

 

Je publie, sur le site du "Nouvel Obs +", un   article  invitant le Président à passer à l'offensive,  à la suite de la défaite de la majorité à l'élection sénatoriale:

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/196669;quelle-strategie-pour-le-president-apres-la-victoire-de-la-gauche-au-senat.html

 

Marc d'Héré

Par marc dHERE - Publié dans : Réflexion politique - Communauté : Politique
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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 19:41

 

Communiqué du Cercle des Libertés Egales...

 

Les socialistes, avec l’aide d’une presse amie, cherchent à utiliser, contre le Président, une enquête sur l’attentat de Karachi (qui aurait été provoqué, si l’on en croit certains, par l’arrêt, décidé par Jacques Chirac, du versement de commissions),  opportunément accélérée et médiatisée ces derniers jours.

 

L’opposition socialiste utilise abondamment les insinuations et les condamnations abruptes, piétinant aujourd’hui allègrement la  présomption d’innocence, (comme lors de l’affaire Woerth précédemment), elle qui était si attentive à son respect lors de l’affaire Strauss-Kahn (et la majorité la rejoignait sur ce point).

 

Les socialistes ont un respect bien sélectif et très  « politique » des droits et des devoirs.

Se souvenant, sans doute, de  ce que la victoire de Mitterrand, en 1981, devait à la  fausse  « affaire »  des diamants de Giscard,  ils utilisent les mêmes armes et les mêmes moyens.

 

Cela ne surprend pas. En revanche, on peut s’étonner de ne pas entendre certains « centristes de la majorité », candidats potentiels à la présidentielle, intervenir pour défendre eux aussi cette présomption d’innocence à laquelle ils prétendent tenir.

 

Marc d’Héré

Animateur du « Cercle des Libertés Egales »

 

Par marc dHERE - Publié dans : Vie politique - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Samedi 30 juillet 2011 6 30 /07 /Juil /2011 11:56

 

Lisez l'article  "Le Cercle des Libertés Egales, une nécessité"  

http://libertesegales.canalblog.com/archives/2011/07/26/21679344.html

 

 

 

 

 

et inscrivez-vous au nouveau blog " Cercle des Libertés Egales" :

http://libertesegales.canalblog.com/ 

 

 

Marc d'Héré 

Par marc dHERE - Publié dans : Réflexion politique - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 07:33

 

Voir sur le nouvelobs.com un article que je viens d'y publier sous le titre "La Gauche Moderne" dans le piège de la Confédération des centres.

 

voir: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/2312;la-gauche-moderne-dans-le-piege-de-la-confederation-des-centres.html

 

Après une analyse du piège que représente cette confédération des centres, qui  cache mal son antisarkozysme,  j'appelle à la consitution d'un "Cercle des Libertés Egales" club politique de centre gauche,  clairement social et libéral, soutien de la politique de réforme du Président de la République.

 

Que ceux qui peuvent être interessés par ce cercle de réflexion, ouvert à des membres comme à des non membres de La Gauche Moderne , me le fassent savoir... en commentaires de cet article ou à mon adresse mail...

 

Marc d'Héré

 

ies1@hotmail.fr

 

 

Par marc dHERE - Publié dans : Démocratie - Communauté : La gauche dans la majorité
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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 06:47

 

par Raymond Boudon...

 

Par Raymond BOUDON.....

Pour bien des acteurs et des commentateurs politiques la recherche de l’égalité paraît représenter un objectif politique d’une valeur inconditionnelle, voire l’objectif politique ultime. Mais qu’en pense le premier concerné, à savoir le public ?

Égalité des conditions

Certains postulent que toute société doit tendre vers l’égalisation des conditions et que les inégalités sont toujours un mal. Mais le public exige-t-il une égalisation des conditions ? Les études dont on dispose suggèrent plutôt que, pour le public, une bonne politique économique et sociale est celle qui favorise la croissance et assure un filet de protection sociale efficace. Quant à la réduction des inégalités globales, elle n’est guère l’objet d’une demande de sa part. Car il voit bien qu’elles sont d’origines diverses et qu’il est par suite impossible d’apprécier le degré auquel, considérées en bloc, elles sont légitimes.

Le public accepte en effet selon les enquêtes que les rémunérations soient indexées sur le mérite, les compétences ou l’importance des services rendus. Quant aux limites au-delà desquelles ces inégalités seraient perçues comme excessives, elles sont indécises. Ne sont pas non plus perçues comme injustes les inégalités qui résultent du libre choix des individus. Les rémunérations des vedettes du sport ou du spectacle sont ressenties comme excessives plutôt que comme injustes, leur succès résultant de l’agrégation de choix individuels non contraints.
Le principe d’équité veut que, à contributions identiques, les rétributions soient identiques. Mais le bon sens refuse de considérer comme injuste que deux personnes exécutant les mêmes tâches soient rémunérées différemment du fait qu’elles appartiennent à des entreprises ou à des régions dont l’état de santé économique n’est pas le même. Le public ne considère pas non plus comme injustes des différences de rémunérations concernant des activités non comparables. Ainsi, il est difficile de déterminer si un chirurgien doit être plus ou moins rémunéré qu’un chef d’entreprise. Il ne considère pas comme injustes des inégalités dont on ne peut déterminer si elles sont fonctionnelles ou non.

Il considère en revanche comme injustes les inégalités qu’il perçoit comme des privilèges. Il admet fort mal qu’un responsable profite de sa situation pour s’attribuer des avantages illégitimes ou qu’un chef d’entreprise se fasse octroyer par son conseil un « parachute doré », surtout lorsque celui-ci « sanctionne » une mauvaise gestion. Il voit bien que certains régimes spéciaux de retraite recouvrent d’authentiques privilèges sous le voile pudique des « droits acquis ». Il désapprouve que les acteurs politiques utilisent leur pouvoir pour s’attribuer des avantages injustifiés. Il voit bien que, contrairement à ce qu’affirme un poncif facile, la sobriété affichée par les gouvernants des démocraties du Nord de l’Europe, ne s’explique pas par l’influence du protestantisme, mais par le fait que la démocratie y est plus avancée qu’en France. Sauf à supposer qu’ils aient des gènes culturels différents, on ne voit pas en effet pourquoi les exigences des Français en matière d’équité seraient inférieures à celles des Norvégiens ou des Allemands.

Égalité des chances

Cette forme de l’égalité est perçue comme une exigence des sociétés démocratiques. Il est normal qu’il en soit ainsi, car, à la différence des inégalités dites « de résultat », l’inégalité des chances est contradictoire avec les valeurs fondamentales des sociétés démocratiques. Sur ce chapitre, l’inégalité des chances scolaires – le fait que le niveau scolaire atteint par un individu soit lié, au sens statistique, à son origine sociale – a été l’objet d’une attention particulière.

Une deuxième raison de l’attention accordée à l’inégalité des chances scolaires est qu’elle s’est révélée très résistante aux médications. L’enseignement compensatoire n’a pas produit les résultats escomptés. L’extension du tronc commun, qui a donné naissance à l’« école unique » en France ou à la Gesamtschule en Allemagne, a engendré d’innombrables effets pervers : dégradation générale de l’efficacité du système d’éducation et du climat de l’école, échecs scolaires nombreux, morosité des enseignants, ratés dans la transmission du savoir. Les espoirs mis dans la réforme des méthodes pédagogiques ont été, eux aussi, largement déçus.

Parmi les facteurs responsables de l’inégalité des chances scolaires, certains apparaissent sous tous les horizons. Les enquêtes ont démontré que certaines « valeurs » varient avec l’origine sociale. Ainsi, on a plus fréquemment une attitude fataliste devant la vie au fur et à mesure qu’on descend dans l’échelle sociale. Cela a un effet sur l’inégalité des chances scolaires. D’autres ont insisté sur le fait que les apprentissages cognitifs effectués au sein de la famille facilitent les apprentissages scolaires. Les économistes ont insisté sur la variation avec l'origine sociale des coûts d'opportunité et des coûts directs résultant de la prolongation des études. Les sociologues ont insisté sur l’effet dit « des groupes de référence ». Cette notion traduit un mécanisme psychologique facilement observable et compréhensible : un adolescent issu d’une famille favorisée tend, comme ses parents, à considérer la perspective d’occuper un emploi de niveau moyen comme un échec, l’adolescent issu d’une famille défavorisée comme une réussite. A niveau de réussite scolaire égal, le second tend donc à avoir des ambitions sociales plus faibles.

En raison de l’incertitude sur l’importance relative de ces facteurs, une réponse consiste à en privilégier tel ou tel par facilité ou pour des raisons idéologiques. Quand on ne sait pas où l’on a perdu ses clés, pourquoi ne pas les rechercher auprès du réverbère ? C’est ainsi qu’il faut analyser la vogue de la théorie de la « reproduction » hier et du « pédagogisme » aujourd’hui. Ce sont en effet ces théories fumeuses qui ont surtout retenu l’attention de nombre d’enseignants et de politiques des années 1960 à la fin du XXe siècle : selon la première, l’école véhiculerait une culture, celle de la « classe dominante », facilitant la « reproduction » de cette dernière. Selon la seconde, une pédagogie d’inspiration rousseauiste permettrait d’atténuer l’inégalité des chances scolaires. On doit à ces théories : la méthode de lecture globale, la grammaire « structurale », les mathématiques « modernes » ou l’idée que l’école moderne doit être un « lieu de vie » plutôt que de transmission du savoir. Par voie de conséquence, on leur doit aussi : l’explosion des échecs scolaires, la régression régulière de la France dans les évaluations internationales des performances scolaires, les taux remarquables de chômage des jeunes et finalement la morosité particulière dont, selon les enquêtes, témoigne la jeunesse française.

Or on peut montrer que le mécanisme des « groupes de référence » contribue bien davantage à expliquer l’inégalité des chances scolaires que les autres, notamment que les « valeurs » caractérisant les différentes catégories sociales ou que les acquis cognitifs transmis par la famille à l’enfant. Si on parvenait à l’éliminer, on réduirait l’inégalité des chances de manière très sensible. En revanche, on la réduirait faiblement en essayant de compenser les différences d’aptitude à l’école résultant de différences dans les apprentissages cognitifs au sein de la famille.

Cette théorie, que j’ai défendue dans mon Inégalité des chances (Hachette, 2007 [1973]), explique correctement l’ensemble des données connues et notamment la résistance de la relation entre origine sociale et niveau scolaire. Elle permet de comprendre pourquoi les enseignements dits de « compensation » ont eu des effets décevants et pourquoi il ne faut rien attendre du « pédagogisme ». Une étude de V. Müller-Benedict parue dans la prestigieuse Kölner Zeitschrift für Soziologie (déc. 2007, 615-38) vient à nouveau de valider cette théorie dans le cas de l’Allemagne à partir de données de l’enquête PISA.

Loin d’inviter à la résignation et à l’inaction, cette théorie suggère que, pour obtenir une réduction de l’inégalité des chances, il faut 1) renforcer dans les faits la fonction essentielle de l’école, c’est-à-dire la fonction de transmission des savoirs ; 2) renforcer l’évaluation des élèves, ainsi que 3) la liaison entre les résultats de l’évaluation et l’orientation. En outre, les incertitudes relatives à l’évolution de la demande en matière de compétences jointes à l’hétérogénéité croissante de la population scolarisée invitent à 4) stimuler la différenciation du système scolaire en étendant au maximum l’autonomie des établissements scolaires. Bref, elle invite à mettre fin à une fiction qui s’est révélée porteuse d’effets redoutables, celle de l’égalité « républicaine » des établissements. L’abolition de la carte scolaire représente une pièce importante de ce dispositif d’ensemble. Celui-ci permettrait non seulement de réduire l’inégalité des chances scolaires, mais d’augmenter les chances que chacun trouve sa voie, d’atténuer l’échec scolaire et le chômage des jeunes, et de favoriser l’intégration des jeunes de toutes origines.

Une politique de ce genre est en effet susceptible d’entraîner une atténuation de l’inégalité des chances, non seulement scolaires, mais sociales. Les États-Unis ont réussi à créer une vaste classe moyenne noire en trois décennies (1960-1990). Cet effet résulte sans doute de la mise en place de la politique des droits civiques, mais celle-ci a porté ses effets grâce à l’autonomie des établissements d’enseignement américains et à la très grande diversification qui en résulte, ainsi qu’à la latitude consentie au citoyen d’inscrire ses enfants à l’école de son choix.

Égalité et solidarité

La croissance des Trente Glorieuses n’est plus. La population des nations européennes vieillit. Les dépenses de santé et d’éducation augmentent inexorablement. Les démocraties modernes, dont la France, sont donc confrontées au problème de la définition d’une politique de redistribution rationnelle, capable de satisfaire, en fonction de ces paramètres, le double principe de l’équité et de l’efficacité.

Un exemple révèle que ce double principe est effectivement une condition nécessaire et suffisante du consensus. À l’issue de discussions et de conflits prolongés, un consensus très général s’est établi il y a quelque temps déjà sur l’idée que l’impôt sur le revenu est une bonne chose, et qu’il doit être modérément progressif. La raison de ce consensus est que cette institution satisfait au double principe de l’équité et de l’efficacité.

En effet, les sociétés modernes sont grossièrement composées de trois classes sociales : les riches, qui disposent d’un surplus significatif ; la classe moyenne, qui ne dispose que d’un surplus limité ; les pauvres. La cohésion et la paix sociale, le principe de la dignité de tous impliquent que les pauvres soient subventionnés. Par qui ? Au premier chef par la classe moyenne, en raison de son importance numérique. Mais celle-ci n’accepterait pas d’assumer sa part si les riches ne consentaient pas à participer à la solidarité à un niveau plus élevé. Il résulte de ces raisons que l’impôt doit être progressif. D’un autre côté, il doit être modérément progressif sous peine d’entraîner des effets pervers nuisibles à la collectivité et violant ainsi le principe d’efficacité.

Le consensus qu’on observe ici s’est donc bien formé sur la base du double principe de l’équité et de l’efficacité. Une fois suffisamment informé, le citoyen quelconque, quelle que soit la classe à laquelle il appartient, a toutes chances d’accepter l’idée d’un impôt sur le revenu modérément progressif. Sans doute certains s’opposent-ils à ce consensus, sous l’effet de leurs intérêts, de leurs préjugés ou de leurs passions et quelques économistes recommandent-ils de revenir à un impôt proportionnel, voire d’abolir l’impôt sur le revenu. Mais c’est qu’ils ignorent les exigences du principe d’équité.

Le double principe de l’équité et de l’efficacité représente un guide indispensable en un temps où bien des décisions et commentaires politiques donnent l’impression de témoigner d’une « pertes des repères intellectuels ». Pour évoquer deux exemples entre mille : en vertu du principe d’équité, le citoyen quelconque estimerait certainement que les droits de propriété doivent être considérés comme étant à un plus haut degré intangibles s’agissant des richesses accumulées sous l’effet du mérite et de la compétence que des richesses acquises par héritage. Il recommanderait donc de préférer l’impôt sur les successions à l’impôt sur la fortune pour financer les dépenses publiques. C’est pour satisfaire à cette exigence du principe d’équité que les démocraties avancées ont toutes renoncé à l’impôt sur la fortune. Le citoyen quelconque estimerait aussi qu’il est profondément contraire au principe d’équité de boucler les fins de mois de l’Etat aux dépens de générations futures incapables d’accorder leur consentement. L’exception française sur ces deux points provient de ce que les acteurs politiques et les intellectuels français perçoivent facilement leurs concitoyens comme inspirés dans leurs jugements politiques par l’envie, l’égoïsme et la myopie plutôt que par des considérations d’équité et d’efficacité. Un point de vue aussi faux que désobligeant.

Le citoyen quelconque accepterait aussi que l’on renonce à la politique compassionnelle d’assistance aux déshérités au profit d’une politique rationnelle conforme au double principe de l’équité et de l’efficacité. Autant il est indispensable d’apporter de l’aide au citoyen en difficulté, autant il est négatif pour la collectivité et pour lui-même d’en faire un assisté. C’est pourquoi on observe dans toutes les démocraties, en Scandinavie, en Allemagne avec les mesures dites Hartz IV, au Royaume-Uni avec le nouveau New Deal de Tony Blair ou aux Etats-Unis avec le workfare de Clinton, une évolution tendant à substituer une politique rationnelle de solidarité à une politique compassionnelle, en l’occurrence à réformer le système d'allocations chômage en durcissant les conditions d'indemnisation. Les commentaires négatifs sur ces réformes se sont progressivement éteints parce qu’elles ont été perçues comme substituant à une politique d’assistance une politique à la fois plus respectueuse de la dignité humaine et fondée sur une représentation du citoyen quelconque comme sensible au double principe de l’équité et de l’efficacité. Parmi les démocraties avancées, la France a été de nouveau la dernière à mesurer l’inefficacité et l’iniquité des politiques compassionnelles.

Égalité des droits

Les sociétés modernes sont caractérisées par une demande de plus en plus pressante de la part du public, à savoir que chacun soit traité comme ayant une dignité égale et par suite comme étant habilité à jouir des mêmes droits : des mêmes libertés. C’est pourquoi la liberté a la préséance sur l’égalité dans la devise républicaine.

La notion de dignité humaine définit un programme permanent dont le contenu s’approfondit avec le temps. Il est aujourd’hui aussi actif que jamais. De nouveaux droits sont constamment revendiqués et créés. On parle même de « droits non opposables » dont l’application ne peut être exigée devant les tribunaux. Malgré cela, ils sont spontanément qualifiés de « droits », car on a le sentiment qu’ils ont vocation à devenir opposables à plus ou moins brève échéance. Ces bégaiements sont inévitables : la notion de dignité humaine étant intrinsèquement floue, son contenu est par la force des choses évolutif. D’où l’apparition d’interprétations utopiques. Ces bégaiements sont soumis à un processus de sélection qui s’opère sous le contrôle de l’opinion. Bien des utopies d’hier ont pris force de loi, dès lors que les circonstances s’y sont prêtées.

Ces bégaiements peuvent aussi donner lieu à des dérives, comme lorsque le droit du citoyen à être protégé par l’autorité publique s’est trouvé bafoué sous l’effet, non d’un sympathique angélisme, mais de l’idéologie profondément destructrice du lien social qui veut que le délinquant soit une victime de la société. Son influence a été telle qu’elle avait réussi à installer en France un droit tacite à l’impunité, heureusement rejeté aujourd’hui.

Sur la question de l’égalité des droits comme sur les autres questions soulevées par la notion d’égalité, le double principe de l’équité et de l’efficacité est un guide sûr. Il permet d’échapper à l’idéologie et à la confusion intellectuelle : confusion -pas seulement due à la racine commune des deux mots- entre l’égalité et l’équité ; confusion entre l’impérieuse égalité des droits, la désirable égalité des chances et l’utopique égalité des conditions.

                                                    Raymond Boudon

Par Raymond Boudon - Publié dans : Réflexion politique - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 17:33

 

Par Bernard Spitz, Le Monde du 23 10 09...


Certaines crises prennent la société au dépourvu. Si un renversement des années de croissance financière était prévisible, ses modalités, le moment de l'effondrement et ses causes précises l'étaient moins. D'autres transformations, elles, sont annoncées et inéluctables. Projetée à trente ans, la démographie est une science exacte. Nous connaissons l'évolution de la pyramide des âges et ses conséquences : la nécessité de repenser le financement et la nature même du système de retraites ; les charges sur notre système de santé ; l'obligation de concevoir avec lucidité nos devoirs envers nos aînés en fin de vie.

Chacun d'entre nous a pour perspective un espoir de vie plus long qu'il ne l'a jamais été. Nombre d'entre nous connaîtront aussi, au cours de leurs dernières années, une situation de dépendance physique ou mentale telle qu'une assistance extérieure leur sera nécessaire. Voudrions-nous l'oublier qu'autour de nous la complexité croissante des situations familiales viendrait nous le rappeler. Car en même temps que le nombre de personnes dépendantes est appelé à augmenter (de 50 % d'ici à 2040, pour atteindre 1,5 million de personnes), les liens et les solidarités intergénérationnels se distendent, abolissant beaucoup des réseaux de soutien traditionnels.

Pis encore, nous sommes loin d'avoir réparé la fracture qui réserve, dans la société française, l'essentiel des privilèges - sécurité de l'emploi, du salaire ; perspectives de carrière et d'avancement social - à une tranche étroite d'adultes âgés de 25 à 50 ans, voire 55 ans. A coups de stages non payés et de CDD, nous avons fait des jeunes la variable d'ajustement d'un système dont le déficit de fluidité affecte la créativité même de notre nation. Arrivés sur le marché du travail pendant et juste après les "trente glorieuses", les baby-boomers ne ménagent guère d'ouvertures aux générations qui les suivent, et pèsent de plus en plus sur les choix politiques. Ils font par ailleurs tomber le couperet - retraites, préretraites, restructurations - sur les "seniors", à qui la médecine et les évolutions des modes de vie ont pourtant accordé une forme physique impensable pour la génération de leurs parents.


Nation divisée

Ce gâchis économique, qui fait reposer l'essentiel de la productivité du pays sur une minorité, l'est encore plus au niveau social. Comment espérer préserver un sentiment de solidarité entre des générations dont la moitié s'estime flouée par l'autre ? Et pourtant, après avoir repoussé pendant des années la nécessaire refonte des retraites, seulement abordée depuis deux ans, comme de l'enseignement, qui se profile à peine, il importe de ne pas perdre de temps pour faire de la dépendance une priorité nationale. Le président de la République l'affirmait devant le Sénat le 18 septembre 2007, promettant "un nouveau droit à la protection sociale... mieux adapté à la diversité des situations individuelles... en développant l'assurance individuelle contre le risque de dépendance... non pas en substitution de la solidarité nationale mais en complément". Aborder de front la dépendance aurait deux vertus : réintroduire le long terme dans les grands choix de politique publique ; et fédérer sur un terrain commun une nation divisée. L'Etat, qui assure un minimum d'assistance décent, ne saurait prendre en charge toutes les situations individuelles, alors que les études montrent que nous refusons l'institutionnalisation de la fin de vie.

Or près d'un Français sur trois a déjà dans son entourage une personne dépendante. Pour ne pas devoir prendre dans l'urgence des décisions contraignantes, les chemins d'une solution passent par un partenariat entre le public et le privé, où les assureurs français peuvent apporter une expérience reconnue. Un système supportable pour les finances publiques pourrait passer par la création d'une couverture dépendance accessible à tous grâce à des aides ciblées pour les faibles et moyens revenus.


La France
est en pointe dans le domaine des contrats d'assurance-dépendance, qui existent chez nous depuis 1980. Il y en a 3 millions, alors que les Etats-Unis en comptent 7 à 8 millions. A cet égard, les travaux du sénateur Philippe Marini et de la mission commune d'information du Sénat, qui préconisent le développement de la couverture assurancielle du risque dépendance, au côté du pilier public de prise en charge, dans le cadre d'un système mixte de financement de la dépendance, fournissent un cadre de grande valeur. Cette réflexion sera approfondie en décembre lors des rencontres du Conseil d'orientation et de réflexion de l'assurance (CORA), qui réuniront les spécialistes français de la dépendance au siège de la Fédération française de sociétés d'assurances (FFSA).


"L'histoire de toutes les guerres perdues se résume en deux mots : trop tard"
, disait le général MacArthur. Il n'est pas trop tard pour relever le défi de la dépendance, et, ce faisant, de relancer une nouvelle solidarité entre les Français.


Bernard Spitz est président de la Fédération française des sociétés d'assurances.

Par Bernard Spitz - Publié dans : Economie et social - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 09:07

 

Henri Guaino dans "Acteurs Publics"...

 

“Il faut débureaucratiser l’État”

 

Le conseiller spécial du président de la République se pose en défenseur des services publics et de la protection sociale. Il appelle toutefois à diminuer les dépenses courantes au profit de l’investissement public. Pour Henri Guaino, la crise a pour vertu d’avoir disqualifié l’idéologie du “moins d’État” dans l’économie.

 

Trois ans après le lancement de la Révision générale des politiques publiques, quel bilan en tirez-vous ? Depuis longtemps, la modernisation de l’État s’accomplissait dans le désordre, sans vue d’ensemble et sans continuité. Une révision générale et systématique était donc devenue nécessaire. Depuis trois ans, des réorganisations qui attendaient depuis plusieurs décennies ont enfin été menées à bien et la gestion de notre fonction publique a été profondément rénovée avec la suppression de tous les obstacles à la mobilité, l’évaluation, la rémunération au mérite.

100 000 emplois ont été supprimés et la moitié des économies réalisées ont été utilisées pour revaloriser les carrières. Dans les deux ans qui viennent, l’effort se poursuivra avec trente opérateurs de l’État inclus dans le processus, 150 audits hospitaliers, un grand programme de simplification des formalités administratives, un plan de lutte contre la précarité des agents non titulaires… En 2012, c’est la plus grande entreprise de modernisation de l’État depuis 1958 qui aura été accomplie.

 

Les critiques sur une détérioration des services publics semblent trouver un écho dans la population. Comment expliquez-vous ce décalage entre le discours et la perception ? La crise a masqué les progrès en obligeant les services publics à faire face à un surcroît de difficultés économiques et de souffrances sociales, mais ils l’ont fait avec beaucoup de sens des responsabilités et beaucoup d’efficacité, ce qui a permis, comparé à beaucoup d’autres pays, d’atténuer considérablement les effets de la récession.

 

En période de crise justement, la demande de services publics est plus forte. Comment y répondre en période de disette budgétaire ? À côté du nécessaire effort de productivité des services publics, c’est dans les réformes structurelles pour réduire la fracture sociale, faire reculer le chômage, améliorer la compétitivité que nous trouverons les plus grandes marges de manœuvre financières, car l’état des finances publiques ne peut pas être séparé de ceux de la société et de l’économie.

 

 

 

 

Cette demande de plus de services publics n’est-elle pas en contradiction avec la politique menée depuis plusieurs années en France et en Europe ?
Pendant trente ans, l’idéologie dominante dans le monde et particulièrement en Europe n’a pas été favorable au rôle de l’État dans l’économie, à la protection sociale, aux services publics. La crise a disqualifié cette idéologie. On va vers un rééquilibrage entre l’État et le marché et je suis convaincu que le modèle français sera plus à l’aise dans le monde de demain que dans celui d’hier.

 

Cette prise de conscience se heurte pourtant à la nécessité de réduire fortement les dépenses publiques…

Croire que c’est en détériorant la qualité du service public que nous pourrions résoudre nos difficultés serait une erreur. La remise en ordre de nos finances publiques passe par notre capacité à faire du service public un levier du développement économique et de la compétitivité globale et à distinguer l’investissement public et les dépenses courantes.

Il faut diminuer nos dépenses courantes, mais accroître l’investissement, car l'on ne remboursera les dettes d’hier qu’avec les revenus de demain et les revenus de demain, ce sont les investissements d’aujourd’hui. C’est la philosophie partagée par le grand emprunt et le Fonds stratégique d’investissement.

 

 

N’avez-vous pas l’impression d’un retour de balancier aujourd’hui, avec une pression très forte pour réduire les déficits publics ?
On ne peut pas supporter durablement un déficit à 8 % du PIB. Il faut le réduire, en supprimant les mesures de soutien à l’activité, au fur et à mesure du retour de la croissance, sans l’étouffer ni sacrifier l’avenir. Plus les marchés sont fébriles, plus il faut garder son sang-froid. C’est l’attitude de la France.

 

N’y a-t-il pas un risque de voir la réduction des dépenses affaiblir structurellement les services publics ?

 Je ne vois pas pourquoi les services publics seraient le seul secteur où les gains de productivité seraient impossibles ni pourquoi ils ne seraient pas, comme partout ailleurs, compatibles avec davantage de qualité.

 

Les attaques de la gauche sur le thème de l’affaiblissement des services publics seront pourtant un thème de campagne fort en 2012…La gauche serait plus crédible si elle soutenait la logique du grand emprunt ou si elle appelait l’Europe à tirer les leçons de la crise. Si la politique européenne de la concurrence reste la même, nous aurons bien du mal à préserver nos services publics. C’est un gouvernement de gauche qui a négocié et signé l’Acte unique. C’est encore un gouvernement de gauche qui a négocié et signé la directive qui introduit la concurrence dans le marché du gaz.

C’est la gauche encore qui a voté, en 1998, la loi de transposition et la première directive sur la concurrence dans l’électricité. C’est Nicolas Sarkozy qui a fait inscrire dans le traité de Lisbonne que la concurrence ne devait plus être une finalité, mais seulement un moyen.

 

Inscrire dans la Constitution l’obligation de s’engager sur une trajectoire de déficits budgétaires pour cinq ans ne revient-il pas à éteindre tout débat sur les finances publiques ? C’est tout le contraire. Ce qui est proposé, c’est que le gouvernement s’engage devant le Parlement en début de législature sur sa stratégie en matière de finances publiques sur la durée du mandat, qu’il y ait chaque année un débat et un vote sur les engagements pluriannuels communiqués à Bruxelles et que toutes les mesures fiscales soient réservées à la loi de finance. Donc, il y aura davantage de débats et davantage de clarté.

 

Trajectoire budgétaire, cela veut dire, à l’extrême, que les gouvernements pourront envisager de creuser encore les déficits, à condition de le dire…Cela veut dire que la majorité se fixe une stratégie pour la durée de son mandat, car rien ne peut se faire de sérieux en matière de finances publiques qui ne s’inscrive dans la durée.

 

Pourquoi n’êtes-vous pas favorable à l’interdiction de présenter un budget en déséquilibre, comme certains le réclament dans la majorité ? Il est toujours délicat d’enfermer la réalité économique dans une stricte règle de droit qui, par définition, est indifférente aux conjonctures. Ne pas pouvoir déroger à une règle d’équilibre peut, dans des circonstances de crise, conduire à la catastrophe. Et si l’on peut y déroger, que reste-t-il de la règle ? Si elle est contraignante, qui décide ? Le juge constitutionnel ? Un comité d’experts ? Et que fait-on des investissements publics ?

 

La réforme des services déconcentrés et des préfectures a abouti à une concentration des directions et des services sur le territoire. N’est-ce pas un recul de l’État ? C’est tout le contraire. La réforme des services déconcentrés renforce la cohérence de l’action locale de l’État. On renforce aussi le rôle du préfet de région. C’est logique, compte tenu de l’importance prise par la région.

 

La gauche, majoritaire dans les conseils généraux et régionaux, dénonce une recentralisation. Assumez-vous ce retour de l’autorité et du pouvoir de l’État sur le territoire ? La condition d’une décentralisation réussie, c’est un État fort. Et un État fort, ce n’est pas un État qui disperse ses moyens, mais qui les concentre pour agir efficacement. On est allé trop loin dans l’abaissement de l’autorité et de la responsabilité de l’État, et plus on a abaissé l’État, plus il s’est bureaucratisé. L’enjeu, aujourd’hui, est de “débureaucratiser” et de recréer un État entrepreneur, qui assume les grands risques, qui desserre l’étreinte du court terme, qui organise la péréquation.

 

 

Comment peut-on consolider ce nouvel État et le modèle français alors que le poids de la dette et des déficits contraint la dépense publique ?
Le socle, c’est l’État, la nation et la République. En le détruisant, on ne prépare pas l’avènement de l’individu, mais celui des féodalités et du communautarisme, de l’enfermement dans le local, dans le clan ou dans la tribu. À cette fragmentation de la société, le service public oppose la logique de la solidarité, du partage, de l’égalité des chances, du long terme.

Le desserrement de la contrainte financière ne viendra pas du démantèlement du service public ou de la protection sociale, mais de notre capacité collective à faire en sorte qu’un nombre de personnes toujours plus grand ne soit pas à la charge d’un nombre toujours plus réduit d’actifs.

 

 

Êtes-vous toujours persuadé que la crise financière a marqué la fin d’un monde ?
Plus que jamais. Même si tous ceux qui ont beaucoup profité des dérives du capitalisme financier n’en ont pas – ou ne veulent pas – en avoir encore conscience, la crise a prouvé que ce système n’était tout simplement pas viable et la société qu’il a engendrée non plus. Le capitalisme financier a imposé à toute l’économie et toute la société ses rythmes et ses critères. Mais c’est une voie sans issue. Ou bien nous changerons dans la concertation, la coopération. Ou bien ce seront des catastrophes économiques, sociales et politiques qui nous y forceront. Mais le monde changera. Et dans ce monde à venir, il y aura plus d’État, plus de services publics, plus de régulation. Mais quel État, quels services publics, quelle régulation ? Voilà les questions auxquelles nous devrons répondre.

 

 

 

 

Propos recueillis par Bruno Botella et Laurent Fargues

 

 

Par Henri Guaino - Publié dans : Etat et services publics - Communauté : Politique
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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /Mai /2010 15:05

 

Claude Imbert, Le Point du 12 05 10...

 

Ceux que chagrinent, depuis trois décennies, l'illusion française et la débilité européenne ne voient pas la crise d'un oeil effaré. Car, imprévisible dans sa mise à feu, ses bonds et rebonds, la crise ne leur paraît, au bout du compte, que le précipité d'un long pourrissement. Le « panier percé » de maints Etats européens - dont le nôtre -, l'inachèvement politique de l'Europe à 27, toutes ces funestes évidences - ici rabâchées - n'auront perduré que dans l'ignorance des peuples, l'abaissement des élites et leur complaisance démagogique à éviter les vérités qui fâchent.

 

Le doigt des marchés nous montre aujourd'hui les lourds nuages de crédits dévalués, titrisés ou toxiques qui tournent sur nos têtes, et l'imbécile ne regarde que le doigt. Haro sur les marchés ! Ils ne sont certes pas sans vices. Mais leur mécanique implacable n'aura fait que sanctionner d'abord le délire occidental des crédits privés, puis l'entassement des emprunts d'Etat venus à la rescousse. Ajoutés aux lourds et anciens déficits publics, le total fait peur.

 

Si la démesure, si l'empire outrancier du virtuel, si cette cavalcade de plus en plus découplée de l'économie réelle fut celle des marchés eux-mêmes, elle fut d'abord celle de leurs mandants, celle des boulimiques du « toujours plus », celle d'Etats sans guides courant derrière leurs peuples.

 

Les marchés ont donc concouru à l'euphorie comme ils concourent aujourd'hui à la panique. C'est leur nature : ils n'ont pas d'entrailles. Ils ne visent qu'à s'enrichir dans le grand brassage mondial de l'argent entre prêteurs et débiteurs. Sous l'orage, on feint de découvrir la perversion des effets cumulatifs de leurs spéculations. Les politiques, l'Amérique d'Obama et les Etats européens cherchent à en réduire les méfaits. Très bien, mais pas facile !

D'autant que les Etats se trouvent emportés dans la spirale qu'ils dénoncent : ils ajoutent des monceaux de dettes nouvelles à la pyramide d'emprunts renouvelés qui les a jetés dans la panade. Les voici contraints d'emprunter pour assurer une relance qui, enfin, les désendetterait et, en même temps, contraints d'expliquer à des peuples habitués depuis trente ans à un mode de vie intenable qu'il faut en changer.

 

Il ne fallait pas, comme nos traders, avoir fait Polytechnique pour constater que l'empilement des crédits ne monterait pas jusqu'au ciel. Et qu'un jour viendrait où se trouveraient punies l'addiction nationale aux déficits et l'impéritie européenne. Les marchés peuvent certes dérailler dans les mirages accélérés du virtuel comme sous la pression du court terme, ils nous disent néanmoins ce que nous ne voulions pas entendre. Malgré quelques rares et lucides rabat-joie - genre Barre ou, aujourd'hui, Fillon, voire Hollande -, la démagogie des caciques avait abruti la nation d'anesthésiants. Si la dégelée que les marchés infligent nous réveille, tant mieux ! Si nous échouons, et l'Europe avec nous, les protectionnismes, de funeste mémoire, étrangleront d'abord les marchés, porteurs de mauvaises nouvelles. Puis la fertile liberté mondiale des échanges. Et on connaît la suite...

 

La France, quant à elle, reçoit en recommandé l'avis d'avoir à réduire en trois ans trente années consécutives de déficit public. Trente années de concession au moindre travail, aux 35 heures et à ses RTT exquises, aux emplois bidon, à l'euphorie festive, à la guimauve victimaire, tout le bric-à-brac de l'« exception française ». Trente années de comédie compassionnelle où une nation geignarde ne voit pas le « tiers état » du tiers-monde qui reluque avec envie le sort des plus pauvres de nos pauvres. Alors, branle-bas général et freins de rigueur ! Mais, dit la nourrice, sans prononcer son mot qui ferait pleurer les bambins...

 

L'euro est une réussite des temps de vaches grasses. Il est à la fois l'enfant de l'Europe communautaire et la seule garantie de son avenir. Il ne survivra pas - et l'Europe non plus - sans que nous dotions de règles et de garde-fous l'actuelle Babel européenne de riches et de pauvres, de cigales et de fourmis, de vertueux et de tricheurs. Depuis dimanche, l'Europe, devant l'incendie, prend les premières et bonnes résolutions. Et les marchés acquiescent. Mais ils garderont l'oeil...

 

Puisque la Grèce est à l'ordre du jour, demandons à son aïeule de nous prêter un homme et une idée ! L'homme, c'est Damoclès, un euphorique qui voyait tout en rose. Pour lui apprendre que l'Histoire est tragique, son souverain fit suspendre, retenue par un seul crin de cheval, une épée au-dessus de sa tête. Tel est désormais le sort de l'euro.

Quant à l'idée, c'est l'« hybris », la démesure que les anciens Grecs tenaient pour le mal absolu. « Toujours, le Ciel rabaisse ce qui passe la mesure...

 

 

Claude Imbert, Le Point

Par Claude Imbert, Le Point - Publié dans : Société - Communauté : L'union Européenne
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